Introduction
La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet de débat intense en France, ravivé par la révision des lois de bioéthique. Cet article vise à explorer les différentes facettes de ce débat, en analysant les arguments pour et contre l'ouverture de la PMA à toutes les femmes. Il prend en compte les enjeux éthiques, sociétaux et politiques, ainsi que les opinions de diverses personnalités et organisations.
Le contexte de la révision des lois de bioéthique
Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s'est prononcé en faveur de la PMA pour toutes les femmes et des recherches sur l’embryon, soulignant également l’importance du développement des soins palliatifs. Cette prise de position intervient dans un contexte de révision des lois de bioéthique, un processus qui a lieu environ tous les cinq ans afin de tenir compte des avancées scientifiques et des évolutions sociétales.
Pourquoi réviser les lois de bioéthique ?
Jean Leonetti, vice-président des Républicains et rapporteur lors de la première révision de la loi en 2011, souligne que la bioéthique est constamment remise en cause, tant par les découvertes techniques que par les évolutions de la société. Les avancées scientifiques posent des questions sur ce qu’il est souhaitable de faire, et non plus seulement sur ce qu’il est possible de faire.
Par exemple, la possibilité de connaître son génome soulève des questions sur l’intérêt individuel et collectif de cette information, ainsi que sur les risques de discrimination par les assurances privées. De même, la demande d’euthanasie est liée aux progrès de la médecine, capables de prolonger la vie dans des conditions parfois précaires, ce qui amène à reconsidérer notre rapport à la vie et à la mort.
Les États généraux de la bioéthique : un processus de consultation nécessaire
Les États généraux de la bioéthique sont des expériences modératrices qui permettent d’établir un triangle décisionnel entre le politique, les experts et le peuple. Ils permettent de confronter les experts aux interrogations de la population et de faire avancer le débat. Cependant, certains estiment que le processus de consultation a été mené trop rapidement cette année.
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Les arguments contre la PMA pour toutes
Les opposants à la PMA pour toutes mettent en avant plusieurs arguments, qui peuvent être regroupés en cinq grandes catégories :
La "pente glissante"
Autoriser la PMA pour toutes les femmes, c’est faire valoir une version forte de l’égalité. Si les femmes seules ou lesbiennes l’invoquent, les couples homosexuels l’invoqueront à leur tour, introduisant une dynamique sans fin de revendication des droits pour tous, dont celui de fonder une famille.
Le différentialisme
Les études de “genre” introduiraient une confusion en démontrant la nature symbolique et sociale du sexe, au risque de gommer les limites du corps et d’effacer la différence biologique. Or pour faire un enfant et fonder une famille, il faudrait un homme et une femme. Sylviane Agacinski défend une forme de différentialisme, contre les tenants du genre, en soulignant que la procréation a tout à voir avec l’asymétrie des deux sexes.
La généalogie
Arguant du souci de l’enfant, les opposants à la PMA s’inquiètent de la disparition des origines, d’une forme d’antigénéalogie, qui fasse de l’origine une fiction. Ils mettent en avant le droit de l’enfant à savoir d’où il vient.
L’“antimarchandisation”
La défense de la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes, et de la GPA ensuite, s’inscrirait dans une logique de marché, faisant du corps une marchandise comme une autre, jusqu’à asservir les femmes. Michel Onfray redoute que la GPA aboutisse à la pure et simple “prolétarisation de l’utérus des femmes les plus pauvres”.
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L’anti-individualisme
Pour les détracteurs, l’ouverture de la PMA répond à des demandes minoritaires qui, au nom de l’égalité, favorisent la défense des requêtes individualistes, sinon égoïstes. Nathalie Heinich s’érige contre les revendications d’égalité qui confinent à l’égoïsme, en occultant l’intérêt de l’enfant.
L'argument de la médecine et du désir
Jean Leonetti exprime son opposition à la PMA pour toutes, arguant que la médecine doit s’adresser aux vulnérables et soigner les malades, et non répondre à tous les désirs. Il souligne que la maladie est imposée, tandis que le désir est infini, et que la médecine ne pourra jamais combler tous nos désirs.
L'absence de père
Un autre argument avancé est le fait de faire naître un enfant sans père. Bien que des enfants vivent sans père, ils savent qu’ils en ont un. Les enfants nés de PMA pourraient partir avec ce handicap.
