L'histoire et la fabrication des cloches hochets en argent sont riches et variées, témoignant de l'ingéniosité humaine et de l'importance symbolique de cet objet à travers les âges. Bien plus qu'un simple instrument sonore, la cloche hochet en argent a traversé les époques, remplissant des fonctions rituelles, ludiques et sociales.
Les Fonctions de Communication et Rituelles des Sifflets
À l’évocation du sifflet, on se représente ce petit objet utilisé par l’arbitre ou l’agent qui fait la circulation, ou encore ce jouet destiné aux enfants ou à celui qui, en période de fête ou de manifestation, l’utilise en raison de ses capacités sonores souvent très efficaces. Les sifflets, qu’ils soient ou non en terre cuite, possèdent une fonction de communication. Celle-ci est destinée autant à des personnes qu’à des animaux mais, aussi, à des êtres surnaturels.
Une des spécificités du sifflet est que le son, généralement strident, se détache du fond sonore, ce qui en fait un instrument de signal particulièrement adapté qui va jusqu’à permettre un véritable langage. Beaucoup de ces langages sifflés n’utilisent d’autres accessoires que les doigts insérés dans la bouche et, pour André Schaeffner (1895-1980), spécialiste des instruments et responsable de la collection instrumentale au musée de l’Homme (MH), les sifflets pourraient être une réminiscence d’un langage sifflé préexistant.
Le sifflet « peut être oral, écrit-il, procédé auquel il semble que la musicologie n’ait accordé aucune attention, mais duquel l’acoustique, l’ethnographie et l’histoire des religions se sont occupées. Le sifflement rentre dans bien des rituels, fournit la matière d’un langage à courte distance ou se trouve être l’objet de tabous particuliers1 ».
En Andalousie, dans la région de Topares (Almería), les bergers creusaient et perçaient des morceaux de poterie qu’ils plaçaient dans la bouche entre les dents ; ils utilisaient ces pitos (« petits sifflets ») ou bocas (« bouches ») pour communiquer entre eux dans un véritable langage2. Ces langues sifflées se retrouvent dans de nombreuses régions du monde. Comme le rapporte Félix Éboué, en parlant du banda, une des langues des peuples de l’Oubangui-Chari, c’est « une langue musicale qui peut se parler, se siffler, soit avec la bouche, soit au moyen de sifflets en bois et en corne3 ».
Lire aussi: Cloche de naissance : une tradition ancestrale
On le voit, l’utilisation de la poterie n’est pas spécifique. Dans les Ardennes belges au xixe siècle, on utilisait ainsi des sifflets en schiste tendre, de forme semblable aux sifflets d’argile andalous4.
L'Utilisation du Sifflet dans Divers Contextes Sociaux
À la chasse (cf. ci-dessous), pour le commandement, pour donner l’alerte, les sifflets sont utilisés depuis des millénaires. Si, aujourd’hui, on associe le sifflet aux forces de l’ordre ou aux arbitres, leur utilisation était encore commune au xixe siècle pour appeler un fiacre, un domestique ou un serveur, ou encore pour siffler l’alerte en cas d’agression. Chacun ou presque disposait d’un sifflet. Ce qui explique sans doute la variété des modèles réalisés.
Pour les familles royales ou nobles, certains sifflets étaient réalisés en vermeil ou encore finement sculptés, en ivoire ou faits de pierre fine, et même soufflés en verre5. Le sifflet de marine qui permettait de transmettre les signaux à bord reflétait la hiérarchie de la Royale : du somptueux sifflet en argent de l’amiral de la flotte au sifflet du gabier. C’est pour ce même usage que le sifflet fut utilisé dans l’armée, dans les forces de police ou dans les chemins de fer, et qu’il est toujours utilisé en sport. Le berger sculptait ses sifflets dans du bois ou de l’os pour appeler son troupeau ou ses chiens. Les fragiles sifflets en terre cuite n’ont bien sûr jamais été utilisés dans tous ces contextes.
