La congélation d'ovocytes est une avancée significative dans le domaine de la médecine reproductive, offrant aux femmes la possibilité de préserver leur fertilité pour l'avenir. Initialement considérée comme une procédure expérimentale, elle est devenue une option de plus en plus populaire pour diverses raisons, allant des préoccupations médicales aux choix personnels. Cet article explore en détail la congélation d'ovocytes, en mettant l'accent sur les informations importantes pour les donneuses et les femmes envisageant cette procédure.

Contexte et Évolution de la Congélation d'Ovocytes

La congélation d’ovocytes existe depuis les années 1980. Cependant, jusqu’en 2012 aux États-Unis, elle était considérée comme une procédure controversée et expérimentale. La Société américaine de médecine de la reproduction (ASRM) l’a approuvée cette année-là pour les femmes sur le point de se voir administrer des traitements toxiques contre les cancers susceptibles de réduire leur fertilité à néant. Ce n’est que deux ans plus tard, après la publication de recherches rassurantes sur la bénignité et l’efficacité de la pratique, que l'ASRM a donné son aval pour un déploiement plus général de la congélation d’ovocytes.

En France, il aura fallu attendre la loi bioéthique publiée le 3 août 2021 pour obtenir l’aval de la congélation des gamètes pour tous et toutes. Désormais, les femmes et les hommes peuvent faire congeler leurs gamètes (ovocytes ou spermatozoïdes) sans motif médical. Jusqu'à présent, une femme ne pouvait avoir recours à la congélation de ses propres ovocytes, sauf nécessité médicale.

Selon une étude publiée dans la revue Fertility and Sterility, de 2019 à 2021, on a constaté une augmentation de 39 % des congélations d’ovocytes à des fins non médicales aux États-Unis. Cette pratique s’est encore davantage démocratisée durant la pandémie, lors de laquelle de nombreuses femmes de 21 à 45 ans se sont ouvertes à l’idée de congeler des ovocytes pour elles-mêmes.

Raisons de la Congélation d'Ovocytes

À l’heure actuelle, deux motivations principales poussent les femmes à congeler leurs ovocytes. La première a trait à des raisons d’ordre médical : la chimiothérapie ou les radiations peuvent endommager les ovocytes, certaines femmes subissent une ablation des ovaires, etc. La seconde motivation est de repousser le moment auquel elles vont avoir des enfants tout en préservant leurs chances d’en avoir en se servant de leurs propres ovocytes à un moment ultérieur.

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La fertilité d’une femme est à son apogée entre la fin de l’adolescence et la fin de la vingtaine. Dès l’âge de 30 ans, la fertilité d’une femme commence à décliner, et après 35 ans ce déclin s’accélère. Pour cette raison, certains spécialistes avancent que la période idéale pour commencer à congeler ses ovocytes se situe avant l’âge de 35 ans.

Processus de Congélation d'Ovocytes

Quand une femme décide de faire congeler ses ovocytes, les premières étapes à effectuer sont une échographie vaginale, afin d’évaluer sa réserve ovarienne, et de mesurer ses taux d’hormones. Les ovocytes sont stockés dans les ovaires et ne sont libérés qu’à condition de recevoir une stimulation hormonale suffisante. Le médecin réalise donc un prélèvement sanguin et cherche à y dépister trois hormones clés :

  • L’hormone folliculo-stimulante (FSH), qui déclenche la croissance des follicules ovariens avant l’ovulation.
  • L’œstradiol, qui est principalement produit par les ovaires et reflète leur activité ainsi que la qualité des ovocytes.
  • L’hormone de régression müllerienne (HRM), qui est corrélée au nombre d’ovocytes que possède une femme.

En connaissant le taux auquel sont présentes ces hormones, le médecin peut calculer le potentiel de fertilité d’une femme et déterminer le dosage adéquat du traitement de stimulation ovarienne qu’elle devra suivre.

Ensuite, à partir du deuxième jour de ses menstruations, la femme s’auto-administre des injections d’hormones à domicile pendant dix à douze jours afin de faire mûrir un groupe d’ovocytes dans les ovaires. Durant cette période, la femme devra passer une échographie pelvienne ainsi qu’effectuer des prises de sang tous les deux ou trois jours afin de surveiller la réaction de son corps aux hormones.

En général, au bout de huit à quatorze jours, elle s’administre une injection dite « déclencheuse » contenant de la gonadotrophine chorionique humaine ou bien du Lupron (un médicament) pour aider les ovocytes à parachever leur processus de maturation. Environ 36 heures plus tard, la femme subit une intervention chirurgicale sous anesthésie au cours de laquelle une aiguille guidée par ultrasons est insérée dans le vagin et jusqu’aux ovaires afin d’aspirer les ovocytes ; idéalement dix ou plus.

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Afin de préparer les ovules à la congélation, le cumulus molletonneux de cellules qui les entoure est retiré. Ensuite, les ovules sont vitrifiés et conservés à une température de -196° C. La vitrification est une technique de refroidissement ultra-rapide qui empêche la formation de cristaux de glace néfastes, assurant ainsi un taux de survie plus élevé des ovocytes.

