L'hypnose, une pratique ancestrale, oscille entre le divertissement et l'outil thérapeutique. Cet article explore les différentes facettes de l'hypnose, en s'appuyant sur les réflexions de Daniel Delozier, et aborde les questions d'éthique, d'efficacité et de perception du public.
L'Hypnose Classique : Un Héritage aux Multiples Facettes
L’Hypnose Classique, héritée de nos aïeux, a donné naissance à la psychothérapie, un terme inventé par Bernheim en 1891 pour désigner le soin par suggestions hypnotiques. Elle a été utilisée de diverses manières, notamment par les hypnotiseurs de music-hall, qui ont préservé la mémoire de cette forme d'hypnose, même pendant ses périodes de déclin.
Hypnose de Spectacle vs. Hypnose Thérapeutique : Deux Approches Distinctes
Les artistes de music-hall, contrairement aux thérapeutes, doivent faire preuve de spectaculaire pour assurer le show. En revanche, les hypnothérapeutes ont des impératifs différents : ils doivent réussir avec chaque patient, indépendamment de sa prédisposition à l'hypnose, et l'objectif premier du patient est de guérir. Ainsi, certains phénomènes hypnotiques ne peuvent être produits qu'en hypnose de spectacle, grâce à l'entraînement généré par la foule. Le sujet est emporté dans un rôle qu'il a accepté implicitement en venant au spectacle et en se portant volontaire pour monter sur scène.
Il est important de noter que l'hypnose de spectacle et l'hypnose thérapeutique sont des approches techniquement différentes. Un excellent hypnothérapeute classique peut être incapable de réaliser un spectacle d'hypnose, et inversement. Il est tout à fait possible d'apprendre les deux approches, comme le propose la spécialisation en "Hypnose Classique" de l'IFHE. Cette formation permet aux artistes de spectacle de s'initier à l'hypnothérapie pour des représentations saines, éducatives et spectaculaires, et aux thérapeutes de découvrir la puissance de leurs mots en créant des phénomènes hypnotiques impressionnants.
Les Dangers Potentiels de l'Hypnose et la Nécessité d'une Éthique Rigoureuse
Daniel Delozier souligne la nécessité d'interdire les pratiques hypnotiques débilitantes et dénonce l'utilisation de la communication d'influence à des fins de divertissement malsain ou d'abêtissement. Il met en garde contre l'hypnose négative de masse, comme le matraquage télévisé, qui peut abrutir la population.
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Pour que l'hypnose de music-hall soit éthique et bénéfique, il est essentiel qu'elle soit pratiquée par des professionnels connaisseurs et respectueux de la psychologie humaine. Le but n'est pas de violer la psychologie des participants, mais de créer un spectacle respectueux des personnes qui se portent volontaires. Les phénomènes hypnotiques peuvent être spectaculaires et provoqués pour le bien de la personne, offrant à la fois divertissement et bénéfices.
Cependant, Delozier critique les spectacles où l'hypnotiseur transforme les participants en une horde de singes en rut, y voyant un amusement pervers et débilitant.
La Perception du Public et la "Magie" de l'Hypnose
L'opinion publique, souvent ignorante des techniques de l'hypnose, critique parfois les "méchants hypnotiseurs de spectacle" qui font croire au public qu'ils ont un pouvoir sur les gens. Cependant, il est important de se rappeler qu'il s'agit d'un spectacle, tout comme la magie. Un magicien ne révèle pas ses tours avant de les exécuter, et de la même manière, l'hypnotiseur de spectacle ne va pas passer son temps à expliquer qu'il ne fait que guider les participants dans un état de transe.
Les techniques de l'Hypnose Classique sont relativement basiques, et la mise en transe ne fonctionne que si la personne y croit. L'hypnotiseur travaille sans autre filet que sa totale conviction de l'arrivée du phénomène hypnotique. Avertir le public qu'il n'y a "pas de magie" détruirait la capacité à faire le spectacle et à produire les phénomènes attendus.
Freud et l'Hypnose : Un Lien Complexe et Souvent Mal Compris
Certains psychanalystes ont affirmé que Sigmund Freud avait "abandonné l'Hypnose", sous-entendant qu'elle n'était pas "convenable" ou "efficace". Cependant, des lettres manuscrites de Freud montrent qu'il envoyait ses patients à des confrères hypnothérapeutes jusqu'à la fin de sa vie. De plus, Freud écrivait encore en 1937 qu'"il n'y a pas de substitut à l'Hypnose".
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Freud s'est formé à l'Hypnose auprès de Bernheim, qu'il vénérait, et a étudié avec Charcot et Pierre Janet à l'Hôpital de la Salpêtrière. Un texte inédit de Freud datant de 1891, année de la création du mot "psychothérapie" par Bernheim, offre un véritable cours d'Hypnose et révèle des idées que l'on pourrait attribuer à Milton Erickson ou à d'autres hypnothérapeutes plus modernes.
Les Conseils de Freud pour la Pratique de l'Hypnose Thérapeutique
Dans ce texte, Freud met en garde contre la facilité apparente de l'hypnose thérapeutique, la comparant à une opération médicale difficile qui nécessite une grande pratique personnelle. Il conseille de ne pas imposer l'hypnose à un patient qui y résiste, et d'attendre que le patient se familiarise avec l'idée d'être hypnotisé. Il souligne également que certaines personnes sont empêchées de tomber dans l'hypnose par leur propre désir et disponibilité.
Freud recommande de se faire une opinion provisoire sur l'individualité psychique du patient avant de le soumettre à l'hypnose, et de gagner sa confiance avant de commencer le traitement. Il préconise d'éviter d'attaquer par l'hypnose les symptômes d'origine organique et de l'utiliser plutôt pour les troubles nerveux fonctionnels, les maux d'origine psychique et les accoutumances toxiques. Il suggère également d'utiliser l'hypnose à des fins de diagnostic différentiel, par exemple en cas de doute sur l'appartenance de certains symptômes à l'hystérie ou à une maladie nerveuse organique.
Freud aborde également la question de la présence d'une tierce personne lors de la séance d'hypnose, soulignant les avantages et les inconvénients de cette pratique. Il insiste sur l'importance pour le patient de voir d'autres personnes sous hypnose, afin d'apprendre par imitation comment se comporter et quelles sensations attendre.
En conclusion, le texte de Freud offre des conseils précieux pour la pratique de l'hypnose thérapeutique, en mettant l'accent sur la prudence, le respect du patient et la nécessité d'une formation adéquate.
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