Le viol d'un nourrisson est un acte d'une violence inouïe, une violation du caractère sacré et de l’intégrité de la personne humaine, qui provoque un traumatisme profond et durable. Face à une telle situation, il est impératif de savoir comment réagir, tant pour l'enfant que pour son entourage. Cet article vise à informer et à guider les personnes confrontées à cette réalité, en abordant les aspects psychologiques, médicaux, légaux et sociaux.

Reconnaître les Signes et Symptômes

Il n'est pas toujours évident de déceler des marques physiques de violences sexuelles sur un nourrisson. Des difficultés à marcher ou à s’asseoir, des bleus, des morsures, des infections sur les zones génitales peuvent mettre la puce à l’oreille. Des comportements régressifs peuvent également apparaître, comme des difficultés à se retenir de faire pipi ou caca. L'enfant peut aussi manifester des comportements violents envers lui-même, pouvant provoquer des blessures, ou exprimer des idées suicidaires.

Il est essentiel de prendre au sérieux les affirmations d’un enfant qui raconte avoir été touché ou agressé sexuellement. Il est très rare qu’un jeune mente à ce sujet. N’oubliez pas que, dans la situation où la personne à l’origine de la violence sexuelle est connue, l’agresseur(se) a habituellement beaucoup plus de raisons de mentir que l’enfant. De même, une autre difficulté que vous risquez de rencontrer est l’invraisemblance de certains actes d’agression.

Réagir Immédiatement : Les Premiers Pas

Si vous soupçonnez ou apprenez qu'un nourrisson a été victime de viol, voici les étapes cruciales à suivre :

  1. Garder son sang-froid : Essayez de rester calme lorsque l'enfant vous fait des révélations. Surtout, ne dramatisez pas ou, à l’inverse, ne minimisez pas la situation. Votre enfant risque de se sentir coupable ou rejeté(e). Il est important et pour vous et pour votre enfant que vous lui expliquiez clairement que les violences qu’il/elle a subies sont des actes graves.
  2. Écouter l'enfant : Accordez beaucoup d’importance à votre réaction car se confier représente un véritable effort pour la victime dans ces conditions. Demandez-lui de vous raconter ce qu’il s’est passé. Si votre enfant ne parvient pas à trouver les mots ou la force de vous en parler directement, sachez que c’est une réaction tout à fait normale car vous êtes une personne très proche de lui/elle. Votre enfant, en bas âge, utilisera des mots simples ou des expressions imagées pour vous décrire la scène.
  3. Ne pas culpabiliser l'enfant : Pensez à encourager et à rassurer votre enfant pour éloigner toute forme de culpabilité de son esprit. En effet, la victime se sent systématiquement responsable de ce qui lui est arrivé.
  4. Réconforter et soutenir : N’hésitez pas à faire des câlins à votre enfant, le/la prendre dans vos bras, lui manifestez votre amour. Votre enfant en a besoin à ce moment précis pour être réconforté(e) et soutenu(e). Ne lui faites pas ressentir que vous mettez une barrière entre lui/elle et vous une fois que l’abus vous a été révélé.
  5. Signaler les faits : Signalez immédiatement l’enfant à la police en composant le 17.
  6. Consulter un médecin : Votre enfant devrait subir un examen médical. Consultez un(e) spécialiste pour apporter un soutien physique et psychologique à votre enfant (pédopsychiatre, psychothérapeute, pédiatre). Lorsque vous signalez une situation de violence sexuelle à la police, un examen médico-légal est prévu pour faire constater les symptômes et les marques sur votre enfant. Vous pouvez néanmoins vous rendre aux urgences avant toute démarche de dépôt de plainte. Allez-y rapidement, si possible votre enfant ne devra pas s’être lavé(e) depuis l’agression.

