La décision de la Cour suprême des États-Unis d’annuler l’arrêt « Roe vs Wade » a ravivé les débats passionnés autour du droit à l’avortement. Dans ce contexte, le cintre est devenu un symbole poignant des mobilisations pro-IVG, un rappel brutal des dangers auxquels les femmes étaient confrontées avant la légalisation et la sécurisation de l'avortement. Cet article explore la signification de ce symbole, les méthodes dangereuses auxquelles les femmes avaient recours, et les risques sanitaires qui en découlaient.
L'Avortement Clandestin : Une Réalité Dangereuse et Mortelle
Il est crucial de se souvenir qu'une femme qui ne souhaite pas mener une grossesse à terme cherchera toujours un moyen d'interrompre celle-ci, quelles que soient les interdictions ou les dangers. Avant la légalisation de l'avortement, certaines femmes pouvaient accéder à des IVG sécurisées pratiquées par des médecins, souvent à des prix exorbitants. Cependant, de nombreuses autres, faute de moyens financiers, étaient contraintes de recourir à des méthodes clandestines et extrêmement dangereuses.
Avant la loi Veil en France, la méthode la plus courante pour interrompre une grossesse consistait à insérer un objet fin, long et rigide dans l'utérus, provoquant une infection qui déclenchait une fausse couche. Cette pratique nécessitait souvent un curetage ultérieur. Les « faiseuses d'anges » utilisaient parfois des sondes médicales, mais laissaient ensuite les femmes gérer seules les complications liées à l'infection et à l'expulsion.
Pour celles qui n'avaient pas accès à une avorteuse, les objets du quotidien devenaient des instruments d'avortement : cintres dépliés, baleines de parapluie, aiguilles à tricoter, fil de fer ou électrique, ou encore branches de persil. Ces méthodes artisanales entraînaient des risques considérables, tels que la perforation utérine, voire intestinale, l'hémorragie (pouvant être mortelle) et la septicémie (infection du sang), souvent fatale.
Le Cintre : Un Symbole Fort de la Lutte pour le Droit à l'Avortement
Bien que l'utilisation du cintre dans les manifestations pro-IVG soit relativement récente, on en trouve quelques-uns dans les grandes mobilisations des années 1970. Il s'impose au début de l'année 2014, lorsque le gouvernement conservateur espagnol tente de faire passer une loi très restrictive en matière d'avortement. Les Espagnoles, soutenues par de nombreuses femmes en Europe, manifestent massivement dans la rue, munies de cintres sur lesquels elles écrivent « Nuncà mas » (Plus jamais ça). Au même moment, les féministes suisses se mobilisent pour défendre le remboursement des IVG par la Sécurité sociale, mais utilisent un autre objet avec la campagne « Non au retour des aiguilles ».
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En 2016, le Planning familial organise en France une vaste campagne de défense du droit à l’avortement dans le monde avec le mot-dièse #CeciNestPasUnCintre. De nombreuses personnes (et personnalités) se font prendre en photo avec l’objet et le slogan.
Le cintre est donc devenu un symbole puissant et évocateur des avortements clandestins, des dangers encourus par les femmes contraintes à ces pratiques, et de la lutte pour le droit à l'avortement légal et sécurisé.
Les Risques Sanitaires de l'Avortement Clandestin
Les avortements pratiqués avec un cintre ou tout autre objet non adapté peuvent entraîner de nombreuses conséquences graves, telles que :
- Hémorragies : L'insertion d'objets dans l'utérus peut provoquer des lésions vasculaires et des saignements abondants, mettant en danger la vie de la femme.
- Infections : Les objets utilisés ne sont généralement pas stériles, ce qui augmente considérablement le risque d'infections utérines, pelviennes ou généralisées (septicémie).
- Lésions de l'appareil reproducteur : La perforation de l'utérus ou d'autres organes internes peut entraîner des complications graves, telles que l'infertilité ou des douleurs chroniques.
- Perforation de l'utérus : L'insertion d'objets pointus peut perforer la paroi utérine, entraînant des lésions aux organes avoisinants (intestins, vessie) et nécessitant une intervention chirurgicale d'urgence.
Dans les années 1970, on estime qu'une femme mourait chaque jour en France des suites d'un avortement clandestin. Outre les décès, de nombreuses femmes en réchappaient mutilées ou stériles.
L'Accès à l'Avortement Sécurisé : Une Question de Santé Publique
L'accès à la contraception et à l'avortement sécurisé est une question de santé publique. Une trop grande majorité de femmes et de filles, notamment dans les pays à faibles revenus et chez les personnes en situation de précarité, n’ont pas de contrôle sur leur propre vie sexuelle.
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Dans toutes les régions du monde, des pays ont tenté ou tentent encore de limiter le recours à l’avortement, en adoptant des législations restrictives ou répressives. Mais cette interdiction ne réduit pas le nombre d’interruptions volontaires de grossesses. Au contraire, elle a pour conséquence de retrancher les avortements dans la clandestinité et d’exposer les personnes qui y ont recours à des risques majeurs pour leur santé et leur vie.
Heureusement, depuis les années 1970, d’autres méthodes d’interruption de grossesse existent, bien moins dangereuses, bien moins traumatisantes : la méthode par aspiration de l’œuf (dite méthode Karman) et la pilule abortive (RU 486). Mais la première nécessite un savoir-faire et des ustensiles médicaux (spéculum, canule souple, seringue d’aspiration) et la seconde une prescription. Dans nos sociétés sous surveillance, il sera difficile d’utiliser ces deux méthodes pour de nombreuses Américaines.
Les Menaces Actuelles sur le Droit à l'Avortement
Plus de quarante ans après la loi Veil, le droit à l’avortement subit une offensive concertée en Europe, menée par une nouvelle génération de militants rompus aux réseaux sociaux. Une enquête d'Arte révèle leurs méthodes et leurs financements.
Ces militants, souvent financés par des groupes conservateurs russes et américains, mènent un lobbying actif auprès de l'Union Européenne et cherchent à influencer l'opinion publique en utilisant des arguments moralisateurs et des informations trompeuses.
En Italie, par exemple, où l'IVG est officiellement autorisée, avorter est devenu un vrai parcours du combattant : un pourcentage important des gynécologues sont des "objecteurs de conscience" qui refusent de pratiquer des avortements, comme la loi les y autorise. Résultat, les services IVG sont saturés. Nombreuses sont les femmes qui paniquent à l'idée de ne pas pouvoir interrompre leur grossesse dans les délais.
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