Introduction

Le vieillissement est un processus inévitable, mais sa perception et son vécu varient considérablement en fonction du genre, de la classe sociale et des normes culturelles. Cet article explore en profondeur la complexité du vieillissement, en mettant en lumière les inégalités liées au genre et à l'âge, et en proposant une réflexion sur la manière dont nous pouvons changer notre regard sur la vieillesse pour en faire une expérience plus positive et valorisante.

Le Vieillissement : Un Angle Mort des Luttes Féministes

Fiona Schmidt, journaliste et autrice, souligne que le vieillissement est souvent un angle mort des luttes féministes. Dans une société obsédée par la jeunesse, la peur de vieillir affecte les femmes plus tôt et plus intensément que les hommes. Cette peur est alimentée par des stéréotypes négatifs et des pressions sociales qui valorisent la jeunesse et la beauté physique des femmes.

L'Âgisme : Une Discrimination Insidieuse

L'âgisme, ou discrimination fondée sur l'âge, est une forme de discrimination insidieuse car elle est souvent invisible et rarement remise en question. Pourtant, sauf accident de la vie, 100 % de la population est ou sera concernée un jour. L’âgisme entretient l’âgisme parce que personne ne s’identifie comme vieux dans une société où vieillir est un stigmate, surtout pour les femmes. On n’est pas censé demander son âge à une femme ni dire « les vieux » parce que ça n’est pas poli, alors que « les jeunes » n’est pas perçu comme une insulte. Il est essentiel de déconstruire l'âgisme dès le plus jeune âge, au même titre que le sexisme, le racisme ou l'homophobie.

Stéréotypes et Représentations de la Vieillesse

Les stéréotypes liés à la vieillesse sont nombreux et souvent négatifs. Les personnes âgées sont perçues comme arrogantes, déconnectées de la « vraie vie » et des réalités des « adultes ». On distingue les vieux (les « seniors », le « 3e âge », peu importe la façon dont on les désigne) des adultes, comme si, en vieillissant, on cessait d’être adulte pour redevenir mineur·e, alors qu’officiellement, on est adulte de 18 ans jusqu’à la mort.

Historiquement, la vieillesse était synonyme de respectabilité et de sagesse. Globalement, vieillir n’a jamais été super bien perçu, nulle part… Mais la vieillesse n’est pas stigmatisée de la même façon partout dans le monde : socialement, il fait meilleur être vieux au Japon qu’en France, par exemple. Pourvu qu’elle ne soit pas accompagnée de démence et/ou de handicap physique, la vieillesse - des hommes, donc - était volontiers associée à la sagesse, et respectée en tant que telle. Le vieux, c’est aussi la figure du patriarche old school à la Jean Gabin ou Marlon Brando dans Le Parrain, l’allégorie de l’autorité, tandis que les vieilles sont des figures repoussoir, soit parce qu’elles font pitié, soit parce qu’elles font peur. Ça n’est pas un hasard que la figure de la sorcière et de la mort soient incarnées par des femmes vieilles. Mais à partir du moment où les vieux sont devenus plus nombreux que les jeunes, ils ont perdu leur prestige et sont devenus un fardeau, économique notamment. Dans une société fondée sur le renouvellement permanent, les vieux incarnent l’obsolescence et l’inutilité - moi-même, je me sens souvent complètement larguée, alors que je suis loin d’être sénile !

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Les Inégalités de Genre Face au Vieillissement

Le vieillissement n'affecte pas les hommes et les femmes de la même manière. On a tendance à l’oublier, mais on vieillit toutes, chaque jour, tout au long de notre vie, et avant même de naître. Donc, lorsque je parle de vieillir dans ce contexte, je veux dire que le fait de grandir, d’être perçu·e comme « mature » n’entraîne pas du tout les mêmes conséquences pour les femmes que pour les hommes. Les garçons ne sont pas sexualisés comme le sont les filles au moment de la puberté. J’ai eu une puberté précoce, mes règles, des seins et des hanches à dix ans. En sixième, j’avais l’air d’une lycéenne de seconde, et j’étais traitée comme telle par les adultes : parce que je paraissais mûre, iels se comportaient comme si je l’étais. Quelle que soit leur apparence physique au moment de la puberté, les garçons ne sont pas responsabilisés comme nous le sommes, ils ne sont pas culpabilisés à cause de leur corps, car celui-ci n’est pas susceptible de leur attirer des problèmes. On ne leur dit pas de « faire attention » à l’autre moitié de l’humanité, on ne les tient pas brusquement responsables du comportement que cette moitié de l’humanité pourrait avoir à leur égard à cause de leur apparence physique.

