Son nom résonne à travers le monde, symbole d'élégance et d'innovation. Gabrielle Chanel, plus connue sous le nom de Coco, est née le 19 août 1883. Décédée il y a plus de cinquante ans, son influence perdure, inspirant encore les créateurs de mode et imprégnant des parfums de son nom. Gabrielle Chanel est une figure emblématique de la mode française, dont la vie, de ses humbles débuts à son statut d'icône mondiale, est une source d'inspiration et de fascination.

Une Jeunesse Marquée par l'Orphelinat et l'Apprentissage

Gabrielle Bonheur Chasnel, de son vrai nom, voit le jour à Saumur. Fille de forain et d’une mère couturière, elle est la deuxième d’une fratrie de six enfants. Son enfance est marquée par le décès de sa mère alors qu'elle n'a que 12 ans. Après la mort prématurée de sa mère, son père, plus souvent emprisonné qu’en liberté, dissémine les enfants en 1895. Plusieurs versions de son enfance s’affrontent, mais celle qui prévaut est qu’elle aurait ensuite grandi dans un orphelinat avec ses sœurs, séjour pendant lequel elle aurait développé ses compétences en couture. À 18 ans, Gabrielle rejoint sa tante paternelle, Louise Costier, à Moulins et s'inscrit chez les dames chanoinesses de l'institut Notre-Dame, où elle se perfectionne dans le métier de couseuse. En 1903, devenue habile à manier le fil et l'aiguille, elle est placée en qualité de couseuse, à la maison Grampayre, atelier de couture spécialisé en trousseaux et layettes.

Les Débuts de Coco : Chanteuse de Café-Concert et Modiste Avant-Gardiste

Mais Chanel ne veut pas partager le sort anonyme des « cousettes », et recherche un avenir. Elle fréquente les cafés-concerts de Moulins, et attirée par la scène, ose bientôt se produire en spectacle. Bien que plusieurs hypothèses existent, c'est dans ce contexte qu'elle aurait acquis son surnom, le public l'appelant « Coco », quand elle avait pour habitude de chanter « Qui qu'a vu Coco dans l'Trocadéro ? ». C'est également dans ces lieux qu'elle rencontre Étienne Balsan, officier et homme du monde, puis l’homme d’affaire Arthur « Boy » Capel, son grand amour. Cette période de sa vie est cruciale, car elle lui permet de s'affranchir des conventions et de développer son sens de l'observation, qui nourrira plus tard ses créations.

En 1905, la rencontre décisive de Chanel avec Étienne Balsan, maréchal des logis héritier d’une grande fortune, lui permet de quitter le centre de la France. Elle part avec lui pour Compiègne l’année suivante, et s’installe dans l’ancienne abbaye de Royallieu. Alors qu’elle passe ses hivers à Pau entre 1906 et 1909, elle y fera une nouvelle rencontre décisive, Arthur Boy Capel, jeune entrepreneur anglais dont elle s’amourache et avec lequel elle part. Il sera pour elle, « en toutes circonstances », d’un grand secours. Il la convainc de s’installer comme modiste à Paris et en 1910, Coco ouvre Chanel Modes au 21, rue Cambon, puis des boutiques à Deauville et Biarritz.

Révolutionner la Mode Féminine : Un Style Épuré et Libérateur

Les créations de Coco Chanel sont à contre-courant de la mode de l’époque. Son idée est de libérer la femme dans ses déplacements, avec des robes plus amples et courtes. Utilisant le jersey pour pallier la pénurie de tissu en ces temps de guerre, elle invente un nouveau style, avec des tenues parfois androgynes, souvent en noir et blanc. Elle dessine des robes droites, ose le pantalon pour les femmes et souhaite libérer le corps en raccourcissant les jupes, supprimant la taille et le corset. Elle crée également des chapeaux qui se portent très bas sur le front. Cette femme rebelle se démarque par ses cheveux et ses tenues à la garçonne. Désormais, c’est elle qui lance la mode avec ses robes noires et blanches, sa marinière et, plus tard, son petit tailleur.

