Introduction
La surveillance et la prévention des infections associées aux soins (IAS) demeurent une priorité de santé publique. Cette article explore en profondeur les données issues de la campagne de surveillance 2025, en se penchant particulièrement sur les bactériémies liées aux cathéters, les pratiques observées lors de la pose et de la manipulation des cathéters, et les facteurs influençant la participation des établissements de santé aux programmes de surveillance. L'analyse des données met en lumière les progrès réalisés, les défis persistants et les pistes d'amélioration pour renforcer la sécurité des patients.
Surveillance nationale des bactériémies associées aux soins
En 2025, un total de 632 établissements de santé ont participé et clôturé la campagne de surveillance, englobant divers services tels que la réanimation, la dialyse, la médecine, l'hématologie, la cancérologie, la chirurgie, la gynécologie-obstétrique, les urgences, les soins de suite et de réadaptation (SSR), les soins de longue durée, la psychiatrie, l'hospitalisation à domicile, ainsi que les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).
Au cours de cette campagne, 9 601 bactériémies associées aux soins ont été documentées, dont 2 973 liées à un cathéter (31,0%). Parmi ces bactériémies liées à un cathéter, 2 486 ont été acquises dans le service d’hospitalisation (83,6%), et 259 au cours de soins prodigués en ville ou à domicile (8,8%).
Localisation des bactériémies liées aux cathéters
Les bactériémies liées à un cathéter acquises dans le service d’hospitalisation ont été détectées majoritairement dans les services de médecine (917 ; 36,9%), de réanimation (439 ; 17,7%) et de cancérologie (361 ; 14,5%).
Types de cathéters impliqués
Les dispositifs les plus impliqués sont les cathéters centraux (1 744 ; 70,2%), suivis des cathéters veineux périphériques (CVP) courts (389 ; 15,6%) et des midlines (230 ; 9,3%).
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Atteinte des objectifs nationaux
Les données d’incidence des bactériémies liées à un cathéter central (indicateur de la stratégie nationale 2022-2027) montrent que 70,0% des services participants sont dans la cible nationale (75 des 111 services de réanimation, 37 des 45 services d’hématologie, 96 des 123 services de cancérologie, 233 des 359 services de médecine et 200 des 277 services de chirurgie).
Évolution des taux d'incidence
Pour la période 2020-2025 et en dehors des évolutions en lien avec la pandémie de Covid-19, les taux d’incidence des bactériémies liées à un cathéter central ne montrent pas d’évolution significative, à l’exception de l’incidence des bactériémies liées à un PICC pour les services de chirurgie (0,032 bactériémie pour 1 000 journées d’hospitalisation [JH] en 2020 vs 0,054 en 2025 ; +69% ; p=0,001), et de la progression de l’incidence des bactériémies liées à un midline qui n’est plus limitée aux services de médecine (0,005 vs 0,037 ; p<0,001) mais s’étend aux services d’hématologie (0,021 bactériémie/1 000 JH en 2020 vs 0,266 en 2025 ; p=0,016), de cancérologie (0,010 vs 0,029 ; p=0,041), de chirurgie (0,004 vs 0,046 ; p<0,001) et de SSR (0,002 vs 0,009 ; p=0,026). L’incidence des midlines progresse aussi dans les services de réanimation adulte, mais de façon non significative (0,013 vs 0,068 ; p=0,495).
Analyse approfondie des bactériémies liées aux midlines
En 2025, 230 bactériémies liées à un midline ont été acquises dans le service d’hospitalisation. Les patients concernés sont âgés de 70 ans (âge médian) et présentent un indice pondéral calculé à 26 (34 données manquantes). Ce sont le plus souvent des hommes (121 ; 52,6%), immunodéprimés dans 65 cas (29,3% ; 8 données manquantes) et présentant un cancer évolutif dans 92 cas (42,0% ; 11 données manquantes). Ces patients sont décédés dans les sept jours suivant le début des signes infectieux dans 20 cas (8,8% ; 4 données manquantes).
