Introduction
La crise sanitaire de 2020, marquée par les confinements successifs, a profondément affecté de nombreux secteurs, et l'accueil de la petite enfance n'a pas été épargné. L'Observatoire national de la petite enfance (Onape) a publié un rapport en 2021 qui met en lumière les bouleversements et les adaptations nécessaires dans ce domaine crucial pour le développement des jeunes enfants. Cet article explore les différents impacts de ces périodes de confinement sur les crèches, les professionnels de la petite enfance, les enfants et leurs familles, en s'appuyant sur les données de l'Onape et d'autres sources.
Impact sur la Natalité et les Besoins en Modes de Garde
La pandémie a eu un impact direct sur la natalité. Bien que la France reste l'un des pays les plus féconds de l'Union européenne, le nombre de naissances a diminué de 17 000 en 2020. Le rapport de l'Onape souligne que cette baisse s'est accentuée en décembre 2020, neuf mois après le début du premier confinement en mars 2020, avec une diminution de 7% par rapport à décembre 2019. Cette tendance s'est confirmée au début de 2021.
En termes de capacité d'accueil, la baisse de la natalité a mécaniquement amélioré le taux de couverture des besoins, malgré les retards dans la création de nouvelles places. En 2019, la capacité théorique d'accueil représentait 59,8% des enfants de moins de trois ans, contre 58,9% en 2017 et 59,3% en 2018. Cette capacité se répartit entre différents modes d'accueil : 33% chez les assistantes maternelles (en légère baisse par rapport à 2018), 20,9% pour les établissements d'accueil du jeune enfant (Eaje) en hausse de 0,8 point sur 2018, 3,7% pour l'école préélémentaire et 2,1% pour les salariées à domicile. La capacité théorique d'accueil s'élevait ainsi à 1 345 700 places tous modes confondus en 2019, contre 1 354 900 un an plus tôt.
Perturbations des Modes d'Accueil et Recours au CMG
Les confinements ont eu un impact significatif sur l'utilisation des différents modes d'accueil. Le nombre de foyers allocataires bénéficiant du complément du mode de garde (CMG) a chuté de plus de 29% en avril 2020 par rapport à avril 2019. Cette baisse variait selon le type d'accueil : -21,8% pour les assistantes maternelles, -49,7% pour les salariées à domicile et -81,1% pour les micro-crèches privées. À partir de juin 2020, après le premier déconfinement, le nombre de foyers bénéficiaires du CMG a retrouvé un niveau proche de celui de 2019, sans toutefois l'atteindre complètement.
Du côté des structures d'accueil, le rapport de l'Onape évoque une "chute historique de l'activité" dès le début du premier confinement. Les Eaje ont ainsi vu leur nombre d'heures d'activité diminuer de plus de 50% en mars 2020. En avril, la quasi-totalité des Eaje étaient à l'arrêt, à l'exception de ceux accueillant les enfants des travailleurs prioritaires, tels que les personnels soignants. À la rentrée 2020, près des trois quarts (73%) des Eaje connaissaient toujours une baisse de leur activité, avec 6,9% d'heures en moins. En décembre, ils étaient encore 62% à signaler une baisse de leur activité.
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Cette baisse d'activité a été atténuée par la mise en œuvre d'aides exceptionnelles, dont les Eaje ont bénéficié à hauteur de 732 millions d'euros. Ces aides ont permis de soutenir financièrement les structures et de limiter les conséquences de la crise sur l'emploi et la qualité de l'accueil.
Impact sur les Créations de Places et le Plan "Rebond" de la Cnaf
Le rapport de l'Onape fournit peu d'informations sur les créations de places en modes d'accueil collectif, se concentrant sur les chiffres de 2019. Il est cependant clair que la crise sanitaire, combinée aux élections municipales et intercommunales décalées, a pesé sur les créations nettes en 2020. Face à cette situation, la Cnaf a lancé en février 2021 un plan "Rebond" de soutien exceptionnel à l'investissement, visant à relancer la création de places et à répondre aux besoins des familles.
Les Défis Rencontrés par les Professionnels de la Petite Enfance
La crise sanitaire a profondément modifié le quotidien des professionnels de la petite enfance. Les mesures sanitaires strictes, telles que le port du masque, la distanciation sociale avec les familles et les protocoles d'hygiène renforcés, ont bouleversé les pratiques et les relations avec les enfants.
De nombreux professionnels témoignent d'une perte de sens dans leur métier. Amir, un éducateur de jeunes enfants, explique que son rôle de "faire vivre des choses aux enfants, de leur offrir une diversité d'expériences" a été contraint par les contraintes sanitaires. Elodie Desbois, directrice de crèches, résume la situation en disant que "notre métier a perdu de son essence avec la crise sanitaire".