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En 1915, muée par l’envie de libérer les femmes dans leurs activités quotidiennes, Coco Chanel se lance dans la couture et élabore des collections à contre-courant : les formes s'élargissent, la taille se desserre et les jupes sont effrontément écourtées. Le succès est immédiat et très vite, elle est débordée par les commandes. Au sortir de la Première Guerre mondiale, elle emploie 300 ouvrières. Chanel est une originale, une « irrégulière », pour reprendre le titre d’un livre de Edmonde Charles-Roux.

L'Ascension d'un Empire : Parfums, Bijoux et la Petite Robe Noire

La créatrice avant-gardiste continue son expansion stylistique. Ainsi, en 1921, elle est la première couturière à commercialiser son propre parfum, l’iconique Chanel n° 5, grâce à la bienveillance des frères Wertheimer qui, à partir de 1924, possèdent 70 % des parfums Chanel. Cette même année, la visionnaire ouvre un atelier de bijoux fantaisie. En 1921, Coco Chanel acquiert deux nouveaux immeubles rue Cambon et lance le fameux N° 5 de Chanel et dessine cinq ans plus tard sa légendaire Petite robe noire, symbole d’élégance et de simplicité. Les années 1920 seront des années fastes pour Chanel. Ces « années folles » sont pour elle les « années russes » : Chanel se découvre une passion pour les ballets russes et devient mécène. Elle se lance dans le parfum - et le maquillage - au début des années 1920 et s’associe avec les propriétaires de Bourjois, les frères Wertheimer (qui disposent déjà d’une usine et d’un réseau mondial de points de vente) et le cofondateur des Galeries Lafayette, dans la perspective d’une « maison globale », à l’instar de celle que Poiret a vainement voulu construire et consolider.

À l’indiscrète question « Que portez-vous pour dormir ? » posée par un journaliste de Life Magazine en 1952, Marilyn Monroe répondait « Du N°5 exclusivement ». Ce parfum, c’est - avec la petite robe noire, le tailleur, les escarpins bicolores et le sac matelassé - la marque de fabrique d’une maison de haute couture prestigieuse fondée au début du siècle dernier par Gabrielle Chanel, femme industrieuse, intelligente de ses mains, et qui n’avait pas sa langue dans sa poche. Elle, fille de forain, orpheline, partie de rien, aura su transformer sa petite boutique de chapeaux en une immense entreprise globale et pérenne, touchant une clientèle mondiale.

Les Ombres de la Guerre : Controverses et Accusations de Collaboration

Juste avant la Seconde Guerre mondiale, « la Grande Mademoiselle » devient une icône qui emploie des milliers de personnes. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Gabrielle Chanel ferme sa maison de couture, mais continue de résider au Ritz, dans un Paris occupé par les Allemands à partir de 1940. Mais pendant la guerre, sa moralité est mise en doute car elle entretient une relation amoureuse avec un officier allemand et aurait transmis des informations à l’armée nazie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, après avoir présenté une collection bleu-blanc-rouge patriote, elle ferme sa maison de couture, mettant à la porte ses couturières qui réclamaient de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires lors des grèves de 1936. Elle se consacre alors uniquement à son activité dans le domaine des parfums. S'appuyant sur les lois antisémites, elle tente de récupérer sans succès la marque de parfum N° 5, propriété de la famille juive Wertheimer. Ses relations avec le milieu nazi lui vaudront l'accusation de collaboration. À la Libération, Gabrielle Chanel part en Suisse et ne revient à Paris qu’en 1954, s’installant définitivement dans ses appartements de l’Hôtel Ritz.

Jean Lebrun consacre aussi quelques courtes pages à un autre mystère, qu’il nomme pudiquement les « fautes de parcours de Chanel pendant l’Occupation », en particulier sa prétendue « participation », en 1943-1944, à « un essai de paix séparé qui aurait mis à l’écart les Soviétiques et épargné l’avenir des nazis » - autrement dit une tentative de collaboration, farouchement niée par ses anciens assistants et successeurs (dont Karl Lagerfeld).