Caractéristiques des midlines et délai d'infection
Le midline était le plus souvent inséré au niveau d’un membre supérieur (186 ; 86,1% ; 14 données manquantes). Dans 90,9% des cas, le dispositif présentait un prolongateur intégré (190 ; 21 données manquantes). Le délai médian entre la date de pose du cathéter et la survenue des premiers signes infectieux est de douze jours, et 70,0% des bactériémies sont survenues au-delà de sept jours après la pose du cathéter. Le midline a été retiré dans 94,6% des cas (8 données manquantes).
Micro-organismes impliqués
Les micro-organismes impliqués dans les bactériémies liées à un midline étaient majoritairement des staphylocoques (63,0% ; 35 Staphylococcus aureus, 110 staphylocoques à coagulase négative), des Enterobacterales (50 ; 21,7%), Pseudomonas aeruginosa (17 ; 7,4%), des entérocoques (17 ; 7,4%) et Candida (21 ; 9,1%).
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Parmi les 35 bactériémies impliquant S. aureus, une a été associée à une souche résistante à la méticilline (2,9%). Parmi les 50 bactériémies impliquant une bactérie de l’ordre des Enterobacterales, 19 ont été associées à une Enterobacterale de sensibilité intermédiaire ou résistante aux céphalosporines de troisième génération (38,8% ; 1 donnée manquante), dont une produisant une carbapénémase codée par blaNDM. Enfin, parmi les 17 bactériémies impliquant P. aeruginosa, une a été associée à une souche résistante aux carbapénèmes (5,9%).
Observations de pratiques et indicateurs de la stratégie nationale
En 2025, 331 établissements de santé ont réalisé des observations de pratiques avec le protocole Observa4. Ont été documentées 2 839 poses de cathéter, 683 poses d’aiguille sur chambre à cathéter implantable (CCI), 2 984 manipulations de lignes dont 933 manipulations proximales d’une ligne associée à un cathéter central, et 781 réfections d’un pansement d’un cathéter veineux central (CVC). Les indicateurs de la stratégie nationale 2022-2027 montrent une amélioration des pratiques.
Pose de cathéters centraux
Concernant la pose d’un cathéter central (CVC, PICC, cathéter de dialyse), les taux de conformité pour l’hygiène de l’opérateur, pour l’hygiène du patient et pour la préparation cutanée sont respectivement 46%, 85% et 65% en 2025. La conformité de la préparation cutanée s’améliore depuis 2020 (36% en 2020 vs 65% en 2025 ; p<0,001). L’indicateur est fortement dégradé par le taux de conformité insuffisant de la désinfection chirurgicale des mains par friction attendu avant l’enfilage des gants stériles.
Pose de cathéters veineux périphériques courts et midlines
Concernant la pose d’un cathéter veineux périphérique court ou d’un midline sans prolongateur intégré chez l’adulte, les taux de conformité pour l’hygiène de l’opérateur et pour la préparation cutanée sont respectivement 31% et 64% en 2025. La conformité de l’hygiène de l’opérateur et celle de la préparation cutanée s’améliorent depuis 2020 (p<0,001). Ici, à nouveau, le taux de conformité des deux frictions attendues (la première avant de commencer le soin et la deuxième, juste avant l’insertion du cathéter) est insuffisant.
Manipulations proximales des lignes de cathéters centraux
Concernant les manipulations proximales des lignes des cathéters centraux (CVC, PICC, cathéters de dialyse et CCI), les taux de conformité pour l’hygiène de l’opérateur, pour l’hygiène du patient et pour la préparation du site de branchement sont respectivement 55%, 86% et 44% en 2025.
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Analyse spécifique des midlines avec prolongateur intégré
Compte tenu de la progression de l’incidence des bactériémies liées à un midline avec prolongateur intégré, une analyse attentive des pratiques concernant la pose de ces cathéters, la réfection des pansements et les manipulations proximales des lignes associées aux midlines (campagnes 2024-2025) a été réalisée.
