Le recours à un psychologue spécialisé en pédiatrie se banalise-t-il ? Si certains parents hésitent encore, d'autres n'hésitent plus à franchir le seuil d'un psychothérapeute spécialisé dans les soins aux bébés et aux enfants. En quelques secondes, le mythe de l'enfant parfait s'effondre. Comment réagir aux signaux d'alarme du personnel scolaire ou, parfois, médical ? Que faire si l'on a l'impression que notre enfant ne va pas bien ? Si le « réflexe psy » semble se démocratiser en France, cela reste encore un phénomène relativement urbain.

Démocratisation de la consultation psychologique en pédiatrie : un phénomène urbain en expansion

Aujourd'hui, il n'est plus rare qu'un pédiatre, un directeur de crèche ou une assistante maternelle suggère aux parents, avec les précautions d'usage, d'emmener leur enfant chez le « psy ». Toutefois, l'annonce de la nécessité d'une consultation auprès d'un psy est rarement facile à entendre et les réactions à chaud des parents le confirment. On a spontanément tendance - à tort - à se sentir attaqués dans notre parentalité et nos méthodes d'éducation. Surprise, déni, soulagement… Rappelons-nous qu'il n'est pas nécessaire, avant de pousser la porte d'un cabinet, d'attendre que des signes de troubles plus prononcés s'installent : plus la prise en charge par un psy est précoce et plus les difficultés se règlent aisément. On a tout à y gagner, d'autant plus parce qu'une consultation n'engage à rien.

Il est temps de tordre le cou aux idées reçues : non, une visite chez un psy n'entraîne pas forcément un engrenage médical, des visites à répétition et un suivi sur plusieurs années. Concrètement, le ou la psychologue travaille avec les parents pour comprendre l'origine du problème, qui peut venir du tout-petit lui-même, ou d'une relation parents-enfants perturbée. Dans ce cas, les parents peuvent également se faire aider pour dépasser leurs difficultés. Pour le sommeil, l'alimentation, les pleurs… La psychologie a pris beaucoup d'importance dans la société et certains parents font désormais eux-mêmes la démarche de consulter un psychologue s'ils soupçonnent un problème chez bébé. Mais cette tendance reste malgré tout plus urbaine que rurale.

Pourquoi consulter un psychologue spécialisé en pédiatrie ?

Le rôle du psychologue spécialisé en pédiatrie est d'aider à rétablir l'équilibre de l'enfant et non de culpabiliser les parents. On le voit notamment sur les réseaux sociaux : les parents sont toujours en quête d'informations afin d'éclairer leurs doutes. Le dialogue est essentiel, et chacun choisira l'interlocuteur ou l'interlocutrice qui lui convient (un proche, un ami, un internaute…) pour trouver les réponses à ses questions. Certes, l'équilibre familial ne peut exister sans communication - ni amour ! - mais ces deux « piliers » ne sont pas toujours suffisants.

Les situations qui peuvent nécessiter une consultation

Plusieurs situations peuvent amener les parents à consulter un psychologue spécialisé en pédiatrie :

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  • Difficultés à la crèche ou à l'école : Des comportements difficiles, des difficultés d'adaptation ou des problèmes relationnels avec les autres enfants peuvent être des signes d'un mal-être. Alertée par la directrice de crèche, Laure pensait que Thomas « avait des troubles de la personnalité, voire même un léger retard psychomoteur, et qu'il fallait consulter rapidement ». Au final, son petit-bout est simplement un enfant précoce qui s'ennuie en crèche ! Même chose pour Valérie, qui a emmené son petit Matéo voir une psychologue parce qu'il « ne dormait pas à la crèche ». Pourtant aucun trouble apparent n'a été décelé chez lui… Tant mieux ! Car si les erreurs sont toujours possibles, n'est-il pas préférable de consulter « pour rien » un professionnel, plutôt que de passer à côté d'un problème qui sera plus difficile à résoudre ensuite ?
  • Changements de comportement : Un enfant qui devient soudainement agressif, qui se replie sur lui-même ou qui pleure facilement peut traverser des difficultés émotionnelles qu'il ne parvient pas à exprimer.
  • Troubles du sommeil ou de l'alimentation : Les troubles du sommeil, de l'alimentation, obsessionnels et compulsifs (TOC). Si le niveau d'anxiété de votre enfant commence à avoir des répercussions sur son fonctionnement mental et comportemental, il est important de consulter un professionnel de santé.
  • Événements de vie difficiles : La séparation des parents, un deuil dans la famille, un accident, la perte d'un animal de compagnie, un déménagement ou l'arrivée d'un cadet peuvent affecter profondément un enfant. Il est important de l'aider à trouver en lui-même les ressources pour surmonter ces épreuves.
  • Troubles du neurodéveloppement : Le psychologue peut participer à l'évaluation et à l'accompagnement des enfants présentant des troubles du neurodéveloppement tels que le TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) ou les TSA (troubles du spectre autistique).

