La menstruation, un processus biologique naturel, reste paradoxalement entourée de nombreux tabous et idées fausses. Cet article vise à déconstruire ces clichés en explorant les réalités scientifiques, sociales et culturelles qui sous-tendent ce phénomène universel.
La Menstruation : Un Processus Biologique Fondamental
Lorsque la puberté commence, le cycle menstruel débute également. Cela signifie que toutes les quelques semaines, la muqueuse de l’utérus (qui se trouve dans la partie inférieure du ventre) s’épaissit et les ovaires libèrent un ovule. À partir de ce moment, deux choses peuvent se produire : si un spermatozoïde féconde l’ovule (généralement par le biais d’un rapport sexuel non protégé), le tissu de l’utérus y reste pour accueillir le bébé. Dans le cas où l’ovule n’est pas fécondé, ce tissu supplémentaire qui n’est pas nécessaire est expulsé par le vagin, ainsi que le mucus et d’autres sécrétions vaginales. Les règles sont la façon dont Mère Nature indique que le corps est suffisamment développé pour avoir des bébés.
La plupart des filles commencent à voir des signes de leurs premières règles entre 10 et 16 ans. Il n’y a pas d’« âge approprié » pour les premières menstruations, car tout le monde est différent. De la même façon que les premières dents ont pu pousser à un rythme différent de celui des amis ou des frères et sœurs, tôt ou tard, les règles viendront lorsque le corps sera prêt.
À quoi ressemblent les premières règles ?
La couleur du sang menstruel est généralement légèrement plus foncée et plutôt rouge brunâtre terne. Typiquement, les premières règles peuvent être particulièrement brunes et ne pas durer très longtemps.
Il est important de se rappeler que le flux menstruel évoluera en longueur, en couleur et en volume au fur et à mesure que l’on grandit, mais il n’y a pas besoin de faire grand-chose à ce sujet : il suffit de laisser le corps opérer sa magie.
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Impact des Hormones sur l'Humeur et le Corps
Les émotions ne sont pas uniquement influencées par ce qui se passe à l’école ou à la maison. Même lorsque la vie est parfaitement stable, il se peut qu’on ne se sente pas toujours bien. À l’intérieur du corps, les hormones changent constamment tout au long du cycle, ce qui peut avoir un impact sur la façon dont on se sent. Les hormones, telles que les œstrogènes, la testostérone et la progestérone, sont en constante fluctuation, influençant non seulement l’humeur, mais aussi la faim, l’énergie, le niveau de concentration et même la force physique.
Les Phases du Cycle et leurs Effets
- Pendant les règles: Les niveaux d’œstrogènes sont à leur plus bas, ce qui peut entraîner un manque d’énergie et des douleurs menstruelles. Il est conseillé d’être indulgente avec soi-même et de se reposer si on se sent fatiguée.
- Après les règles: Les niveaux d’œstrogènes augmentent, ce qui peut rendre plus vive et plus concentrée.
- Avant l'ovulation: Les niveaux d’œstrogènes continuent d’augmenter, ce qui peut booster la libido.
- Pendant le SPM (syndrome prémenstruel): Les niveaux d’œstrogène, de testostérone et de progestérone chutent brusquement, entraînant souvent une humeur plus triste que d’habitude et des sautes d’humeur.
Il est crucial de se rappeler que ces variations sont normales et qu’il existe des moyens de se sentir mieux, comme prendre du temps pour soi et pratiquer des activités préférées.
La Menstruation dans l'Art Féministe : Une Libération de l'Expression
L’art féministe, qui a émergé à partir des années 1960, vise à donner aux femmes la capacité de s’organiser collectivement et d’investir de nouveaux champs de l’art. Des artistes se penchent plus précisément sur des thématiques spécifiques aux femmes, jusqu’alors méprisées par l’art : la grossesse, l’accouchement, les menstruations, les violences sexuelles ou les activités domestiques.
Judy Chicago invente la Menstruation Bathroom en 1972, installation montrant une salle de bains aseptisée au milieu de laquelle trône une poubelle remplie de tampons rougis. L’artiste portugaise Joana Vasconcelos hérite de cette tradition, mais le combat pour l’émancipation des femmes passe chez elle par des œuvres humoristiques ou ludiques. Dans A novia [La Jeune Mariée], le sang menstruel est absent alors que les règles sont paradoxalement omniprésentes : cette sculpture monumentale représente un lustre du XIIIe siècle, haut de 5 mètres et composé de 14 000 tampons hygiéniques.
Dans leur volonté de remettre en question les systèmes de l’art glorifiant l’artiste de génie, individualiste et luttant contre la matière, vision héritée de la Renaissance occidentale, certaines artistes mettent en avant la broderie, la couture, les travaux de tissu ou de crochet, mais aussi l’aquarelle, la miniature et, de manière générale, des pratiques considérées délicates et précieuses.