La Mémoire Traumatique et la Dissociation

Lors d’une violence sexuelle, le stress déclenche un mécanisme psychologique et neurologique. Ce dernier est provoqué lorsque le traumatisme vécu menace l’intégrité physique ou psychique de la victime, comme par exemple une situation qui a terrorisé votre enfant, un acte dégradant, inhumain ou humiliant que le cerveau de votre enfant a jugé incompréhensible. Cette disjonction entraîne une mémoire traumatique et une dissociation avec anesthésie psychique et physique. C’est-à-dire que la victime devient spectatrice de son agression. Elle se trouve dans un état de sidération, ce qui peut expliquer qu’une victime ne soit pas en mesure de fuir ou de se défendre lors d’une agression. La mémoire traumatique peut faire revivre à l’identique tout ou partie du traumatisme à la victime avec les mêmes réactions et émotions que celles vécues lors de l’acte de violence.

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Si c’est le cas, demandez de l’aide à un(e) adulte proche de vous en qui votre enfant a suffisamment confiance pour se confier. Vous pouvez aussi, au lieu d’utiliser le langage comme moyen d’expression, proposer à votre enfant de dessiner ou de vous montrer la scène avec des peluches ou des poupées.

Le Rôle Crucial du Signalement

Même si ces révélations vous semblent difficiles à admettre, ne craignez pas de compliquer les choses ou de devoir supporter le regard des autres, en particulier celui de votre famille. N’oubliez pas que vous avez l’obligation légale de déclarer toute allégation ou suspicion de maltraitance, qui inclut les violences sexuelles. Après vous avoir fait ces révélations, il peut arriver que votre enfant nie avoir été agressé(e) sexuellement. Ne laissez pas ce comportement vous faire douter de votre enfant. Il/elle peut vouloir protéger ses parents et éviter l’éclatement de sa famille en dévoilant la vérité.

Les Étapes du Signalement

  1. Contacter la police : Signaler immédiatement l’enfant à la police en composant le 17.
  2. Examen médico-légal : Un examen médico-légal est prévu pour faire constater les symptômes et les marques sur votre enfant. Vous pouvez néanmoins vous rendre aux urgences avant toute démarche de dépôt de plainte. Allez-y rapidement, si possible votre enfant ne devra pas s’être lavé(e) depuis l’agression.
  3. Saisir la CRIP ou le procureur : La cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) peut être saisie par tout professionnel ou toute personne en contact avec un enfant en situation de danger ou de risque de danger par le biais d’un écrit (information préoccupante). S’il existe une situation de danger imminent et une nécessité de protection urgente, il convient d’adresser directement un signalement au procureur de la République (avec copie à la CRIP).

L'Accompagnement Médical et Psychologique

L'importance d'une prise en charge spécialisée

Les abus sexuels, même s’ils ne sont que suspectés, sont des situations d’une particulière gravité. Le premier devoir de tout médecin, quel que soit son mode d’exercice ou sa spécialité, est la protection de l’enfant. La simple suspicion d’abus sexuel impose au médecin d’agir. Du fait de la difficulté d’une évaluation en cabinet médical, une prise en charge pluridisciplinaire en milieu hospitalier est recommandée. Le médecin adresse la famille avec un courrier à son correspondant hospitalier, en leur indiquant que, s’ils ne s’y rendent pas, il est dans l’obligation d’adresser un signalement au procureur de la République.

Les examens médicaux

L’agression sexuelle datant de moins de 3 jours est une urgence médicolégale. Il est alors possible de trouver des lésions traumatiques récentes et d’effectuer des prélèvements probants. Si l’agression date de moins de 3 jours et a comporté une pénétration sexuelle, la recherche de spermatozoïdes est indispensable. Les prélèvements sanguins permettent de rechercher une éventuelle grossesse et des maladies sexuellement transmissibles. Ces sérologies réalisées lors du bilan initial sont à répéter à 6 semaines et à 3 mois.

Le soutien psychologique

L’enfant peut bénéficier d’un suivi psychologique pour l'aider à surmonter les traumatismes liés aux violences subies. Les parents peuvent également bénéficier d’un soutien éducatif ou psychologique pour améliorer les conditions de vie de l'enfant et éviter toute récidive.

