Claire Touzard, journaliste et écrivaine française de 38 ans, s'est imposée comme une voix importante dans le paysage médiatique contemporain. Son parcours atypique, marqué par une honnêteté désarmante et un engagement féministe, fait d'elle une figure singulière. Originaire de Morlaix, elle a su conquérir les milieux branchés parisiens, tout en conservant un regard lucide et critique sur le monde qui l'entoure.
Parcours Professionnel: Des Médias à l'Écriture
Claire Touzard a débuté sa carrière en tant que journaliste pour des émissions telles que Charivari sur France Inter et Le Grand Journal. Elle a ensuite réalisé l'émission Culture pub et Ça balance à Paris. À partir de 2007, elle est devenue reporter pour Libération et a réalisé des sujets mode pour l'émission La mode La mode La mode. Elle a ensuite été chroniqueuse société pour Grazia, avant de prendre la tête de la rédaction de Grazia Homme en 2016.
Par la suite, Claire Touzard s'est lancée en tant que réalisatrice freelance, se tournant de plus en plus vers l'écriture. Son expérience dans divers médias, allant de la presse écrite à la télévision, lui a permis de développer une compréhension approfondie des enjeux médiatiques et des mécanismes de production de l'information.
Sans alcool: Un récit autobiographique et thérapeutique
En tant que féministe engagée, Claire Touzard publie « Sans alcool », un récit autobiographique et thérapeutique sur sa première année de sobriété. C'est avec la décision de sa sobriété que démarre son journal intitulé 'Sans alcool' (Ed. Flammarion), qui explore son rapport à lalcool comme une norme sociale avec laquelle elle a grandi puis comme une norme de transgression en tant que femme indépendante. Dans ce livre, elle brise le tabou de l'addiction à l'alcool, un sujet encore peu abordé en France, où le vin est souvent considéré comme un symbole culturel.
L'alcool, une norme sociale et une arme ambiguë
Claire Touzard y explore son rapport à l'alcool, à la fois comme une norme sociale et comme une forme de transgression. Elle décrit comment, jeune, elle considérait l'alcool comme une "arme de puissance", associée à une image masculine et à une forme d'émancipation. Elle explique avoir voulu témoigner dans son livre de "l'alcoolisme rampant", montrer que "l'alcoolisme n'est pas seulement l'alcoolisme extrême qu'on définit comme celui des gens qui sont dans les bars à 9 h du matin, l'alcoolisme peut être mondain, il peut être familial, il peut être un peu partout".
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Pour Claire Touzard, l'alcool est une arme ambiguë qui, bien que désinhibant et donnant un sentiment de puissance, conduit souvent à des lendemains difficiles. Elle souligne également que la société exerce une pression inconsciente sur les individus pour qu'ils boivent, afin d'appartenir au groupe et de participer à la fête. Elle remet en question cette norme sociale et invite à une réflexion sur notre rapport à l'alcool.
Le déclic et la sobriété comme une valeur subversive
Le déclic pour arrêter de boire a été le regard de son conjoint sur elle lorsqu'elle était ivre. Elle a alors compris qu'elle était sur le point de le décevoir et peut-être de le perdre. Elle considère aujourd'hui la sobriété comme une valeur subversive, une façon de s'autoriser à être éveillé par rapport à soi-même et au monde qui nous entoure.
Elle explique que lorsqu'on arrête de boire, on tend un miroir à l'autre sur sa propre consommation, ce qui peut être dérangeant. Cela nécessite beaucoup de dialogues avec ses proches. Elle souligne également que la sobriété peut être perçue comme un rejet de la fête et du lien social, ce qui peut être difficile à vivre.
L'alcool et l'identité féminine
Claire Touzard aborde également la question de l'alcoolisme au féminin. Elle explique que, pour certaines femmes, l'alcool peut être un moyen de casser l'image attendue d'elles, d'exprimer leur colère ou de s'éteindre. Elle souligne que l'alcoolisme peut être lié à des problèmes d'estime de soi et à un rapport difficile au corps. Elle a découvert en rencontrant Fatma Bouvet de la Maisonneuve, qui est psychiatre et addictologue à lhôpital Sainte-Anne, que cest un parcours fréquent. En tant que femme, on est soumise à beaucoup dinjonctions et lalcool permet soit dexprimer notre colère, soit de nous éteindre. Cela permet de sénerver entre nous pour des sujets dont on ne parle pas publiquement.