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Un Retour Triomphal et l'Héritage d'une Légende

Elle crée des nouveaux modèles qui deviendront des classiques comme le tailleur en tweed, le sac Chanel matelassé et les ballerines bicolores. Beaucoup de chemin aura été parcouru depuis Pau, cette ville escale où Gabrielle a été formée pendant sa jeunesse à l’élégance anglaise, jusqu’à Paris - la rue Cambon où siègera pendant plusieurs décennies la maison Chanel et le Ritz de la place Vendôme où, devenue « mère-la-pudeur acariâtre », elle finira sa vie un dimanche de janvier 1971. « Mademoiselle » décède en janvier 1971, à l’âge de 87 ans, alors qu’elle préparait une nouvelle collection, qui sera présentée à titre posthume.

Depuis la mort de "Mademoiselle", la griffe au double C n’a pas perdu en prestige. Après sa disparition, la direction artistique de la maison est confiée à Virginie Viard, ancien bras droit de Karl Lagerfeld qui réinvente le patrimoine historique de la maison avec agilité tout en restant moderne. Karl Lagerfeld prendra les fonctions de directeur artistique de la maison à sa mort. Pendant son long mandat de trente-six ans, après avoir opéré un tri dans le passé, il s’est « accordé un droit d’inventaire » et a « profondément transformé l’image de la fondatrice ».

Coco Chanel : Une Vie Entre Mythe et Réalité

L’historien Jean Lebrun nous propose, dans cette courte biographie intitulée Coco Chanel, sa propre lecture des heurs et malheurs de l’existence mouvementée de la Grande Mademoiselle. « La mode, c’est autre chose que de la couture, c’est une mise en récit, une écriture ». Sa légende laissera la place au mythe. Mais le mythe « s’accommode mal de la biographie ». Et Jean Lebrun confesse volontiers que « celle de Chanel s’avère quasi impossible à boucler ». Sa vie privée, notamment sa jeunesse, est en effet entourée d’un halo d’incertitudes et de secrets que la Grande Mademoiselle aura sournoisement emportés dans sa tombe de Lausanne. Paradoxalement, les livres sur Coco Chanel surabondent alors même que ses archives personnelles font défaut. Nombreuses ont été les accusations, qui ne se sont pas taries après sa mort, portant sur les activités secrètes que Chanel aurait menées pendant l’Occupation. Jean Lebrun maîtrise incontestablement son sujet. « La vie de Chanel a été tournée vers sa communication. (…) Or, il n’y a pas de communication sans dissimulation ». Et on doit bien admettre, avec Jean Lebrun, que les zones d’ombre ne manquent pas.

On ne sait pas exactement où elle fut placée, et Jean Lebrun s’interroge en confrontant les sources : Edmonde Charles-Roux, biographe de la couturière et ancienne rédactrice en chef de Vogue Paris, avance que Chanel a été placée avec deux de ses sœurs à Aubazine, grande abbaye ralliée à l’ordre de Cîteaux au XIIe siècle. Cet orphelinat composé « d’austères bâtiments classiques qui jouxtaient une grande église romane », était dirigé par de modestes religieuses. Henri Ponchon, autre biographe de la Grande Mademoiselle, n’est pas convaincu, notamment parce qu’il est « impossible de trouver une trace écrite de la présence de Gabrielle à Aubazine » - et surtout parce que l’intéressée n’aurait jamais parlé ni d’Aubazine ni d’orphelinat mais de « tantes qui l’auraient recueillie dans leur maison ». Pour corroborer sa version, il avance même que le nom de Gabrielle Chanel est inscrit dans la liste du recensement de 1896 de la ville de Thiers. À 13 ans, elle y aurait été bonne d’enfants et domestique chez des cousines germaines de sa mère, qui tenaient une blanchisserie et qu’elle aurait finalement quittées en mauvais termes, autour de 1900. Elle serait ensuite réputée avoir passé son adolescence à Moulins, ville de garnison, avec sa tante Adrienne âgée d’un an de plus qu’elle, « sa grande complice ».