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Le Cadre Légal et la Justice

Les peines encourues

La loi prévoit des peines plus sévères en cas de violences à caractère sexuel (couramment appelées abus sexuels) sur mineurs. Les peines varient selon l'auteur et les circonstances. Le viol est puni de 20 ans de réclusion criminelle lorsque la victime est un enfant de moins de 15 ans ou lorsque l’auteur est un parent, un grand-parent, ou toute autre personne ayant autorité sur la victime.

L'inceste

Pour les faits commis après l’entrée en vigueur de la loi du 21 avril 2021, il suffira seulement de prouver la relation sexuelle et l’autorité de droit ou de fait qu’exerce le majeur sur le ou la mineur(e). Lorsque le viol incestueux ou l’agression sexuelle incestueuse est commis(e) envers un(e) mineur(e) par une personne titulaire de l’autorité parentale, la juridiction de jugement doit se prononcer sur le retrait total ou partiel de cette autorité.

Les Ressources et Associations d'Aide

De nombreuses associations et organisations sont là pour vous aider et vous soutenir :

  • 119 : « Allô enfance en danger » : Le Service National d’Accueil Téléphonique de l’Enfance en Danger (SNATED) est joignable gratuitement 7j/7 et 24h/24.
  • 116 006 : Numéro d’aide aux victimes, ouvert 7j/7, de 9h à 19h.
  • L’association Colosse aux pieds d’argile : Plateforme qui vous permet de signaler des conduites ou des situations de faits de violences.
  • L’association Innocence en Danger : Milite contre les maltraitances, et plus particulièrement contre les violences sexuelles envers les enfants.
  • L’association L’Enfant Bleu : Vient en aide aux enfants victimes de maltraitances, quelle qu’en soit la forme.
  • Le Collectif Féministe Contre le Viol : Propose aux personnes qui ont subi des violences sexuelles, ainsi qu’à leur famille proche une écoute, un soutien, une solidarité ainsi que des informations nécessaires aux différentes démarches à entreprendre.
  • L’association le Monde à Travers un Regard : Lutte contre l’inceste et la pédocriminalité.
  • L’association SOS Inceste pour Revivre : Écoute, soutient, accompagne et oriente les victimes d’inceste.
  • Le centre du Psychotrauma (CPIV), à Paris : Accueille les victimes, enfants comme adultes, de psychotraumatisme, notamment les victimes de violences sexuelles.
  • Le tchat commentonsaime.fr, de l’association En Avant Toutes : À disposition pour discuter avec des professionnels.
  • La ligne d’écoute du Collectif féministe contre le viol (CFCV) : Pour les personnes victimes de violences sexuelles dans l’enfance (0 805 802 804).

Prévention : Apprendre à Protéger les Enfants

Apprendre à votre enfant dès son plus jeune âge les bons réflexes quand il s’agit de son intimité est une priorité. Le Conseil de l’Europe propose d’apprendre aux enfants la Règle « On ne touche pas ici ». Ce guide vous donne les clés pour apprendre à votre enfant ce qu’est une violence sexuelle, comment l’éviter et comment le dénoncer.

  • « Ton corps est à toi » : Il appartient à l’enfant, et personne ne peut le toucher sans sa permission. Apprendre à l’enfant quelles sont ses parties intimes et les nommer par leur vrai terme (« pénis » au lieu de « zizi » par exemple).
  • Il y a de bons secrets et de mauvais secrets : Il est important que l’enfant sache distinguer le bon secret (par exemple, une organisation de fête surprise) du mauvais secret. Les mauvais secrets sont ceux qui rendent anxieux, tristes, qui font peur ou mettent mal à l’aise.
  • Dire à son enfant quelles sont les personnes qui peuvent faire partie de leur « réseau de sécurité » : Composé d’adultes de confiance, disponibles et prêts à les écouter, que l’enfant choisit.

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