L'acceptation croissante du cannabis soulève des questions sur son intégration dans la vie quotidienne, notamment en ce qui concerne l'allaitement. Peut-on consommer du cannabis quand on allaite ? Cet article fait le point sur les connaissances actuelles, en tenant compte des études disponibles et des recommandations des professionnels de santé.
Le cannabis : une substance psychoactive
Le cannabis est une plante consommée pour ses propriétés psychoactives, et dans certains pays pour ses propriétés thérapeutiques. Avec environ 900 000 usagers quotidiens, le cannabis est la drogue la plus consommée en France. Près de la moitié des adultes de 18 à 64 ans (45 %) en ont déjà consommé. La principale molécule responsable de l’effet psychoactif est le delta-9-tétrahydrocannabinol ou THC.
Le THC est très lipophile et est stocké dans les tissus adipeux pour de longues périodes (jusqu’à plusieurs mois), et donc possiblement dans les seins de la mère allaitante. Une fois inhalé, il passe des poumons au plasma, puis dans les organes (foie, cerveau et autres tissus). Dans le corps humain, il existe des molécules produites pour se lier à ces récepteurs : c’est le système endocannabinoïde. Le rôle de ce système est de contrôler les communications entre les synapses des neurones et il intervient dans les processus suivants : la faim, l’anxiété, la douleur, les apprentissages, la mémoire, la reproduction, le métabolisme, la croissance.
Risques potentiels du cannabis pendant l'allaitement
La position officielle de l’American Academy of Pediatrics sur la consommation d’herbe par des mères allaitantes déclare que les risques sont « inconnus ». Le cannabis peut passer jusqu’au bébé à travers le lait maternel et il y aura donc probablement des effets négatifs. Le risque est accru, car le THC est soluble dans les graisses. Ceci signifie que le lait de toute sorte, y compris le lait maternel, est un excellent véhicule pour que le THC s’y lie.
Des études ont montré qu’environ 1 à 2,5 % du THC d’un joint se retrouve dans le lait maternel et est transmis au bébé. Le THC se lie aux récepteurs à protéine dans le cerveau, qui sont cruciaux pour le développement du cerveau. Des études ont prouvé que les bébés exposés au cannabis via le lait maternel étaient rapidement fatigués et avaient des capacités de tétée insuffisante par comparaison aux bébés non exposés. Si le cannabis est consommé durant la grossesse ou l’allaitement, cela pourrait affecter le développement du cerveau de l’enfant, son comportement et sa santé mentale.
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THC dans le lait maternel : durée de présence
Les concentrations de THC variaient d’une femme à l’autre, probablement en fonction de leur niveau de consommation, de leur indice de masse corporelle et de leur métabolisme. Même ainsi, « le THC a été excrété dans le lait maternel de ces sept femmes pendant jusqu’à six semaines. »
Des chercheurs de l’Université de Californie - San Diego rapportent que 63% des échantillons de lait maternel provenant de mères consommant du cannabis présentent des traces de la substance jusqu’à 6 jours après sa consommation. Certaines études révèlent que le THC peut rester dans le lait maternel jusqu'à 6 jours après la consommation de cannabis par la mère. Dans les études, on retrouve du THC dans le lait entre 6 jours et 6 semaines après la prise avec une demi-vie estimée à 20 jours.
Plus la concentration de THC dans le sang maternel augmente, plus le THC s’accumule dans le lait. Il y a donc un effet d’accumulation du THC dans le lait maternel ce qui expose l’enfant à des doses hautement toxiques.
Qu'en est-il du CBD ?
Alors que la recherche actuellement disponible se concentre sur le THC, des experts s’inquiètent toujours des effets que n’importe quel cannabinoïde pourrait avoir sur le développement du cerveau du bébé.
Le CBD (ou Cannabidiol) ingéré par voie orale passe dans l’estomac. Au contact de l’acidité gastrique, le CBD se transforme en THC. De plus, le CDC et la FDA américains indiquent, le cadre de l’allaitement, que le CBD peut contenir d’autres contaminants (pesticides, métaux lourds, champignons) potentiellement dangereux pour la mère et l’enfant.
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Recommandations et conseils
En France comme aux Etats-Unis, il est conseillé de s’abstenir de consommer du cannabis pendant la grossesse et l’allaitement maternel. Néanmoins le manque littérature scientifique et de consensus sur l’exposition aux drogues pendant l’allaitement spécifiquement est une difficulté pour les professionnels de santé qui doivent accompagner les mères consommatrices et doivent trouver un équilibre selon les situations entre les potentiels risques de la consommation de drogue et les bénéfices connus de l’allaitement. Face à la consommation croissante de cannabis dans la société américaine, et notamment par des mères pendant la grossesse, une équipe de recherche de l’hôpital pour enfants du Colorado (USA) a souhaité examiner la durée de persistance du tétrahydrocannabinol (THC), le composant psychoactif du cannabis, dans le lait maternel.
L'association Leache Ligue France précise que le THC passe bel et bien dans le lait et que l'impact sur l'enfant reste controversé. Elle indique par ailleurs qu’« à court terme, il semble se limiter à une sédation et à une succion faible. » L’impact à long terme est quant à lui difficile à évaluer.
Pour l’instant, le conseil reste le même que pour l’alcool et le tabagisme : si vous allaitez (ou êtes enceinte), abstenez-vous ! Tous les fumeurs et vapoteurs ont également leur part de responsabilité. Ils devraient prendre des précautions pour ne pas fumer à proximité des femmes enceintes et des enfants.
Défis et perspectives
Les femmes font face à de nombreux défis physiques et mentaux au cours de la grossesse et après l’accouchement. Ce n’est donc pas une surprise si de nouvelles mères se tournent vers des compléments alimentaires ou des choix diététiques pour aider à soulager leur stress physique et mental.
Il existe peu d’éléments scientifiques pour prouver les risques exacts sur la santé de la fumée ou vapeur de cannabis passive. Cependant, les recherches orientent toujours vers la possibilité de problèmes de développement. L’idée que la fumée du cannabis serait moins dangereuse que la fumée de cigarette est probablement aussi fausse. Des études animales ont montré que la fumée de l’herbe pourrait être tout aussi nocive que la fumée du tabac.
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Plus de preuves sont nécessaires sur les risques de santé du cannabis chez le nouveau-né en développement et le jeune enfant. D'autres études doivent en effet être réalisées, non seulement pour déterminer l'impact général à long terme du cannabis dans le lait maternel chez les enfants, mais pour répondre à de multiples questions dont, « Y a-t-il des différences d’effets du cannabis dans le lait maternel selon l’âge de l’enfant ou est-ce que le mode de consommation maternel impacte ces effets ? ».
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