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Impacts Profonds de la Stigmatisation
Le silence et la gêne qui entourent les règles ne sont pas de simples désagréments. Ils tissent une toile d’impacts négatifs qui s’étendent bien au-delà de l’inconfort passager, affectant profondément la santé mentale, la situation économique, les dynamiques sociales et même l’environnement.
Santé Mentale
Vivre ses règles dans une société qui les considère encore comme un sujet tabou peut générer un fardeau psychologique considérable. L’anxiété et le stress sont des compagnons fréquents pour de nombreuses personnes réglées. La honte et la baisse de l’estime de soi ont également des conséquences directes. Lorsque la société renvoie l’image que quelque chose d’aussi naturel que les règles est sale ou doit être caché, il est difficile de ne pas intérioriser ces messages. Beaucoup de personnes développent un rapport compliqué à leur propre corps, se sentant « impures » ou « anormales » pendant leurs règles.
Conséquences Économiques
La stigmatisation des règles a également des conséquences économiques tangibles, souvent sous-estimées ou invisibilisées. La manifestation la plus directe et la plus discutée est la précarité menstruelle. En France, près de 4 millions de femmes sont concernées par la précarité menstruelle, ce qui signifie que des millions de personnes n’ont pas les moyens financiers suffisants pour se procurer régulièrement des protections périodiques en quantité adéquate.
Le coût des protections périodiques représente une charge financière spécifique et contrainte pour toutes les personnes qui ont leurs règles, quels que soient leurs revenus. Sur toute une vie fertile, cette dépense s’accumule et constitue une inégalité économique de fait par rapport aux personnes qui n’ont pas de règles.
Impacts Sociaux
Au-delà des impacts individuels sur la santé mentale et la situation économique, la stigmatisation des règles tisse une toile de conséquences sociales qui affectent la dynamique collective et freinent la marche vers une véritable égalité. L’un des effets les plus manifestes est l’entrave à l’égalité des genres. En maintenant les règles dans la sphère du tabou, du caché, voire du honteux, la société perpétue une forme de discrimination qui pèse spécifiquement sur les personnes réglées.
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Conséquences Environnementales
Les conséquences environnementales de la stigmatisation des règles restent parfois dans l’ombre. Pourtant, le tabou qui empêche de parler ouvertement des menstruations a aussi un coût écologique non négligeable, principalement lié à la production, à l’utilisation et à l’élimination des protections périodiques conventionnelles.
Une grande majorité des tampons et serviettes jetables conventionnels contiennent des matières plastiques, des polymères super-absorbants, des parfums et des agents blanchissants comme le chlore. Cette utilisation massive de protections jetables contenant du plastique a des répercussions directes sur l’environnement. Une fois utilisées, ces protections deviennent des déchets qui mettent des centaines d’années à se dégrader.
Stratégies de Communication des Marques et Féminisme
Dans les années 2010, la publicisation croissante des enjeux sociaux, sanitaires et environnementaux associés à la menstruation ainsi que l’essor d’une communication marchande principalement médiatisée par des outils numériques conduisent les marques de produits dits d’hygiène féminine à reconfigurer leurs stratégies de communication publicitaire au profit de campagnes utilisant les réseaux socio-numériques.
Ces campagnes véhiculent des messages centrés non pas sur le produit mais sur l’ethos de la marque en s’appuyant sur un positionnement autour des thématiques sociales. Ainsi, Like a Girl, campagne lancée par la marque Always en 2014, se veut porteuse d’une dénonciation des stéréotypes genrés qui « nuisent à la confiance en elles des filles à la puberté ». Blood Normal (Bodyform, 2017), spot publicitaire accompagné du slogan « les règles sont normales, les montrer devrait l’être aussi », sera la première publicité à représenter le sang menstruel par un liquide rouge et non par un liquide bleu euphémique.
La marque Nana apparaît particulièrement représentative de cette dynamique évolutive de la publicité pour produits dits d’hygiène féminine vers une dimension marchande des discours féministes. Sur les pages de son site web dévolues à la communication institutionnelle, la marque met largement en avant ses « valeurs » et son ambition affichée de « libérer les femmes de la stigmatisation ».
Ethos de la Marque et Engagement
Les textes de communication de Nana sont caractérisés par le rôle spécifique qu’y tient le pronom « nous ». Pouvant être investi d’une valeur exclusive, qui exclut le destinataire, ou d’une valeur inclusive qui, au contraire, inclut énonciateur et destinataire, le « nous » est ici investi d’une valeur inclusive qui participe de la construction d’un ethos engagé. La spécificité de ce dernier « nous » est, en renvoyant plus largement à un « nous les femmes » générique, d’englober l’énonciateur-marque et la destinataire dans un vaste ensemble partageant une réalité physiologique similaire.
De manière générale, le discours publicitaire fonctionne principalement à partir des stéréotypes et de l’intertextualité ; sa concentration sémiotique en fait un discours dans lequel « la valeur opératoire des représentations implique une énonciation stéréotypique ».
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