Elle évoque également le lien entre alcoolisme et anorexie, deux formes de maltraitance envers soi-même. Elle explique que l'alcoolisme peut être une façon de perdre le contrôle que l'on exerce sur son corps lorsqu'on est anorexique.
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L'amour et l'amitié sans alcool
Claire Touzard explore également les relations amoureuses et amicales sans alcool. Elle souligne que la vision de l'amour est souvent faussée par l'alcool et que de nombreuses rencontres se font sous l'emprise de l'alcool. Elle s'interroge sur la possibilité d'aimer les mêmes personnes sans alcool.
Elle explique que certaines amitiés peuvent se reconstruire sans alcool, tandis que d'autres sont plus difficiles, car l'apéro est souvent un rituel partagé entre amis. Elle souligne que lorsqu'on arrête de boire, on regarde l'autre boire, ce qui peut être désagréable.
Féminin: Une critique du monde de la presse féminine
Dans le roman d'autofiction Féminin, publié aux Éditions Flammarion, on suit le parcours de Frankie, journaliste de trente ans, issue de la gauche, aux illusions encore intactes, qui intègre avec un statut précaire le magazine Féminin. Elle comprend assez vite que les annonceurs sont ses véritables rédacteurs en chef, et se laisse aspirer par ce monde de paillettes, où les journalistes reçoivent chaque jour des dizaines de cadeaux luxueux de la part des marques alors qu'ils vivent dans 20 mètres carrés. Décrit comme Le Diable s'habille en Prada, version critique sociale, Féminin apporte une vraie réflexion sur le journalisme contemporain.
Claire Touzard s'attaque au modèle économique de la presse féminine et, plus largement, au capitalisme. Elle dépeint un univers où les journalistes sont soumis aux diktats des annonceurs et où la critique sociale est étouffée.
Folie et résistance: Une réflexion sur la santé mentale et le néolibéralisme
Dans son nouveau livre, Folie et résistance, Claire Touzard démontre notamment que l’on présente aujourd’hui des troubles tels que l'anxiété, la dépression, le burn-out comme des dysfonctionnements personnels plutôt que des symptômes d’un système qui oppresse et discrimine. Pour l’autrice, c’est bien le néolibéralisme qui plonge la société dans une angoisse insondable et détériore les corps. Claire Touzard a été diagnostiquée d'un trouble bipolaire au moment où son engagement politique allait croissant. Dans ce récit à la fois personnel et politique, l'autrice de Sans Alcool s'intéresse à la folie, un concept désuet en psychiatrie mais encore d'usage courant, qui pourrait rassembler, en une forme de communauté politique, les personnes neuroatypiques ou atteintes de troubles psychiques. L'autrice nous montre que notre santé mentale est instrumentalisée par les dirigeant.e.s, pour mieux ériger en norme une vraie déraison : capitaliste, colonialiste et patriarcale. Or notre folie peut être un outil de résistance et de libération. Elle explore une vision du soin différente, politique, à travers les voix des plus grand.e.s activistes, de la poétesse Audre Lorde au mouvement Black Panthers.
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Claire Touzard s'interroge sur la notion de folie à notre époque et sur la façon dont la société marginalise ceux qui dérangent la norme. Elle considère que la folie peut être un outil de résistance et de libération, et appelle à une politisation de la santé mentale.
Influences et inspirations
Claire Touzard s'inspire des récits d'Emmanuel Carrère, de Florence Aubenas, de Virginie Despentes, qui parviennent à intégrer de la critique sociale dans leurs écrits. Susan Sontag, Joan Didion sont également des références. Marie Kock, autrice de Vieille fille, est également une source d'inspiration : elle puise dans l'intime pour avoir une vision plus large de la société.
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