Jacques Demy, figure emblématique de la Nouvelle Vague, réalisateur des inoubliables Parapluies de Cherbourg et Demoiselles de Rochefort, a marqué le cinéma français par son univers coloré et musical. Son décès, survenu le 27 octobre 1990, avait été officiellement attribué à un cancer. Cependant, un secret longtemps gardé a été révélé en 2008 par sa compagne, la réalisatrice Agnès Varda : Jacques Demy est mort du SIDA.

Une romance d'amour à mort

La relation entre Jacques Demy et Agnès Varda est une histoire d'amour et de complicité artistique qui a duré près de trente ans. Ils se sont rencontrés en 1958 au festival du court métrage de Tours, elle avait 30 ans, lui 27. Elle montrait Du côté de la côte, et lui Le Bel Indifférent. L'année suivante, ils s'aiment d'amour fou. Ils se sont mariés en 1962 et ont partagé une passion commune pour le cinéma et les États-Unis, où ils ont vécu pendant les années 60. En 1972, Agnès donne naissance à leur fils, Mathieu Demy, et Jacques adoptera Rosalie, la fille qu’Agnès Varda avait eu en 1958 avec le metteur en scène Antoine Bourseiller. De retour en France, le couple et ses enfants trouvent refuge sur l'île de Noirmoutier dont Demy, Nantais d'origine, avait fait découvrir les sublimes plages à Varda.

Leur collaboration artistique a donné naissance à des œuvres majeures du cinéma français. Agnès Varda a toujours soutenu et encouragé son mari, même pendant les périodes difficiles de sa carrière. Leur relation était basée sur une complicité profonde et une croyance commune en la puissance de l'imaginaire.

La maladie et le silence

Au milieu des années 70, Jacques Demy, qui a connu la gloire des comédies enchantées (Les parapluies de Cherbourg en 1964, Les demoiselles de Rochefort en 1967), connaît une petite traversée du désert et le couple passe alors toutes les courbes de l'amour. La décennie suivante, Demy est fatigué, malade : durant le tournage de Trois places pour le 26, en 1986, il est hospitalisé deux fois. Lors de ses nombreux séjours à l’hôpital, il commence à rédiger des souvenirs d’enfance qu’il communique à son épouse.

En mars 1990, ils décident d’en faire un film : Jacquot de Nantes. Le tournage commence, Jacques Demy décède pendant (le 27 octobre 1990) et Agnès Varda le termine sans lui. Elle en fera une lettre d'amour qui se conclut sur la chanson Démons et merveilles adaptée de Jacques Prévert ("Dans tes yeux entr’ouverts ; Deux petites vagues sont restées ; Démons et merveilles ; Vents et marées ; Deux petites vagues pour me noyer").

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À l'époque, la version officielle du décès de Jacques Demy était un cancer. Cependant, Agnès Varda a révélé en 2008 que son mari était atteint du SIDA. Elle explique que Jacques Demy ne souhaitait pas rendre publique sa maladie, et qu'elle a respecté son choix pendant de nombreuses années.

La révélation et l'hommage

Ce n’est qu’en 2008 qu’Agnès Varda révèle au magazine Têtu que Jacques Demy était atteint du sida : "Je dis clairement qu’il est mort du sida et qu’il ne voulait pas en parler. On ne peut pas discuter un tel choix. Il faut replacer ça en 1988-1989. Ce n’est pas aujourd’hui. C’est il y a vingt ans… Il savait qu’il allait mourir."

Agnès Varda a rendu hommage à son mari à travers plusieurs de ses films, notamment Jacquot de Nantes, un film autobiographique sur l'enfance de Jacques Demy, et Les Demoiselles ont eu 25 ans, un documentaire sur le tournage des Demoiselles de Rochefort. Elle a également réalisé L’univers de Jacques Demy, une balade chaotique dans la vie du cinéaste.

L'héritage de Jacques Demy

Jacques Demy a laissé une œuvre cinématographique unique, marquée par la poésie, la musique et la couleur. Ses films continuent d'inspirer et d'enchanter les spectateurs du monde entier.

Son style unique, caractérisé par des dialogues chantés, des décors colorés et des personnages attachants, a influencé de nombreux réalisateurs.

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"Jeanne et le garçon formidable" : Un hommage vibrant et engagé

Dans les années 1990, alors que l'épidémie de SIDA ravageait le monde, Olivier Ducastel et Jacques Martineau ont réalisé Jeanne et le garçon formidable, une comédie musicale audacieuse qui rend hommage à l'univers de Jacques Demy tout en abordant de front la question du SIDA.

Le film raconte l'histoire de Jeanne, une jeune femme qui tombe amoureuse d'Olivier, un homme séropositif. À travers leur relation, le film explore les thèmes de l'amour, de la maladie, de la mort et de l'engagement politique.

Jeanne et le garçon formidable reprend les codes des comédies musicales de Demy, tout en les adaptant aux mœurs des années 1990. Le film aborde des sujets tabous tels que la sexualité et la lutte des classes, et met en scène des personnages complexes et attachants.

Le film a été salué par la critique pour son originalité, son audace et son engagement. Il est considéré comme un hommage vibrant à Jacques Demy et comme un témoignage important sur l'épidémie de SIDA.

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