Bien que les hommes aussi puissent craindre le vieillissement et subir des discriminations liées à l'âge, les signes du vieillissement ne sont pas perçus ni codés de la même façon chez les femmes et chez les hommes : les rides et les cheveux blancs font George Clooney chez les hommes, sorcière chez les femmes. Ce ne sont jamais des signes de négligence, de laisser-aller, voire de saleté.

L'Âge des Femmes : Une Approche Cyclique

Depuis l’Antiquité, les « âges de la vie » des femmes, qui correspondent à des étapes donc à des normes sociales sont réduites aux fluctuations de leur corps, alors que ceux des hommes sont strictement calendaires. Femmes et hommes étaient « enfants » jusqu’à 7 ans, puis une distinction s’opère. Elles sont adolescentes de 7 ans jusqu’à leurs premières règles, qui déterminent le moment à partir duquel elles sont bonnes à marier, elles deviennent vraiment « jeunes femmes » à partir du moment où elles sont mariées, puis « femmes » entre le mariage et le premier enfant, « matrones » jusqu’à la ménopause, puis « anus decrepita ». Quant aux hommes, ils sont considérés comme « adolescents » de 17 à 30 ans, « jeunes » de 30 à 45 ans, « senior de 45 à 60 ans », et « senex » après 60 ans. Bien sûr, les choses ont un peu évolué depuis l’Antiquité… Mais les normes sociales en termes de parentalité notamment sont toujours rigides. Les hommes n’ont pas la pression de « l’horloge biologique », qui cache une injonction à la maternité. Ils ne subissent pas le couperet de la ménopause, le début officiel de la vieillesse pour les femmes… alors que leur espérance de vie est de 85 ans ! Leur corps n’est pas réputé « défaillant » comme le nôtre dès lors qu’il ne peut plus fabriquer d’enfant.

Redéfinir le "Bien Vieillir"

« Bien vieillir » exige d’en changer la définition capitaliste, âgiste, sexiste et classiste. Aujourd’hui, « bien vieillir », c’est quoi ? Avoir l’air plus jeune que son âge, être actif·ve, indépendant·e, continuer de consommer et d’être utile à la société… Bref, « bien vieillir », c’est « rester jeune », donc ne pas vieillir. Par ailleurs, « bien vieillir » suppose que l’on peut « mal vieillir », donc qu’il y aurait d’un côté les « bons vieux », qui sont en fait des faux jeunes, et les « mauvais vieux », qui sont des vrais vieux. Mais « bien vieillir » n’est pas qu’une question de volonté individuelle, comme le suggère cette expression culpabilisante : « bien vieillir » est très souvent le reflet de privilèges sociaux et économiques.

Pour lutter contre l’âgisme, mettre en place des mesures permettant à un plus grand nombre de personnes de « bien vieillir » ne suffit pas : cela ne fait que contourner les conséquences de la discrimination. Le remède contre l’âgisme, ça n’est pas de permettre à de plus en plus de personnes de rester jeunes jusqu’à la mort, ou de prétendre que les vieux sont des jeunes comme les autres. Ça n’est pas de résister au temps le plus longtemps possible, mais de l’embrasser, pour en faire ce qui nous correspond le mieux. Il est fondamental que les discours et les représentations changent et se diversifient, pour que l’on puisse enfin se projeter vers l’avenir, au lieu de continuer à nous identifier à des personnes jeunes, à un moi immuable.

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Représentation des Femmes Âgées dans les Médias

Aujourd’hui, 1 femme majeure sur 2 en France a plus de 50 ans, or, elles sont trois fois moins présentes sur les écrans que dans la société civile, alors que la représentation des hommes de plus de 50 ans est équivalente à la place qu’ils occupent au sein de la société. Non seulement les femmes de plus de 50 ans sont moins présentes que les hommes, mais leur temps de parole est réduit, et elles sont cantonnées à des seconds rôles souvent caricaturaux. Heureusement, les choses sont en train d’évoluer. Même si la parité est encore loin d’être atteinte dans les secteurs de la culture, des médias et de la communication, les femmes sont quand même de plus en plus nombreuses à produire des récits, des images, des représentations. La norme dominante est encore masculine, blanche, cisgenre, hétéro, CSP+ et jeune, mais les lignes bougent. Les marges prennent de plus en plus de place.

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