Les professionnels ont également dû faire face à des réglementations "contradictoires" et à des difficultés d'approvisionnement en matériel de protection, en particulier lors de la première période de confinement. L'hygiène des locaux et des jouets a nécessité une attention accrue, parfois au détriment de l'attention portée aux besoins des enfants.
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Le port du masque, en particulier, est une source de préoccupation pour de nombreux professionnels, qui s'interrogent sur son impact sur l'apprentissage du langage et la communication avec les enfants. Lucie Robert, auxiliaire de puériculture, souligne que "la communication avec l'enfant est la base de l'apprentissage du langage et de ces codes. Le fait de se trouver face un visage à moitié caché derrière un masque nous questionne sur l’impact que celui-ci aura sur le dit apprentissage."
La relation avec les parents a également été modifiée. L'accueil se fait désormais dans le hall d'entrée, limitant les échanges et l'accès des parents à l'univers de leur enfant à la crèche. Pour compenser, certaines structures ont mis en place des murs de photos pour informer les parents des activités quotidiennes.
Enfin, les arrêts de travail liés à des cas de Covid-19 ont entraîné des modifications constantes des plannings et un recours fréquent à des intérimaires, perturbant la stabilité et la qualité de l'accueil.
Impact sur les Enfants et leur Développement
Le confinement a eu des conséquences sur le développement et la socialisation des jeunes enfants. Une étude parue dans la revue Scientific Reports met en évidence une baisse de la cognition sociale chez les enfants ayant vécu les confinements. Cette étude a notamment testé la "compréhension des fausses croyances", c'est-à-dire la capacité à reconnaître que d'autres personnes peuvent avoir tort. Les résultats montrent que les enfants testés après la pandémie ont obtenu des résultats moins bons que ceux testés avant.
L'étude souligne également des différences socio-économiques, les enfants de milieux défavorisés étant plus affectés que ceux de milieux aisés. Les chercheurs expliquent cela par le fait que les familles défavorisées ont pu être confrontées à des problèmes financiers et mentaux, entraînant une diminution du temps de qualité passé avec les enfants et une exposition accrue aux écrans.
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De nombreux parents témoignent de difficultés rencontrées par leurs enfants après le confinement. Certains enfants se montrent plus craintifs, développent une angoisse de la séparation et ont du mal à s'adapter à la collectivité. Stéphanie, mère d'une fille née en mai 2020, raconte que sa fille "a commencé à pousser des hurlements chaque fois qu’on allait chez des amis, de la famille… Personne ne pouvait la prendre sur ses genoux ou dans ses bras à part son papa et sa maman".
Ces difficultés ne sont cependant pas une fatalité. Certains parents constatent une amélioration de la sociabilité de leurs enfants grâce à la crèche. Pauline, dont le fils est né en mars 2021, explique que "maintenant, à huit mois, il va à la crèche, ce qui lui a permis de devenir plus sociable vis-à-vis de nos familles."
Par ailleurs, certains professionnels de la petite enfance n'ont pas constaté de différences significatives entre les enfants entrés en crèche en 2020 et 2021 et les années précédentes. Lucie Robert souligne que "des enfants qui vont mettre deux mois à s’adapter à la collectivité, il y en a toujours eu! Et pour énormément de raisons." Elle met en avant la complexité des facteurs influençant l'attachement et la socialisation des enfants.
Le pédopsychiatre Stéphane Clerget estime qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter si un enfant de moins de 3 ans préfère les bras de ses parents à ceux d'inconnus. Il souligne que pour la majorité des bébés, le confinement a été positif, car ils ont bénéficié de la présence des deux parents, ce qui a développé une sécurité intérieure importante.
Les Initiatives et Adaptations des Structures d'Accueil
Face aux défis posés par la crise sanitaire, les structures d'accueil de la petite enfance ont dû faire preuve d'adaptation et d'innovation. De nombreuses crèches ont mis en place des mesures pour maintenir le lien avec les familles, comme la création de murs de photos ou l'organisation de réunions en visioconférence.
Certaines structures ont également repensé leur organisation pour limiter les risques de contamination. Les jeux en bois, difficiles à nettoyer, ont été remplacés par des jeux plus facilement désinfectables. L'hygiène des locaux a été renforcée, avec un nettoyage plus fréquent des surfaces et des jouets.
Des initiatives ont également été prises pour soutenir les professionnels de la petite enfance. Des réunions d'équipe ont été organisées pour échanger sur les difficultés rencontrées et trouver des solutions. Des formations ont été proposées pour aider les professionnels à faire face aux nouvelles exigences sanitaires.
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