La constipation chez le nourrisson est une problématique délicate qui nécessite une approche nuancée, particulièrement lors du sevrage. Bien que les définitions officielles de la constipation ne soient pas toujours adaptées aux nourrissons, il est crucial de reconnaître les signes et d'identifier les causes potentielles, qu'elles soient fonctionnelles ou liées à des pathologies congénitales. Cet article vise à démystifier la constipation du nourrisson dans le contexte du sevrage, en fournissant des informations claires et des conseils pratiques pour les parents.
Définir la Constipation chez le Nourrisson
Il est important de noter que la constipation du nourrisson ne peut être évaluée par les définitions officielles. Les critères de Rome III, par exemple, ne sont pas applicables aux nourrissons car ils se concentrent sur des symptômes tels que la rétention active, les selles volumineuses et l'encoprésie, qui sont moins pertinents pour cette tranche d'âge.
En pratique, la constipation chez le nourrisson se définit par :
- Des selles trop rares
- Des selles trop dures
- Des difficultés à émettre les selles
Il est essentiel de prendre en compte la fréquence et la consistance des selles, ainsi que le confort de l'enfant lors de la défécation.
Identifier les Causes Potentielles
La constipation chez le nourrisson peut avoir diverses origines, allant de causes fonctionnelles bénignes à des pathologies organiques plus graves.
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Causes organiques
Dans certains cas, la constipation peut être le signe de problèmes sous-jacents qui nécessitent une attention médicale particulière. Il est important de rechercher :
- Anomalies anatomiques: Un anus sténosé (étroit) ou antéposé (mal positionné) peut rendre l'émission des selles difficile, entraînant des selles rubanées et aplaties. La distance entre l'anus et les organes génitaux doit être évaluée, en particulier chez les nouveau-nés. La distance anus-coccyx/distance coccyx-organes génitaux doit être supérieure à 0,34 chez le garçon, 0,46 chez la fille. L’anus, antéposé ou non, peut être sténosé (il devrait admettre le petit doigt) ou anormal (fistule = forme d’imperforation anale incomplète).
- Anomalies neurologiques: Tout problème neurologique affectant les membres inférieurs ou la région lombo-sacrée peut être associé à une anomalie médullaire sous-jacente, qui peut perturber la fonction intestinale. Une échographie doit être demandée avant 1 mois, une IRM au-delà.
- Obstacles et troubles de la motricité intestinale: Ces problèmes se manifestent souvent de manière précoce, avec des signes tels que des difficultés de croissance, des subocclusions avec ballonnement et vomissements, et des débâcles lors de l'introduction d'un doigt ou d'un thermomètre. Ceci peut révéler une maladie de Hirschsprung, un « pseudo-Hirschsprung » ou pseudo-obstruction intestinale chronique (POIC) qui englobe des neuropathies ou myopathies digestives réalisant des tableaux subocclusifs sans obstacle identifiable.
La composition du lait maternel fait que les signes d’organicité patents peuvent être décalés jusqu’au sevrage de l’allaitement.
Causes fonctionnelles
La constipation fonctionnelle est plus fréquente chez les nourrissons et n'est pas liée à une maladie organique.
- Dyschésie du nourrisson: Ce trouble fonctionnel se caractérise par des efforts de poussée intenses et prolongés avant l'émission de selles normales. Il s'agit d'une phase d'apprentissage des mécanismes de défécation et ne doit pas être confondue avec une constipation véritable.
- Selles rares chez les nourrissons allaités: Certains nourrissons allaités peuvent avoir des selles peu fréquentes, mais normales ou légèrement sèches, sans que cela n'affecte leur croissance ou leur état général. Cela peut être lié à la qualité du lait maternel.
- Tendance à la constipation: Il existe souvent une constipation familiale, l’enfant est constipé de façon précoce sans signes d’organicité. Le risque est qu’il prenne l’habitude de se retenir après quelques mois, aggravant la constipation qui peut devenir sévère. Un traitement symptomatique précoce est indiqué.
Le Sevrage et son Impact sur le Transit Intestinal
Le sevrage, qui marque la transition de l'alimentation lactée exclusive vers une alimentation diversifiée, peut perturber le transit intestinal du nourrisson. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la constipation lors du sevrage :
- Changement de lait: Le passage du lait maternel au lait infantile peut entraîner un ralentissement du transit et des selles plus fermes et moins fréquentes.
- Introduction de nouveaux aliments: L'introduction d'aliments solides peut modifier la composition des selles et affecter la régularité intestinale.
- Hydratation insuffisante: Une consommation d'eau insuffisante peut aggraver la constipation, surtout lorsque l'alimentation solide devient plus importante.
Gérer la Constipation pendant le Sevrage
Face à la constipation chez le nourrisson pendant le sevrage, plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre :
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Ajustements alimentaires
- Choix du lait infantile: En cas de constipation liée au passage au lait infantile, il peut être utile de choisir un lait plus riche en lactose, ce qui peut favoriser la fermentation et améliorer le transit. Le changement de lait peut entraîner un ralentissement de son transit intestinal et, par conséquent, modifier ses selles. Celles-ci vont devenir plus fermes et beaucoup moins fréquentes qu'au cours de l'allaitement. Si bébé présente des signes d'inconfort digestif ou souffre de constipation à la suite du sevrage, consultez votre médecin. Celui-ci pourra décider de privilégier un lait infantile plus riche en lactose qui réduira les risques de fermentation. Certains enfants mettent plus de temps que d'autres à s'adapter à leur nouveau lait. Il est possible que l'enfant régurgite davantage le lait infantile qu'il ne le faisait avec le lait maternel. Deux changements de laits peuvent se concevoir chez le nourrisson constipé : une préparation contenant les ingrédients susceptibles d’accélérer le transit : caroube, protéines solubles, lactose, lipides structurés (Betapol®). En cas de constipation sévère associée à des stigmates d’allergie (eczéma), un hydrolysat poussé peut être tenté dans l’hypothèse d’une APLV.