Dans un cadre domestique, le sifflet avait sa place dans le quotidien. Il est toujours surprenant de découvrir des sifflets associés aux objets les plus divers : porte-aiguilles des couturières, cannes, tasses, etc. Certains de ces objets ont été réalisés en céramique. C’est par exemple le cas de porte-aiguilles en forme de jambe en porcelaine produits à Kelsterbach (Allemagne) au xviie siècle, dans lesquels un sifflet est parfois percé dans le pied de ces objets précieux sertis d’or ou de vermeil.
Dans ces usages, la céramique est choisie en fonction de l’objet principal et non spécifiquement pour le sifflet. On peut inclure dans cette catégorie les sifflets réservés à la chasse en forme de tête de chien en porcelaine, en grès ou en faïence. Réalisés en Angleterre, ils ne se différencient pas des sifflets métalliques souvent de forme semblable vendus dans les catalogues d’objets de chasse.
Lire aussi: Choisir la cloche de lit idéale pour bébé
Tous ces objets siffleurs ne sont pas utilisés dans le même contexte que les sifflets présentés dans ce catalogue.
Les Sifflets en Terre Cuite : Appeaux ou Jouets ?
Les sifflets en terre cuite sont souvent appelés des appeaux car ils sont parfois associés aux techniques de chasse. Pour André Schaeffner, puisque les « appeaux de chasse imit[e]nt un cri d’oiseau ou simplement le bruissement de son vol, il est possible qu’un certain nombre de sifflets ou d’ocarinas aient eu ainsi une origine utilitaire6 ». On rencontre fréquemment cette désignation dans les catalogues des musées. Ainsi, beaucoup de sifflets de la collection du musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) sont désignés comme appeaux dans le catalogue du musée d’Ethnographie du Trocadéro (MET), d’où proviennent les plus anciennes collections. Ce terme est encore repris aujourd’hui de manière souvent erronée, et la découverte d’un sifflet en terre cuite lors de fouilles est parfois associée abusivement au contexte de la chasse.
Les appeaux regroupent de nombreux instruments sonores utilisant toutes les techniques possibles pour reproduire le son des animaux et les attirer pendant la chasse. On peut ainsi faire grincer deux pièces de bois, claquer une pièce métallique, etc., mais, souvent, ce sont des sifflets qui sont à la base du système sonore. Ils sont la plupart du temps réalisés artisanalement par les chasseurs mais les fabricants professionnels en proposent des centaines de modèles adaptés à chaque animal. Édouard Paul Mérite (1867-1941) en a réuni une immense collection dont quelques exemplaires sont représentés dans ce catalogue (coll. 1953.85). Leur fonction d’appeau est cependant contestable. En effet, il ne suffit pas de moduler un trille pour faire venir un rossignol. De plus, les formes des sifflets anthropomorphes ou zoomorphes, tout comme leurs couleurs vives, sont bien peu adaptées à la chasse.
Cette fonction ne peut cependant pas être exclue pour certains sifflets. L’ethnographie et plusieurs témoignages écrits en sont la preuve. Dans le sud de l’Espagne ou en Italie, les sifflets en terre cuite étaient encore utilisés au xxe siècle pour la chasse. Dans les deux cas, il s’agit de sifflets globulaires aux formes ovoïdes simples. Des sifflets semblables furent fabriqués dans le sud-ouest de la France, comme à Cox, et ils avaient peut-être le même usage. En Berry, les sifflets en grès fabriqués dans le Cher, les chavons, étaient utilisés au xixe siècle pour la chasse aux chats-huants.
Le sifflet du MuCEM 1888.14.1 était peut-être un de ces appeaux. La patine de ces objets est souvent un bon indice pour confirmer leur longue utilisation par le chasseur.
Lire aussi: École Maternelle La Cloche : Guide Complet
La musique n’est pas non plus la fonction première des sifflets en terre cuite, qui ne permettent généralement de moduler que quelques intervalles, de la seconde à la sixte. L’exemple le plus célèbre de leur utilisation dans ce cadre est la Symphonie des jouets attribuée initialement à Joseph Haydn puis à Léopold, le père de Wolfgang Amadeus Mozart, et peut-être en réalité écrite par le père Edmund Angerer (1740-1794). Le sifflet de terre cuite est cependant à l’origine des ocarinas inventés par Guiseppe Luigi Donati vers 1853 et dont le modèle s’est répandu dans toute l’Europe. Ils appartiennent encore dans de nombreux pays au corpus des instruments de musique populaire. Proche de ces ocarinas, le lergök suédois en forme d’oiseau permet dans ses versions actuelles percées de plusieurs trous de jouer de véritables mélodies.