Ses relations affectives sont compliquées. Elle élèvera André, ce « neveu bien aimé », fils de sa sœur Julia qui se suicidera à vingt-sept ans, qui lui rendra si mal son affection. Elle aura de nombreux amants parmi les grands hommes du siècle - le compositeur Stravinsky, l’homme de théâtre Henry Bernstein, le Grand-duc Dimitri Pavolvitch Romanov (un des assassins de Raspoutine), le sulfureux duc de Westminster, le poète français Pierre Reverdy - mais ses amours seront souvent malheureuses. « Nous sommes les inépousables », déplorait Gabrielle, qui avait vu nombre de ses amants (Boy Capel, Westminster, Reverdy) se marier avec d’autres pour assurer leur descendance. Elle côtoiera les plus grands - notamment Churchill, au détour de chasses sur les domaines de son amant le duc de Westminster, Greta Garbo, Marlène Dietrich, Jean Cocteau ou encore Salvador Dalí - mais elle s’entourera aussi d’hommes qui abuseront d’elle, au sens pécunier. C’est le cas de Paul Iribe, anticommuniste actif qui « fait irruption dans sa vie comme Tartuffe chez Orgon » dans les années 1930. Sous son influence, elle se fâche avec ses associés juifs (Pierre et Paul Wertheimer) de la Société des Parfums et perd son rocambolesque procès pour tenter de récupérer la main sur la Société après leur départ outre-Atlantique pour échapper à la guerre.

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Dans les années 1910, Boy Capel installe Chanel à Paris, dans un atelier sis au premier étage du 21 de la rue Cambon. Là, elle dessine des chapeaux, puis des robes « qui s’ouvrent sur le devant » et des pulls « qui s’enfilent par la tête ». Chanel est résolument avant-gardiste dans son art. Elle le sera moins dans ses mœurs, en particulier à la fin de sa vie où elle conseille à ses mannequins de rechercher (finalement comme ce fut le cas pour elle) un bonheur conventionnel, en prônant des méthodes rétrogrades qui choqueraient les féministes d’aujourd’hui. Elle ne dessine pas mais travaille directement sur la robe, comme autrefois sur le chapeau, « elle enlève les motifs superflus, elle coupe ». Elle ne perd jamais de vue que la mode c’est comme la politique, « il faut rendre possible ce qui est nécessaire ». La couturière a créé quelques modèles intemporels, qui passeront à la postérité ; la petite robe noire fait par exemple son apparition en 1926, le sac à l’effet matelassé en 1929.

Après la crise des années 1929, qui gagne la France avec quelques années de retard, la concurrence en France se fait féroce : Jeanne Lanvin, Elsa Schiaparelli et Madeleine Vionnet avec laquelle elle est en concurrence depuis ses débuts, mais également Thierry Hermès au début des années 1940, lui donnent du fil à retordre. Après la guerre, elle sera aux prises avec Christian Dior - en 1954, il « assure à lui seul la moitié des exportations de cette haute couture dont les vieux noms (comme Paul Poiret) tombent alors comme à Gravelotte » - et Yves Saint-Laurent, le successeur de Dior après sa mort en 1957. La maison Chanel, malgré (ou grâce à) son côté austère, « avec ses rituels de bienséance et son atmosphère bien élevée », tient pourtant le cap, trouvant même un nouveau souffle tout droit venu d’Amérique. En 1931, Gabrielle avait fait un voyage aux Etats-Unis à l’invitation de Samuel Goldwyn (célèbre producteur de cinéma), afin de produire des vêtements pour l’industrie du cinéma et si elle avait échoué dans cette mission, elle en avait néanmoins profité pour fidéliser sa clientèle américaine préexistante.

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