- Diversification alimentaire: À la diversification : fruits, légumes et eau, sans excès ni contrainte. Une eau fortement minéralisée est couramment utilisée. Privilégier les aliments riches en fibres, tels que les fruits et légumes, et veiller à une hydratation suffisante.
- Aliments à éviter: Certains aliments peuvent aggraver la constipation chez certains nourrissons. Il est important d'observer la réaction de l'enfant à chaque nouvel aliment et d'adapter son alimentation en conséquence.
Mesures complémentaires
- Massage abdominal: Un massage doux du ventre peut aider à stimuler le transit intestinal.
- Exercice physique: Encourager l'activité physique de l'enfant peut également favoriser la régularité intestinale.
- Laxatifs: Il n’y a pas d’inconvénients à utiliser un laxatif chez le nourrisson. Le lactulose a l’AMM jusqu’à 6 mois, le macrogol après 6 mois. Ils permettent de régulariser le transit, en augmentant la dose si nécessaire. Avec l’âge, la ration de fibre non mixée augmentera et permettra de se passer d’un traitement médicamenteux. Si les mesures diététiques et les massages ne suffisent pas, un laxatif peut être envisagé. Le lactulose est généralement prescrit pour les nourrissons de moins de 6 mois, tandis que le macrogol peut être utilisé après 6 mois. Il est essentiel de suivre les recommandations médicales concernant la posologie et la durée du traitement.
Le Sevrage en Douceur
Le sevrage de bébé ? Un moment parfois difficile pour certaines mamans qui redoutent cette étape qu'elles considèrent comme une première séparation. Pourtant, il existe plusieurs solutions pour aider son enfant à passer en douceur de l'allaitement maternel au biberon ou à une alimentation diversifiée.
Le Mécanisme du Sevrage Maternel
Il n'y a pas de miracle : pour arrêter l'allaitement, il faut commencer par tarir la source. Autrement dit, il est nécessaire que le corps féminin cesse de produire du lait. Le cerveau ne doit plus recevoir l'information selon laquelle les seins doivent produire le précieux lait. Pour cela, il faut commencer par réduire le nombre et le temps des tétées de manière à favoriser une baisse progressive de la production et, à terme, une régression totale des cellules impliquées dans la fabrication du lait. Pour les mamans qui s'inquiètent de cette transition, il faut savoir que le sevrage peut perdurer pendant plusieurs semaines. Il n'est pas brutal même si sa durée peut varier selon les volontés de chacune. On parle de sevrage progressif lorsqu'il s'étale sur quinze jours minimum.
Quel est le bon moment ?
Il n'existe pas de moment précis pour envisager le sevrage de son bébé. Il faut simplement que la mère et l'enfant soient prêts pour que les choses se passent idéalement. Le meilleur moyen d'y parvenir, c'est d'en prendre la décision soi-même et de ne pas se laisser imposer une date à cause, par exemple, de la fin d'un congé maternité. Il faut anticiper cette étape primordiale pour ne pas se retrouver au pied du mur. Cela suppose donc un cheminement psychologique de la mère qui allaite pour ne pas subir ce sevrage comme une amputation, mais plutôt comme une évolution naturelle de sa relation avec son enfant. Certaines femmes vivent cette phase comme une perte douloureuse. Dans ce cas, il est parfois important de parler de ses angoisses avec une sage-femme ou son médecin traitant afin de les désamorcer. À ce stade, le papa doit jouer un rôle essentiel. En intervenant dans le processus consistant à nourrir son enfant, il devient un acteur du sevrage et un soutien pour la maman.
Comment procéder ?
Généralement, le compte à rebours est dicté par la reprise de l'activité professionnelle de la mère. Il est donc primordial de calculer le temps qu'il faudra pour sevrer son bébé en douceur et sans bousculer les étapes. Sachez que vous pouvez envisager de garder les tétées du matin et du soir, soit avant et après le travail. Savoir que l'on peut conserver ces deux moments privilégiés avec son bébé peut contribuer à un sevrage plus serein au cours de la journée. Donc, si vous reprenez le travail, prévoyez au moins trois semaines pour remplacer toutes les tétées de la journée par des biberons. Enlevez-les une par une tous les quatre ou cinq jours environ. Il est assez courant que les bébés allaités ne prennent pas tout de suite le biberon qui leur est proposé. Ce refus n'est pas définitif. Il faut persévérer et ne pas céder. Si le problème perdure, il existe des tétines physiologiques qui imitent relativement bien la forme du téton maternel. Cela peut être une solution efficace.
Quand Consulter un Médecin ?
Il est important de consulter un médecin dans les situations suivantes :
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- Constipation sévère ou persistante
- Présence de sang dans les selles
- Douleurs abdominales importantes
- Vomissements
- Refus de s'alimenter
- Retard de croissance
- Tout signe évoquant une cause organique (anomalie anatomique, neurologique, etc.)
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