Ainsi, Audrey est soulagée d'avoir pu consulter au plus tôt pour son fils : « On m'a conseillée de rencontrer un psychiatre pour mon 3ème enfant, alors qu'il n'avait que 10 mois. J'avais déjà fait deux tentatives d'adaptation dans une halte-garderie, qui s'étaient soldées par des échecs. Soit mon fils pleurait non-stop pendant deux heures et s'endormait épuisé dans mes bras à mon retour, soit il réclamait les bras en permanence, ne dormait pas, ne mangeait pas et passait son temps à m'attendre. Moi, j'étais plutôt flattée de cette totale fusion. Le personnel de la crèche m'a néanmoins alertée. Un peu inquiète, je suis allée voir mon médecin généraliste qui m'a rassurée en m'affirmant que, cliniquement, mon fils allait très bien. Mais à la maison aussi, je commençais à me rendre compte du décalage qu'il pouvait y avoir avec ses sœurs. J'ai donc pris rendez-vous chez un psychiatre spécialisé, que nous avons vu pendant 6 mois, à raison de deux fois par mois. Il s'avère que j'étais tellement en fusion avec mon fils, qu'inconsciemment, je lui imposais mon désir qu'il reste toujours un bébé. Cette mise en lumière ne s'est pas faite sans chagrin, ni douleur. Mais, pour mon fils, tout est rentré dans l'ordre très rapidement.

Les différents professionnels de la santé mentale infantile

Il est important de distinguer les différents professionnels de la santé mentale infantile afin de choisir celui qui correspond le mieux aux besoins de l'enfant :