Effets Secondaires et Suivi Médical pour les Donneuses

Pendant tout le parcours de don, l’équipe médicale est à votre disposition. Vous pouvez lui poser toutes les questions que vous souhaitez sur le don et votre parcours.

Dans les heures ou les jours qui suivent le RDV de prélèvement, la donneuse peut ressentir une sensation de pesanteur ou des douleurs pelviennes et constater de légers saignements vaginaux. Ces effets secondaires sont liés à la fois au traitement de stimulation et au prélèvement. Ces signes nécessitant un examen clinique doivent conduire la donneuse à contacter sans attendre le centre qui l’a suivie pour le don ou un service d’urgences. Elle sera immédiatement prise en charge. D’autres complications sont liées au geste chirurgical de prélèvement (hémorragie, infection, problème anesthésique…), mais elles sont rares. Depuis fin 2006, les professionnels de santé ont l’obligation de déclarer à l’Agence de la biomédecine les événements indésirables qui peuvent survenir dans le cadre de ce processus.

À l’issue du don, l’équipe médicale et paramédicale propose aux donneuses un suivi de leur état de santé. Durant tout le cycle, il est recommandé d’utiliser une contraception mécanique (préservatifs) jusqu’aux prochaines règles, sauf si un stérilet a été laissé en place. Aucune conséquence à long terme des traitements liés au don d’ovocytes n’a été rapportée à ce jour.

Coûts et Remboursements

En France, la stimulation ovarienne, les dosages hormonaux, les échographies, le prélèvement des ovocytes, l'anesthésie et l'hospitalisation, puis la congélation des ovocytes prélevés sont estimés entre 2 000 et 3 000 euros. Des frais peuvent s’ajouter ou varier selon le dossier de la personne. Les actes liés au recueil ou au prélèvement des gamètes sont remboursés mais pas le coût de la conservation. Pour éviter toute pression sur les femmes salariées, les parlementaires ont prévu l'interdiction pour les employeurs de proposer la prise en charge des frais d'autoconservation de gamètes.

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La congélation d’ovocytes aux États-Unis est nettement plus onéreuse. « Selon l’endroit où vous vous trouvez dans le pays, cela peut varier de 5 000 à 17 000 dollars ». Pour de nombreuses personnes, ces frais ne seront pas pris en charge. Mais certaines polices d’assurance américaines couvrent désormais la congélation d’ovocytes dans le cadre des services liés à la fertilité qu’elles proposent.

En outre, il existe désormais des programmes communs de congélation des ovocytes qui viennent financièrement en aide aux femmes lorsqu’elles donnent une partie de leurs ovocytes à d’autres femmes qui ne peuvent utiliser les leurs.

Utilisation des Ovocytes Congelés et Chances de Succès

Lorsqu’une femme finit par décider d’utiliser ses ovocytes, ceux-ci doivent être décongelés et fécondés avec du sperme dans une boîte de Pétri ; il s’agit d’une fécondation in vitro (FIV). Trois à cinq jours après la fécondation, l’embryon est transféré dans l’utérus de la femme. Si une femme fait congeler ses ovocytes à l’âge de 34 ans, ses chances de tomber enceinte seront comparables au taux de réussite par FIV qu’elle aurait eu à l’âge de 34 ans, qu’importe qu’elle ait vieilli.

Cependant, un article de synthèse publié en 2022 dans la revue Reproductive Biology and Endocrinology a mis en évidence le fait que seules 40 % des personnes faisant congeler leurs ovocytes pour des raisons non médicales et moins de 10 % de celles le faisant pour des raisons médicales se servaient de leurs ovocytes congelés.

Idées Fausses et Réalités

Il est crucial de dissiper certaines idées fausses concernant la congélation d’ovocytes. La congélation d’ovocytes ne garantit pas que vous allez avoir un bébé, mais que cela garantit le potentiel pour avoir un bébé. Fort heureusement, grâce à la vitrification, les ovocytes ont un taux de survie plus élevé.

Pour chaque naissance, il faut congeler quinze à vingt ovocytes. La congélation des ovocytes ne peut pas entraîner de réduction du nombre d’ovocytes, car nous ne faisons que secourir ceux qui allaient de toute façon disparaître ce mois-là.

L’âge optimal pour faire congeler ses ovocytes se situe avant 35 ans, car c’est en général avant cette période que les ovocytes d’une femme ont la meilleure santé et que les ovaires répondent le plus à la stimulation. Cependant, des recherches suggèrent que les femmes qui font congeler leurs ovocytes avant l’âge de 34 ans ont le plus de chances de donner naissance à un bébé (plus de 74 % de chances).

Don d'Ovocytes

Si vous avez entre 18 et 37 ans, vous pouvez donner vos ovules (ou ovocytes) à des femmes en couple ou célibataires qui notamment ne peuvent pas avoir d'enfant. Le don est réalisé dans un établissement hospitalier. Il est gratuit et anonyme.

Vous devez remplir les 2 conditions suivantes :

  • Avoir plus de 18 ans et moins de 38 ans.
  • Être en bonne santé. Des examens médicaux sont réalisés avant le don.

Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà eu un enfant pour faire un don d’ovocyte.

La démarche s’effectue dans un centre hospitalier universitaire (CHU) au sein d'un centre de don d'ovocytes. Vous choisissez le centre le plus proche de chez vous et vous validez le formulaire pour demander un rendez-vous.

Un ou plusieurs entretiens préalables au don sont organisés entre l'équipe médicale et la donneuse. Au cours de cet entretien, le médecin collecte les informations suivantes : identité de la donneuse, âge, état général au moment du don, caractéristiques physiques, situation familiale et professionnelle, pays de naissance, et motivations écrites concernant ce don.

Au cours de l'entretien préalable, le médecin vérifie que la donneuse remplit les conditions prévues pour faire le don et l'informe de la réglementation liée au don de gamètes et notamment de l'impossibilité pour la receveuse et vous de connaître les identités respectives, des conséquences de ce don par rapport à la filiation, qu'une information préalable de la faisabilité du don sera faite par l'équipe médicale, des règles concernant l'accès des personnes conçues par AMP avec tiers donneur à vos données non identifiantes et votre identité et de la nécessité de consentir à la communication de ces données pour réaliser le don, que le dossier médical anonyme sera conservé pendant 40 ans minimum, et des conditions de la stimulation ovarienne et du prélèvement d'ovocytes, ainsi que des risques et des contraintes liés à ces techniques.

Après les entretiens, l'équipe médicale recueille par écrit votre consentement. Vous donnez votre accord, pour chaque don, à la transmission de vos données non identifiantes et de votre identité. Ces données pourront uniquement être communiquées aux personnes nées de ce don à leur majorité, si elles en font la demande.

Votre consentement est libre et peut être retiré à tout moment, jusqu'à utilisation des ovocytes. Une étude de suivi vous est proposée. Vous devez l'accepter par écrit.

Le prélèvement des ovocytes a lieu pendant la journée à l’hôpital, sous échographie par voie vaginale, avec une analgésie simple ou une anesthésie générale de courte durée. Après le prélèvement, les ovocytes sont confiés au laboratoire jusqu'à leur attribution à des personnes receveuses pour une assistance médicale à la procréation.

Il n'est pas possible de faire un don à un membre de son entourage. La personne donneuse ne peut pas choisir à qui son don sera attribué. Le don d'ovocytes n'est pas rémunéré. Les frais médicaux relatifs au don sont entièrement pris en charge par l'Assurance maladie. Les frais non médicaux (hébergement, transport…) peuvent être pris en charge par l'hôpital sur présentation des justificatifs.

Autoconservation des Ovocytes: Un Débat Éthique et Sociétal

Depuis la loi bioéthique d’août 2021, l’autoconservation a été ouverte sans aucune raison médicale à toutes les femmes entre leur 29e et leur 37e anniversaire. Désormais, cette technique est présentée comme une prétendue « possibilité de préserver sa fertilité » contre le vieillissement naturel et comme une possibilité de remettre à plus tard un projet de grossesse. Pourtant, la procédure est lourde, non dénuée de risques et ne constitue en rien une assurance maternité. Elle pourrait même induire une perte de chances pour nombre de femmes, puisqu’elle incite les femmes à passer par la PMA, au taux de succès bas, et plus tard, donc avec un taux d’échec accru.

L’ouverture de centres privés à but lucratif pour l’autoconservation des ovocytes est une des annonces récentes, visant à prendre en compte la baisse marquante de la natalité. La ministre du Travail et de la Santé a également cité l’introduction d’un volet « santé reproductive » aux rendez-vous gratuits « Mon Bilan Prévention », dédiés aux 18-25 ans, ainsi que l’accès pour chaque couple à un bilan fertilité.

L’Agence de la biomédecine a recensé près de vingt mille demandes d’autoconservation ovocytaire pour seulement quatre mille prises en charge. Les modalités d’autoconservation devraient être revues dans la prochaine loi bioéthique, dont la révision interviendra au plus tard en 2028.

Le monopole qui réserve le don aux établissements publics de santé et aux organismes à but non lucratif découle des débats de la première loi de bioéthique de 1994. Le corps humain est en effet un bien « hors du commerce », conformément au principe d’indisponibilité du corps humain consacré par le Code civil.

L’autoconservation des ovocytes est une procédure longue et coûteuse, sans garantie de résultats. Une étude publiée par le Centre de la reproduction humaine de l’UZ Brussel en Belgique (2023) montre que sur 843 femmes ayant congelé des ovocytes entre 2009 et 2019, seules 27% sont déjà revenues, soit 231 femmes. Parmi elles, seule la moitié a utilisé ses ovocytes congelés.

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) considérait qu’il pourrait « être souhaitable d’instituer une condition d’accès à une demande d’autoconservation, sous la forme d’un consentement au don des ovocytes s’ils ne sont pas utilisés. Cette technique vient aussi créer une demande chez des couples qui ne souffrent pas d’infertilité, mais qui par ce moyen, questionnent leur désir d’enfant et finissent par « le repousser à plus tard ».

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