Le rôle de jouet est une des fonctions importantes du sifflet. On ne peut parler dans ce cas d’un usage de communication sonore, car l’enfant joue surtout pour lui-même, pour le plaisir de produire des sons et de les entendre. La fonction ludique est largement confirmée par de nombreux textes. En 1431, le poète Konrad von Dankrotzheim (vers 1372, Haguenau (?) - 1444, Haguenau) établit la liste des objets qu’un jeune homme doit acquérir pour sa future épouse. Un autre texte permet de savoir que ces jouets étaient appréciés dans toutes les couches sociales. Dans le journal de Jean Héroard sur l’enfance et la jeunesse de Louis XIII, on relève pour décembre 1606 : « Le 12, mardi, à Fontainebleau.
Pour les époques plus récentes, on ne peut ici citer tous les ouvrages qui présentent ces sifflets comme jouets d’enfants. Nous citerons juste le texte de M. Ris-Paquot qui fut le premier à étudier les sifflets en terre cuite dans son ouvrage La Céramique musicale et instrumentale (1889)9. Il y rapporte les propos de son ami G.
Cela dit, comme l’écrit A. Schaeffner, « le hochet que manie le petit enfant, la clochette qu’on suspend à son poignet ou à son cou, la sonnaille qu’on noue à sa cheville » ou encore « les sifflets, flûtes ou mirlitons éoliens [qui] sont fixés au dos des cerfs-volants, écrit-il plus bas, le protège des influences funestes auxquelles son âge le rend plus particulièrement perméable10. Mais là comme ailleurs, le motif magique s’est effacé, faisant place à des raisons sommairement pratiques ou même gratuites : dans le cas du hochet, pur ravissement de l’oreille ou satisfaction donnée au besoin de sucer, à celui de frotter les gencives. Jouets et jeux peuvent être considérés tour à tour, ainsi que le remarque M.
Le Sifflet comme Instrument de Vacarme Rituel et de Transgression
Le sifflet a été utilisé, par exemple, dans ce que les ethnologues appellent le vacarme rituel, ce moment de désordre sonore où le bruit est l’expression volontaire d’un malaise et d’une perturbation ou quand il devient le porte-parole d’un contre-pouvoir. Le bruit comme manifestation collective, véritable « contre-musique », se fait alors la voix du corps social à un moment où l’équilibre communautaire est perturbé, voire menacé. Le charivari était pratiqué par exemple lors du remariage d’un veuf avec une jeune femme qui n’appartenait pas à sa classe d’âge, pour désapprouver une union qui allait contre l’ordre établi. Le texte de Ris-Paquot vu plus haut évoquait, quant à lui - c’est intéressant -, l’utilisation du sifflet en cas d’adultère ; on peut rapprocher cet usage de celui que nous venons de voir13. Précisons que le sifflet n’est pas le seul instrument utilisé pour le charivari. Dans Les Triomphes de l’abbaye des conards, publié à Rouen en 1587 et qui reprend un texte de 1541, on peut lire : « Les chevaucheurs du train du sieur abbé portoyent pendu au bonnet, chacun un petit bedon touchant à l’aureille. On peut y associer les chahuts des fêtes des fous ou les offices des ténèbres des jeudis saints. Arnold van Gennep nous la rapporte : « Dans l’Aube, à Bize (canton de Ginestas), quand le prêtre avait frappé les trois coups sur son missel, hommes et femmes placés à la tribune ou sous le porche faisaient un vacarme assourdissant avec des sifflets, des cornets en terre cuite, des conques marines dites cagaraus de mar, des cloches d’égo (jument), des crécelles dites tarabastélos et des claquettes, les unes étant de simples castagnettes faites de tessons d’assiettes plates, les autres appartenant au type VII de la matraca14. La coutume disparut vers 1900.