  • Pédiatre ou médecin généraliste : Votre enfant est normalement suivi régulièrement par un pédiatre, ou un médecin généraliste. Dans tous les cas, c'est donc le médecin généraliste ou le pédiatre, qui connait votre enfant, qui va vous donner des conseils ou des prescriptions (des ordonnances) pour faire d'autres bilans et mettre en place les différents soins nécessaires : au sein de l'hôpital, en ville ou chez soi. Ce médecin généraliste va vous aider à organiser les choses pour le diagnostic et pour les soins de l'enfant. En cas de doute sur le développement de votre enfant, votre médecin habituel peut répondre à vos questions. Si nécessaire il peut vous orienter vers d'autres structures ou professionnels du handicap pour mieux comprendre les difficultés de votre enfant.
  • Neurologue et neuropédiatre : Le neurologue : Il est spécialisé dans le fonctionnement du cerveau. Le neuropédiatre lui est spécialisé dans le fonctionnement du cerveau pour les enfants.
  • Médecin de réadaptation : C'est en quelque sorte le médecin du handicap ! Il travaille avec une équipe (autres médecins, kinésithérapeute, ergothérapeute, psychomotricien, orthophoniste, psychologue…). Sa spécialité est de rééduquer au maximum les troubles moteurs et les dysfonctionnements dus à une maladie ou un handicap de l'enfant.
  • Psychiatre et pédopsychiatre : Le psychiatre : Il est spécialisé dans les troubles psychiques et les maladies mentales. Si vous souhaitez consulter un spécialiste autorisé à prescrire des médicaments, des bilans complémentaires (psychomotricité, orthophonie…) et remboursé par la sécurité sociale, le pédopsychiatre est le choix le plus adapté. Il est également indispensable pour diagnostiquer et traiter des troubles graves tels que ceux mentionnés ci-dessus. Le pédopsychiatre est diplômé de médecine et spécialisé en psychiatrie de l’enfant. Il est habilité à prescrire des médicaments si besoin. Le pédopsychiatre a suivi des études de médecine ainsi qu’une spécialisation en psychiatrie et une formation complémentaire en psychiatrie de l’enfant. En tant que médecin, il est le seul « psy » à pouvoir prescrire. Il peut exercer notamment dans un cabinet privé, à l’hôpital, dans un centre médicopsychologique - CMP - ou médicopsychopédagogique - CMPP. Les pédopsychiatres travaillent souvent en étroite collaboration avec les enseignants, les infirmières et les psychologues scolaires, les éducateurs et les juges pour enfants. En cinq ans, le nombre de consultations pédopsychiatriques en France a été multiplié par trois : la plupart des jeunes patients qui consultent ont entre six et douze ans.
  • Psychologue et pédopsychologue : Pour des problèmes qui peuvent être traités par la parole et la relation thérapeutique, un psychologue est recommandé. Les psychologues peuvent également faire passer des bilans cognitifs pour détecter des troubles de l’apprentissage. Le pédopsychologue a suivi un minimum de cinq années d’études universitaires en psychologie avec une spécialisation en psychologie de l’enfant, sanctionnées par un diplôme d’état (DE). Il n’est pas médecin et ne peut donc pas prescrire de médicaments. Il est habilité à pratiquer un certain nombre de tests psychologiques, parmi lesquels les tests de quotient intellectuel et les tests de personnalité, qui permettront de mieux comprendre les difficultés de l’enfant. Comme le pédopsychiatre, le psychologue peut travailler dans les hôpitaux, en cabinet libéral, dans les CMP et les CMPP ou dans le cadre scolaire. Ses prestations sont gratuites dans les structures publiques. Le pédopsychiatre et le pédopsychologue sont des professionnels du psychisme des enfants. Ils les aident à dire leur souffrance par le biais de la parole, mais également à travers d'autres formes d'expression (dessin, jeu, etc.).
  • Neuropsychologue : Le neuropsychologue a une connaissance des fonctionnements et troubles du système nerveux (dont le cerveau). Il est capable de faire le lien entre ceux-ci et des comportements observés. C’est souvent lui qui est consulté pour faire une évaluation des atouts et difficultés de votre Tortunette sur le plan cognitif (on parle de bilan neuropsychologique, dont l’équivalent pour les adultes est le test de QI).
  • Psychothérapeute, psychanalyste et psychopraticien : Ces professionnels proposent différentes approches thérapeutiques basées sur leur formation et l’âge de l’enfant. Ils peuvent utiliser des outils variés comme le dialogue, le dessin, le jeu, la musique, etc. Assurez-vous que le professionnel est affilié à une association reconnue et habitué à travailler avec des enfants. Ce sont très souvent des médecins, des psychiatres ou des psychologues qui se sont spécialisés en institut privé ou sous la houlette d’une organisation professionnelle. Leurs consultations ne sont pas remboursées par l’Assurance maladie, sauf si le praticien est médecin. Si la profession de psychanalyste est bien contrôlée, celle de psychothérapeute reste assez floue.
  • Ergothérapeute : L'ergothérapeute évalue principalement la motricité des bras et les fonctions visuo-spatiales (c’est la capacité à coordonner ses mouvements en fonction de ce que l’on voit).
  • Orthoptiste : L'orthoptiste travaille avec un médecin ophtalmologue. Il examine la vision, l’acuité visuelle (est-ce que l’enfant voit bien, voit précisément…) et la motricité oculaire (est-ce que ses yeux bougent correctement…).
  • Psychologue scolaire : Les psychologues scolaires contribuent à la prévention des difficultés scolaires dès l’école maternelle, en liaison avec des professeurs des écoles chargés de rééducation et des enseignants spécialisés. En France, 3 500 psychologues scolaires travaillent auprès des écoles maternelles et primaires publiques. La mission principale du psychologue scolaire consiste à prévenir l’échec scolaire. En général, le psychologue rencontre l’enfant trois ou quatre fois. Il fait le point grâce à des entretiens et des tests sur son degré de maturité affective, son développement intellectuel et sa personnalité. Il n’assure pas de suivi psychologique.

Structures d'accueil et d'accompagnement

  • Centres d’Actions Médico-Social-Précoce (CAMSP) : Les Centres d’Actions Médico-Social-Précoce (CAMSP) accueillent les enfants présentant des difficultés, âgés de 0 à 6 ans. La mission d’un CAMSP est de comprendre d’où viennent les difficultés de l’enfant pour les pallier et l’aider à progresser dans la vie quotidienne. Il se peut que ces structures soient débordées et que les rendez-vous proposés soient trop lointains. Dans ce cas vous pouvez aussi vous adresser à un professionnel en libéral.
  • Plateformes de Coordination et d’Orientation pour les Troubles Neuro-Développementaux (PCO) : Pour les enfants avec des troubles du neurodéveloppement, vous pourriez être orienté vers une Plateforme de Coordination et d’Orientation pour les Troubles Neuro-Développementaux (PCO). C’est votre médecin traitant qui lorsqu’il organise le parcours de diagnostic de votre enfant, peut contacter une PCO. Cette structure va vous accompagner tout le long du parcours de votre enfant dans son diagnostic.
  • Centres de ressources, de diagnostic ou de référence : Pour les troubles les plus complexes, vous pouvez être orienté vers un centre de ressources, un centre de diagnostic ou encore un centre de référence. Dans ces structures, vous pourrez aller plus loin dans le diagnostic des troubles de votre enfant et en plus accéder aux soins qui lui sont nécessaires.

