L'organisation de l'école par classes de niveaux uniques, autrefois courante, est de plus en plus remise en question, notamment en maternelle, au profit des classes multi-niveaux ou multi-âges. Ces classes regroupent des élèves de différents niveaux (petite section, moyenne section, grande section) au sein d'une même salle de classe, encadrés par un enseignant commun. Cette approche, bien que suscitant parfois des inquiétudes chez les parents, présente de nombreux avantages pour le développement de l'enfant.

L'essor des classes multi-niveaux en maternelle

L'heure est à la révolution dans l'organisation au sein des écoles maternelles. En effet, c'est maintenant au tour de la maternelle de se poser la question de la pertinence du cloisonnement par niveau sur 3 ans : petite section (PS), moyenne section (MS) et grande section (GS). Cette organisation, jusqu'alors privilégiée, a été remise en question ces dernières années. Les travaux de pédagogues comme Céline Alvarez ont mis en perspective la valorisation de l'apprentissage au sein des classes multi-âges.

Ces figures de proue de la pédagogie différenciée ont largement expliqué les bénéfices de mélanger les élèves de différentes classes d'âge, notamment au sein des écoles maternelles. Allant plus loin que les organisations en doubles niveaux, elles prônent le fait de mélanger des élèves de toute l'école maternelle, de la petite section voire toute petite section à la grande section.

La commission des affaires culturelles et de l'éducation, dans un rapport de 2019, rappelle "l'intérêt que présentent les classes multi-niveaux, particulièrement à l'école maternelle. La diversité de l'âge des enfants permet d'éveiller l'intérêt et la curiosité des plus petits face aux activités réalisées par leurs aînés. Ces enfants de petite et moyenne section écoutent, regardent, apprennent en observant les plus grands effectuer diverses activités. Rapidement, ils vont acquérir un vocabulaire précis, lié aux compétences travaillées par les plus grands. Les aînés deviennent moteurs de la vie de la collectivité et prennent très au sérieux leur rôle vis-à-vis des plus jeunes. Cette organisation favorise le tutorat entre les élèves."

Avantages des classes multi-niveaux en maternelle

Les classes multi-âges présentent de nombreux avantages pour le développement de l’enfant en maternelle.

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Développement de l'autonomie

L'un des avantages les plus notables est la promotion de l'autonomie chez les élèves. Les enfants plus âgés peuvent servir de modèles pour les plus jeunes, les aidant à acquérir des compétences d'organisation, de gestion du temps et d'apprentissage indépendant. Cette autonomie est essentielle pour le développement de la confiance en soi et de la responsabilité. A chaque rentrée, dans une classe de petite section intégrant aussi des enfants plus grands, les nouveaux élèves cessent très rapidement de pleurer le matin. Les plus grands les consolent et les rassurent, ils se montrent « protecteurs ». Ils leur font visiter la classe. Quand un petit reste dans son coin, ils viennent le chercher pour l’intégrer au groupe. Et puis, les petits voient les grands se mettre à travailler dès le début de l’année. Cela les cadre et les motive, ils cherchent à les imiter.

Communication intergénérationnelle

Les classes multi-niveaux favorisent la communication intergénérationnelle. Les élèves ont la possibilité d'interagir avec des pairs de différents âges, ce qui peut élargir leur compréhension du monde et encourager le respect des différences. Les plus jeunes peuvent bénéficier des conseils et de l'encouragement des aînés, tandis que ces derniers renforcent leurs compétences en expliquant des concepts aux plus jeunes. En général, ils sont contents de venir en classe.

Renforcement des fondamentaux

Dans les classes multi-niveaux, les enfants ont souvent l'occasion de réviser et de renforcer les fondamentaux, car ils sont exposés à des concepts à différents niveaux. Par exemple, un élève de deuxième année peut revoir des compétences en mathématiques qu'il a déjà apprises tout en assistant à des leçons de mathématiques de première année. Cela peut aider à consolider les bases et à renforcer la compréhension des concepts. Les aînés se sentent ainsi valorisés par l’aide qu’ils peuvent apporter.

