Le général Christophe Gomart, figure emblématique du renseignement militaire français, s'est illustré par un parcours riche et diversifié au cœur des opérations spéciales. De ses premières expériences au Tchad à ses responsabilités en Afghanistan, en Libye, au Sahel et en Irak, Gomart a été témoin et acteur de nombreux événements marquants de l'histoire militaire récente de la France. Son livre, Soldat de l’ombre (Tallandier, 2020), offre un éclairage précieux sur les réalités du terrain, les prises de décisions complexes et les enjeux stratégiques auxquels sont confrontées les forces spéciales françaises.

Un Engagement Précoce et une Ascension Progressive

Issu d'une longue lignée d'officiers et passé par Saint-Cyr, Christophe Gomart a gravi les échelons de l'armée avec détermination. Ses premières missions l'ont conduit au Tchad, puis en ex-Yougoslavie et au Rwanda, où il a été profondément marqué par l'ampleur de la misère humaine. En Afghanistan, en tant que commandant d'un groupement de forces spéciales lors de l'opération Arès, il a pris des risques importants, forgeant ainsi son expérience et sa réputation. Avant de prendre le commandement du COS en 2011, il a été l'adjoint du coordonnateur national du renseignement. Il deviendra ensuite directeur du renseignement militaire.

L'Afghanistan: Un Creuset pour les Forces Spéciales

L'Afghanistan a joué un rôle crucial dans le développement et la modernisation des forces spéciales françaises. L'engagement du Commandement des Opérations Spéciales (COS) dans ce pays, de 2003 à 2007, puis à partir de 2009 avec la Task Force 32 (détachement Jehol), a permis d'aguerrir les troupes, d'améliorer les procédures et de perfectionner les équipements. Les forces spéciales sont revenues d'Afghanistan avec une expérience précieuse, qui a contribué à renforcer leur efficacité et leur capacité d'adaptation.

Interventions en Libye et au Sahel: Soutien aux Forces Locales et Actions Ponctuelles

Lors de l'opération Harmattan en Libye en 2011, les forces spéciales françaises ont joué un rôle déterminant en aidant à l'organisation du centre opérationnel chez les rebelles anti-Kadhafi et en fournissant aux décideurs politiques une vision claire de la situation sur le terrain. Au Sahel, dans le cadre de l'opération Barkhane, les forces spéciales interviennent par des actions ponctuelles à fort effet démultiplicateur, en complément des troupes qui tiennent le terrain. Gomart souligne l'importance d'une approche globale pour résoudre les crises, incluant la sécurité, le développement économique et une bonne gouvernance politique.

Irak: Formation, Renseignement et Soutien aux Forces Kurdes

En Irak, les forces spéciales françaises ont été déployées pour soutenir les forces kurdes irakiennes. Elles leur ont fourni une formation sur l'utilisation de canons de 20 mm et un soutien en renseignement grâce à des moyens de la Direction du renseignement militaire (DRM). Gomart insiste sur le fait que les forces spéciales étaient en soutien des Kurdes, qui ont mené les combats et remporté des victoires sur le terrain.

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L'Opération de Sauvetage de Denis Allex: Une Analyse Critique

L'opération de sauvetage de l'otage français Denis Allex en Somalie en 2013 a été un échec tragique. Gomart, dans son livre, exprime des critiques sur l'organisation et la coordination de cette opération, soulignant le mélange des genres entre une opération militaire et une action clandestine. Il estime que la subjectivité a primé sur l'objectivité dans la planification et l'exécution de l'opération, et qu'il aurait été préférable de confier cette mission au COS, une composante purement militaire.

Relations entre la DGSE et le COS: Clarifier les Rôles pour une Efficacité Accrue

Gomart aborde également les relations parfois complexes entre la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et le COS. Il souligne que la DGSE est un service de renseignement, tandis que le COS est un commandement qui conduit des opérations spéciales. Il estime qu'il serait utile et bénéfique de clarifier les rôles de chacun pour éviter les chevauchements et les malentendus, et pour améliorer l'efficacité globale de l'action extérieure de la France. Gomart note que sur le terrain, en Bosnie, ils n'ont jamais eu de renseignement intéressant en provenance de la DGSE. Ils ont poursuivi seuls leurs recherches avec les équipes de recherche du 13e RDP, les analystes de la direction du renseignement militaire(DRM), le GIGN et le commandement des opérations spéciales (COS).

Réflexions sur le Renseignement et la Culture Militaire

Après avoir passé dix années dans les cercles du pouvoir, Gomart partage ses réflexions sur le degré de culture militaire et stratégique des décideurs politiques. Il se dit agréablement surpris par la connaissance des armées qu'ont les députés et les sénateurs qui l'ont auditionné. Il souligne également l'importance pour les services de renseignement d'être entendus par les dirigeants politiques, afin que les décisions soient prises en connaissance de cause.

Engagement Politique et Défense des Enjeux Régaliens

Après avoir quitté l'institution militaire, Christophe Gomart s'est engagé en politique, rejoignant la liste des Républicains pour les élections européennes. Sa candidature est axée sur les enjeux régaliens, notamment la défense, dans un contexte européen marqué par le conflit en Ukraine. Gomart apporte ainsi son expertise et son expérience au service de la France, en contribuant au débat public sur les questions de sécurité et de défense.

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