Pour ces cathéters périphériques, utilisés pendant plus d’une semaine, les recommandations de la Société française d’hygiène hospitalière (SF2H) en vigueur (2019) stipulent qu’ils doivent être posés comme des cathéters centraux, que la réfection des pansements doit être effectuée comme celle des cathéters centraux, et que les manipulations proximales des lignes associées à ces cathéters doivent être faites selon les règles appliquées aujourd’hui pour les cathéters centraux.
L’observation de 152 poses de midline avec prolongateur intégré et de 292 poses de cathéter central montre des taux de conformité semblables pour l’hygiène de l’opérateur (39,5% pour les midlines vs 40% pour les cathéters centraux) et pour la préparation cutanée (57% pour les midlines vs 64% pour les cathéters centraux). Le taux de conformité de l’hygiène du patient est inférieur pour les midlines (70% vs 82,5% pour les cathéters centraux ; p<0,001), en raison du moindre respect du port du masque (77% pour les midlines vs 90% pour les cathéters centraux).
L’observation de la réfection de pansement de 189 midlines avec prolongateur intégré et de 680 cathéters centraux montre des taux de conformité semblables pour l’hygiène de l’opérateur (24,8% pour les midlines vs 29,1% pour les cathéters centraux), l’hygiène du patient (88,9% pour les midlines vs 90,4% pour les cathéters centraux) et la préparation cutanée (73,5% pour les midlines vs 69,1% pour les cathéters centraux). Deux critères donnent néanmoins des résultats différents : le port de la coiffe par le professionnel, significativement moins observé pour les midlines (65,1%) que pour les cathéters centraux (76,1% ; p=0,003), et le taux de conformité de l’hygiène des mains, significativement plus faible pour les midlines (52,4%) que pour les cathéters centraux (66,8% ; p<0,001).
L’observation de manipulations proximales des lignes de 91 midlines avec prolongateur intégré et de 882 cathéters centraux montre des taux de conformité inférieurs pour les midlines : 37% pour la conformité de l’hygiène de l’opérateur (vs 41% pour les cathéters centraux ; p=0,310), 70% pour l’hygiène du patient (vs 76% pour les cathéters centraux ; p=0,200), et 26% pour la préparation du site de branchement (vs 37,5% pour les cathéters centraux ; p=0,039).
Cette analyse des pratiques montre que les professionnels de santé appliquent des mesures de prévention comparables à celles attendues pour les cathéters centraux. Toutefois, l’application de ces mesures est moins rigoureuse que pour les cathéters centraux, et des efforts de formation tenant compte de ces données doivent être développés pour prévenir la survenue des bactériémies liées aux midlines.
Évaluation du rinçage pulsé
En 2025, le protocole Observa4 a évolué en intégrant l’observation du rinçage pulsé avant et après la manipulation des lignes ou la pose d’aiguille sur CCI, et après la pose des cathéters. L’objectif était de faire un premier état des lieux concernant le respect des opportunités et la conformité des matériels utilisés et de la technique de rinçage à la seringue, et de confronter les pratiques de terrain aux recommandations actuelles.
Résultats principaux
Pour les cathéters utilisés de façon discontinue, lors des manipulations de ligne des cathéters centraux, un rinçage à la seringue est le plus souvent réalisé comme attendu : avant un branchement dans 96% des cas (281/294), après un débranchement dans 97% des cas (123/127), avant 99% des poses d’aiguille sur CCI (661/668) et après 96% des retraits d’aiguille (47/49). Pour les manipulations des lignes des CVP courts et des midlines, les taux de conformité sont inférieurs, avec un rinçage à la seringue réalisé avant un branchement dans 55% des cas (182/332) et après un débranchement dans 75% des cas (42/56). Les taux de conformité les moins élevés concernent les injections (43% avant [63/148] et 66% après [98/148]), et les prélèvements sanguins (59% avant [16/27], et de 74% après [20/27]).