Tutorat et entraide

Cette organisation favorise le tutorat entre les élèves. Selon une enquête, « le tutorat permet au plus jeune de bénéficier de l’aide d’un plus âgé dans ses apprentissages et la vie à l’école. Le plus âgé développe dans le même temps, dans la nécessité qu’il a d’expliciter, d’étayer, d’accompagner, une compétence réflexive sur sa propre activité. ». Si l’enseignant prend à bras-le-corps cette classe multi-niveaux, qu’il diversifie les propositions pédagogiques, oui, cela va générer des situations d’apprentissage originales dans la classe. Le maître ou la maîtresse ne sera plus la seule ressource pour apprendre. Les copains aussi vont le devenir, les petits comme les grands. Ils apprendront à aider les autres, pas en leur soufflant la bonne réponse, mais en leur donnant un exemple, ou en allant chercher le livre dans lequel l’autre élève trouvera la solution.

Développement social et émotionnel

Les classes multi-niveaux, où des élèves de différents âges et niveaux sont regroupés, aident les enfants à trouver leur place au sein du groupe en favorisant l'individualisation de l'apprentissage, en encourageant l'interaction sociale variée, en créant des opportunités de mentorat naturel, en réduisant la compétition et en renforçant le sentiment d'appartenance. Avoir des élèves d’âges différents dans une même classe crée moins de conflits car on augmente la palette des liens qu’ils peuvent tisser.

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Préparation à la diversité

Les classes multi-niveaux reflètent la diversité du monde extérieur. Elles préparent les enfants à interagir avec des personnes de différents âges, horizons et compétences, une compétence précieuse dans la vie personnelle et professionnelle.

Défis et considérations

Adapter sa programmation et sa pédagogie à plusieurs classes d’âge peut être un frein à la mise en place des classes multi niveaux. Elles représentent donc à la fois un challenge et une opportunité.

Gestion de la classe

L'un des défis majeurs des classes multi-niveaux est la gestion de l'enseignant. Il doit planifier des leçons adaptées à des niveaux différents, ce qui peut être chronophage. Le suivi individuel des élèves peut également être plus complexe, car l'enseignant doit répondre aux besoins variés de chaque enfant. De plus, des enseignants évoquent la difficulté d’adapter la pédagogie et les enseignements pour 3 niveaux dans la même classe.

Organisation de l'espace

Enseigner en classe multi-niveaux en maternelle, cela demande du mobilier adapté aux différentes tranches d’âge, et une bonne organisation de l’espace en zones d’activités. Pas toujours facile… « mais totalement enthousiasmant ! ». D’une manière générale, on a fait en sorte d’agencer les meubles pour créer suffisamment d’espace et permettre à tout le monde de circuler facilement dans la classe. En multi-niveaux, on doit forcément réfléchir en zones d’activités, puisque les grands et les plus petits feront des choses différentes pendant le même temps scolaire. On change régulièrement l’organisation de la classe, ce qui est beaucoup plus simple quand on utilise des meubles de rangement à roulettes. Avoir en classe des enfants d’âges différents, c’est avoir des enfants de gabarits différents. Il faut donc forcément veiller à commander des chaises et tables de plusieurs tailles.

Matériel pédagogique

Dans un même meuble à casiers, on range les ateliers des grands et ceux des petits : les ateliers pour les petits sont placés en bas, pour qu’ils puissent les prendre facilement et être autonomes. Tous les enfants de la classe savent que les niveaux de difficulté des ateliers correspondent à différents emplacements dans le meuble de rangement. Ils savent très bien lesquels correspondent à leur âge. Mais en réalité, ils aiment essayer tous les ateliers ! Dans la bibliothèque, il y a des livres adaptés à tous les âges des enfants. Cela va du petit format cartonné ou plastifié, jusqu’au livre grand format avec de très belles illustrations, en passant par les premiers livres de lectures pour les élèves de grande section ou même de CP.

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Préjugés et inquiétudes des parents

Dans une classe multiniveaux, les parents ont parfois peur que leurs enfants n’apprennent pas suffisamment, craignant que les enfants soient freinés dans leurs apprentissages par ceux du niveau du dessous. Ils sont stressés car le collège approche, ils ont de fortes attentes. Ces inquiétudes sont liées à une mauvaise représentation du fonctionnement d’une classe, celui qu’ils ont connu quand ils étaient élèves. Ils craignent que les « grands » ne soient trop durs avec les petits, ou que les petits ne monopolisent tout le temps de l'enseignant.