L'effet domino
Selon les opposants, l’adoption de la PMA pour toutes constitue la porte ouverte à la GPA, car ces réformes sont adoptées au nom du principe d’égalité. Ils craignent que l’on ne puisse refuser aux couples d’hommes le même "droit à un enfant" qu’aux couples de femmes.
La recherche du donneur
Les enfants issus de PMA ont tendance à chercher le donneur de sperme, ce qui va à l’encontre de l’idée que nous sommes des produits de l’amour et du savoir qui nous sont transmis, et non des produits génétiques. La recherche du donneur entraînerait la fin du don anonyme et gratuit.
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Les arguments pour la PMA pour toutes
Les partisans de la PMA pour toutes mettent en avant d’autres arguments, qui peuvent également être regroupés en cinq grandes catégories :
Le réalisme
La révolution de la famille n’est pas une abstraction, elle est en marche. Des enfants naissent à l’étranger par PMA, voire par GPA. Leur statut juridique doit être reconnu. Mieux vaut légiférer que de laisser un flou législatif.
L’universalisme
Le droit à la PMA pour toutes s’inscrit dans une longue histoire de la conquête de l’égalité procréative, entamée par une précédente vague de féminisme. Elle donne aux femmes la possibilité de maîtriser le moment de leur grossesse, grâce à la contraception et à l’avortement. Il s’agit maintenant de reconnaître cette forme de parentalité, sans discrimination. Élisabeth Badinter rappelle que la parenté et la filiation sont des constructions sociales et culturelles.
L’équité
La PMA et la GPA se pratiquent à l’étranger pour les couples les plus fortunés, instituant de fait une inégalité et des complexités administratives, qu’une législation atténuerait.
Le culturalisme
La filiation n’est pas “naturelle”. Comme pour l’adoption, le parent légitime n’est pas le géniteur mais celui qui a le projet d’enfant, qui l’accueille, qui l’éduque. Camille Froidevaux-Metterie prend en compte l’évolution de la famille contemporaine, dont la forme n’est pas fixée naturellement.
L’altruisme
Imaginer la possibilité d’avoir de dons de gamètes et des mère porteuses bénévoles, c’est croire à la possibilité de l’altruisme. Élisabeth Badinter croit à la possibilité d’une GPA éthique, fondée sur le bénévolat et l’absence de rémunération, sur le modèle du don d’organe.
Le droit à l'égalité
Camille Froidevaux-Metterie défend l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes selon un principe d’égalité. Elle estime qu’il est impossible de justifier que certaines femmes bénéficient des progrès de la médecine procréative et pas d’autres.
Le progrès moral et juridique
Irène Théry affirme que l’ouverture de la PMA est un progrès moral et juridique pour tous. Elle souligne que la PMA se pratique depuis cinquante ans de façon “sociale” et qu’en l’ouvrant aux couples de femmes, on ne change rien à cette pratique, on l’étend simplement à d’autres bénéficiaires.
Les opinions politiques et les controverses
Le débat sur la PMA pour toutes est également marqué par des opinions politiques divergentes et des controverses.
Les positions de Sébastien Lecornu
Sébastien Lecornu, ancien membre de l’UMP et actuel Premier ministre, a affiché des positions hostiles au mariage pour tous et à l’élargissement de l’accès à la PMA. Il a depuis admis avoir "cheminé" sur ces sujets, mais reste vigilant sur "tout ce qui se passe ensuite sur le statut de l’embryon, sur la question du vivant".
La "petite phrase" d'Agnès Buzyn
Une phrase de la ministre de la santé, Agnès Buzyn, sur la PMA a été caricaturée et utilisée par des opposants à l’élargissement de la PMA à toutes les femmes. Interrogée sur le rôle « symbolique » du père, elle a répondu qu’il pouvait « évidemment » être occupé par une « mère » ou un autre membre de la famille. Cette phrase a été déformée et utilisée pour critiquer la position du gouvernement sur la PMA.
L'utilisation de l'image de Jean-Pierre Foucault
La Manif pour tous a utilisé l’image de l’animateur Jean-Pierre Foucault sans lui demander son accord, ce qui a provoqué sa colère. Il a rappelé que l’éducation consiste à demander l’autorisation d’utiliser l’image et les propos de quelqu’un, surtout lorsque l’on évoque sa famille et son père.