Pour les cathéters utilisés de façon continue, le rinçage après une perfusion médicamenteuse ou une injection est attendu s’il est possible. Il a été observé dans 56% des cas (232/411), soit pour 65% des cathéters centraux et 48% des CVP (p<0,001). Le design des fiches ne nous a pas permis de quantifier les opportunités non respectées, mais le rinçage a été jugé inutile dans 66 cas (37%). Il est vraisemblable que pour au moins une partie de ces cas, le professionnel estime que l’utilisation continue du cathéter permet d’obtenir un rinçage du cathéter.
Le matériel utilisé pour le rinçage à la seringue et la technique de rinçage ont été le plus souvent conformes aux recommandations : le rinçage a été réalisé avec une seringue de 10 mL dans 82% des cas (3 031/3 706) ; la seringue était le plus souvent préremplie (2 292 ; 62%) avec une solution de NaCl 0,9% (3 659 ; 99%). Pour la manipulation des lignes, le rinçage a été réalisé par poussées successives dans 81% des cas (1 913/2 359), avec un nombre médian de poussées égal à 3. Après le rinçage, la seringue a été immédiatement éliminée dans 93% des cas (3 445/3 706).
Analyse des freins et leviers à la participation aux programmes de surveillance
Face à l’essoufflement du nombre d’établissements de santé participant au programme de la Spiadi, le groupe de travail Success Spiadi a cherché à identifier les freins à la participation aux trois volets de celui-ci (surveillance, observation des pratiques et formation des professionnels de santé), et les leviers à développer pour faciliter cette participation. Le groupe a rassemblé 58 hygiénistes de 52 établissements de santé.
Surveillance
Concernant la surveillance, l’analyse qualitative des entretiens montre que l’expérience est vécue comme une réussite par 60% des répondants. Les éléments favorisants ou limitants cités par les audités dépendent de l’établissement de santé ou du programme lui-même. Parmi les facteurs motivationnels ont été mentionnés la possibilité de s’appuyer sur des résultats nationaux pour mener son programme localement, le fait de contribuer à la mission nationale, l’ergonomie du site spiadi.fr et la facilité d’utilisation des protocoles et annexes du programme de surveillance. Les facteurs limitants énoncés concernent principalement la difficulté à choisir la modalité de surveillance adaptée, le caractère chronophage des surveillances patient-based, le manque ou l’indisponibilité de compétences locales pour renseigner les fiches, ou encore la difficulté à analyser ou présenter les résultats, liée à l’expérience professionnelle ou au manque d’expérience pour l’utilisation de l’outil. Les éléments d’ordre organisationnel favorisant la participation (et la limitant quand ils sont absents) sont la qualité du logiciel « patient », la présence d’un laboratoire intégré à l’établissement, et la mise à disposition d’une quotité de temps de secrétariat.
Observations de pratiques
Pour les observations de pratiques, l’expérience est très largement vécue comme difficile (85% des personnes interviewées). Parmi les facteurs motivationnels ont été mentionnés les échanges directs avec les professionnels de santé des services, la possibilité de réaliser des formations flash grâce aux entretiens qui complètent la grille, le fait de disposer de résultats basés sur les recommandations nationales, la pertinence des critères observés, ainsi que la qualité de la présentation des résultats et la possibilité de les utiliser en l’état. Les freins rencontrés par les hygiénistes sont le manque de ressources humaines mobilisables, la charge de travail des équipes, la perception négative de l’observation par les audités, et la difficulté à montrer aux professionnels l’intérêt des évaluations pour l’amélioration des pratiques.
Formation
Concernant le volet formation, les entretiens montrent une expérience positive dans 35% des cas. Parmi les facteurs motivationnels ont été mentionnés les outils s’appuyant sur les recommandations nationales ou des données scientifiques, et le fait de pouvoir participer à la journée nationale et aux webinaires Actu-Spiadi pour se former et actualiser ses connaissances. Les freins rencontrés par les hygiénistes sont le manque de ressources humaines mobilisables pour participer aux sessions de formation, le manque d’engagement des interlocuteurs dans l’établissement, l’absence d’outils de formation en adéquation avec les attentes des apprenants et s’appuyant sur la pédagogie active tels que des ateliers pratiques.
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