Comment se déroule une consultation ?

Avant toute chose, sachez qu’on peut consulter un médecin, un psychologue ou un thérapeute simplement pour évoquer ses doutes, son inquiétude, ses interrogations. Un premier rendez-vous ne vous engage pas dans une thérapie pour des années. Ce professionnel de santé vous permettra de vous exprimer et vous donnera son avis, parfois ses conseils, en toute objectivité, sur la situation."Généralement, la famille se rend compte qu’il faut réagir lorsque son taux de tolérance est atteint, explique la pédopsychiatre Agnès Pargade à Psychologies Magazine. La psychiatrie est, pour elle, une question de degrés : « Tout le monde peut avoir des fluctuations thymiques, des jours où ça va, des jours où ça va moins. Certaines situations doivent vous alerter sur le malaise ressenti par votre enfant ou les difficultés qu’il traverse :

La présence des deux parents à la première consultation est souhaitable.

Durée de la prise en charge

Comme pour les adultes, la durée de la prise en charge dépend des difficultés rencontrées et de la nature du traitement envisagé. Agnès Pargade note que les attentes des parents sont souvent au-delà de ce que les spécialistes peuvent offrir. Il est important de comprendre que la thérapie est une aventure qui nécessite du temps, parfois quelques séances suffisent, parfois une prise en charge sur plusieurs mois est nécessaire.

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Quelques figures importantes de la psychologie infantile

  • Isabelle Filliozat : Psychothérapeute, Isabelle Filliozat s'est notamment intéressée au développement psycho-affectif de l'humain. Elle a ainsi imaginé le concept d'empathie intégrative et c'est également elle qui a importé en France celui de parentalité positive, venu d'Outre Atlantique.
  • Edwige Antier : Pédiatre de métier, Edwige Antier a notamment soutenu au cours de sa carrière l'existence de l'instinct maternel. Mais ce sont surtout ses positions sur les châtiments corporels qui la font connaître du grand public.
  • Marcel Rufo : Marcel Rufo a commencé par être médecin, spécialisé en neurologie. Touché par la mort des enfants, il se tourne alors vers la psychiatrie, notamment la pédopsychiatrie, et rédige de nombreux ouvrages. Il a, entre autres, dirigé le service psychiatrique de l’enfant et de l’adolescent de la Timone à Marseille et la maison de Solenn de l’hôpital Cochin à Paris. Il s'est imposé comme l'un des spécialistes les plus réputés de l'enfance et de l'adolescence.
  • Serge Tisseron : Serge Tisseron est psychologue et il s'est notamment spécialisé dans le rapport des enfants aux écrans. Il a ainsi imaginé en 2007 les repères « 3-6-9-12, pour apprivoiser les écrans », qui établit des usages d'écran en fonction des grandes étapes de l'enfance.
  • Catherine Gueguen : Catherine Gueguen est pédiatre s'est spécialisée dans le soutien à la parentalité. Formée en haptonomie et en communication non violente, elle donne des conférences et anime des groupes de travail.
  • Geneviève Delaisi de Parseval : Geneviève Delaisi de Parseval est psychanalyste et chercheuse en sciences humaines, spécialiste de bioéthique. Elle s'est notamment distinguée sur ses positions au sujet du projet de loi sur le mariage pour tous et de la filiation. Elle avance ainsi que le modèle familial « père, mère, enfant » est « une construction culturelle ».
  • Maurice Berger : Maurice Berger est psychanalyste et a engagé de nombreux travaux de recherches sur l'enfance et l'adolescence. Il s'est notamment intéressé aux processus psychiques liés à la séparation chez les enfants adoptés, ou confrontés au divorce de leurs parents.
  • Boris Cyrulnik : Boris Cyrulnik est un neuro-psychiatre. Il est surtout connu pour avoir vulgarisé le concept de « résilience », qui caractérise la capacité de l'humain à se reconstruire après les malheurs de la vie.
  • Claude Halmos : Claude Halmos est psychanalyste et a travaillé avec Françoise Dolto. Elle est intervenue dans de nombreuses émissions ou magazines comme chroniqueuse.
  • Irène Théry : Irène Théry est sociologue, spécialisée dans le droit de la famille. Elle a notamment publié plusieurs ouvrages sur les mutations du droit et de la justice de la famille, sur les familles recomposées et sur le genre.
  • Caroline Goldman : Caroline Goldman est psychologue pour enfants, adolescents et docteure en psychopathologie clinique.

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