Ajoutons que la multitude des formes qu’on peut donner au sifflet en terre cuite permet à ce dernier d’être particulièrement adapté aux usages transgressifs, qui se situent à l’opposé des musiques policées, musiques officielles et autres musiques de pouvoir que sont les musiques de carnaval, de remariages, charivaris et parodies de manifestations, etc. En Italie comme en Espagne, de nombreux sifflets en forme de cavalier où le militaire est un soldat napoléonien ont un même but ironique. La tradition veut que la retraite de ces soldats se fût accompagnée du son de ces sifflets. Cavaliers en Espagne, soldats napoléoniens et mamelouks montés sur un coq en Vénétie, le caractère moqueur de ces sifflets en a assuré le succès.
La Forme et le Symbolisme du Sifflet en Terre Cuite
Pour en revenir à la forme du sifflet en terre cuite, qui se façonne à souhait dans l’argile avant cuisson, il faut encore une fois citer A. Schaeffner, dont le livre Origine des instruments de musique, paru en 1936 et plusieurs fois réédité, s’appuie sur l’examen des collections, en plus des nombreuses lectures de récits ethnographiques qui lui ont permis de nourrir sa pensée, toujours très actuelle. Il évoque un sifflet-statuette provenant du Yucatan, qu’il compare aux sifflets des Baléares présents dans ce catalogue : « Nous rappellerons enfin l’aspect zoomorphe ou anthropomorphe de beaucoup d’instruments. Avec la figurine-sifflet du Yucatan […] l’instrument se trouve littéralement dérobé par l’objet d’art : dans ce cas extrême ne s’agirait-il pas proprement de deux objets distincts, quoique l’un enferme l’autre - presque deux objets étrangers -, ainsi que cela se présente avec telles statuettes-sifflets des Baléares où le sifflet apparaît surajouté […] ?
« Gestes et paroles s’appuient le plus souvent sur des objets matériels qui sont porteurs d’un langage symbolique que toute la communauté comprend intuitivement. Marius Schneider, quant à lui, se basant sur de nombreuses données ethnographiques, explique que : « Toutes les fois que la genèse du monde est décrite avec la précision désirée, un élément acoustique intervient au moment décisif de l’action. À l’instant même où un dieu manifeste la volonté de donner naissance à lui-même ou à un autre dieu, de faire apparaître le ciel et la terre ou l’homme, il émet un son. Il expire, soupire, parle, chante, crie, hurle, tousse, expectore, hoquette, vomit, tonne ou joue d’un instrument de musique. Dans d’autres cas, il se sert d’un objet matériel qui symbolise la voix créatrice. Tout comme la flûte, à la famille de laquelle nous avons vu qu’il appartenait organologiquement et acoustiquement, le sifflet entre dans le champ symbolique du son et du souffle, deux éléments fondamentaux liés au principe vital et à ses corollaires, la fécondité et la régénérescence.
La Céramique et la Musique : Une Liaison Artistique
Animé par le désir de lier céramique et musique, mon projet vise à faire découvrir ou redécouvrir ces deux pratiques artistiques tant aux professionnels qu’aux néophytes. J’ai beaucoup appris au Conservatoire, et la majorité de mon entourage aussi, et je désire explorer et faire découvrir de nouvelles façons de penser, écouter et jouer de la musique.
Le concept de “musique” est abstrait tant il varie d’une culture à une autre : selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, la musique est “l’art de s’exprimer par les sons suivant des règles variables selon les époques et les civilisations”. Une suite de sons peut être qualifiée de musique pour certains, d’une succession de bruits pour d’autres. C’est leur intentionnalité qui compte ici. Ces distinctions viennent aussi des types d’objets utilisés : certains objets usuels qui servent à donner un signal, à attirer ou chasser les oiseaux par exemple, deviennent instruments de musique du fait qu’ils ont servi à produire un son ou un rythme volontairement.
tags: #cloche #hochet #argent #histoire #et #fabrication