Exemples de pratiques en classe multi-niveaux

  • Accueil et rituels : J'accueille à l'entrée de ma classe l'élève, sa famille et les petits mots autour de l'enfant. Avant d'ouvrir les ateliers, différents services() sont effectués. Notamment celui des présents : un enfant est chargé de compter les étiquettes des enfants avec moi (et les inévitables petits curieux…). () On ne dit plus "service" maintenant, mais plutôt "métier". En début d'année, les parents accompagnent leur enfant dans la classe, ils restent plus ou moins longtemps avec nous. Les services varient avec les projets du moment : il faut s'occuper des animaux, arroser les plantes, relever des températures…Le comptage des présents reste incontournable. Il est indispensable de connaitre à chaque début de demie-journée le nombre d'élèves présents. "Ce jour commence par la lettre M qui fait mmm. C'est mardi, je vérifie en récitant la comptine des jours en même temps que je les pointe. En début d'année, le changement de la date se fait l’après-midi avec uniquement les MS/GS. Cette activité est introduite le matin dès que les PS y sont prêts.

  • Plans de travail : Je vais chercher les élèves de grande section (discretement pour ne pas déranger les autres enfants de la "ruche") et nous nous réunissons autour de leur plan de travail . Bien souvent, des plus jeunes viennent écouter ce qui s'y passe… Chaque jour un nouvel élève présente les ateliers au groupe puis coche l'activité qu'il a choisie avant de passer le plan de travail à son voisin. Pour chaque activité, ils travaillent par deux maximum. Cela nous permet d'utiliser une grande diversité de matériel, et réduit singulièrement les disputes entre élèves. Des enfants de MS participent ponctuellement à certaines activités. Si l'un d'entre eux en semble capable, il est incorporé aux GS en cours d'année. A chaque fois qu'un plan de travail est terminé, nous prenons le temps, en début d'après-midi, d'en faire le bilan. L'enfant de service me lit le plan de travail de la classe, qui est affiché au tableau.

  • Ateliers : Les élèves s'inscrivent avec leur étiquette présence dès l'ouverture ou après avoir joué (jeux de société connus, coin écriture ou dessin, lecture du cahier d'élèves, tablette…). Quand les élèves de petite section commencent à se sentir bien à l'école, je leur demande d'effectuer au moins un atelier sur le créneau horaire. J'essaie alors d'être particulièrement disponible pour ces enfants que l'école ne semble pas intéresser. Le nombre d'ateliers proposés augmente au fil de l'année avec le degré d'autonomie des élèves. Les enfants apprennent petit à petit à cocher leur prénom dans une liste pour signaler leur participation. L'initiale bestiole, en facilitant le repérage des PS/MS, rend ce pointage rapidement autonome et bref.

  • Rangement : Tout comme pour l'ouverture des ateliers, le rangement se fait de façon progressive : une table puis une autre, un coin jeu puis un autre, en terminant par le coin regroupement qui sert aussi de coin duploo. J'initie le rangement à chaque espace avec quelques élèves, avant de passer au suivant. Je désigne les enfants, qu'ils aient joué là ou non. Autre avantage : le rangement se fait sans l'excitation que l'on retrouve traditionnellement lorsque l'enseignant sonne le rangement général.

  • Autres activités : Les élèves se répartissent dans la classe, un enfant commande à l'ATSEM des verres pour sa table. Il peut ajuster la quantité : "Encore un verre s'il te plait". Lorsque tout le monde est servi, on peut boire. En fin d'année, quelques verres sont déjà disposés sur la table, l'élève doit alors trouver le complément. Un chant connu, une comptine rassemble l'attention de tous. - soit un échange autour d'une trouvaille, pour enrichir, relancer notre activité. Il m'arrive d'organiser un bilan avec seulement le petit groupe d'enfant qui a participé à un atelier. Cela me permet d'inclure dans ce temps de reflexion et d'échanges des élèves particulièrement "absents" lors des moments collectifs. Durant la lecture de l'album, les enfants ne doivent faire aucun bruit. Il s'agit d'entrer dans l’univers de la littérature enfantine, pas de faire du langage. En début d'année, nous sortons toujours au moins à deux adultes pour mettre en place les règles d'usage de la cour de récréation, assurer la sécurité de tous.

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