L’une des plus grandes angoisses pour une femme durant une grossesse est de faire une fausse couche et de perdre l’enfant qu’elle porte. En France, en 2022, une grossesse sur quatre s’interrompt dans les 22 premières semaines d’aménorrhée. Il s’agit donc d’un événement relativement fréquent et par conséquent parfois banalisé ou minimisé alors que l’impact psychologique est réel. Cet article vise à explorer en profondeur le choc émotionnel ressenti après une fausse couche, en abordant les causes, les conséquences psychologiques, les moyens de surmonter cette épreuve et les ressources disponibles pour obtenir du soutien.

Qu'est-ce qu'une fausse couche ?

Une fausse couche correspond à l’arrêt spontané d’une grossesse avant la 22e semaine d’aménorrhée (qui constitue le seuil de viabilité en France). Une fausse couche précoce correspond à l’arrêt spontané d’une grossesse avant la 12e semaine d’aménorrhée. Selon le CNGOF, une fausse couche se définit par l’expulsion spontanée d’un embryon ou d’un fœtus avant la 22 semaine d’aménorrhée. Une fausse couche est dite « précoce » lorsqu’elle survient avant la 14 semaine, et tardive si elle se produit entre la 14 et la 22 semaine d’aménorrhée. La prévalence des formes précoces est élevée, touchant 12 à 24 % des grossesses.

Les causes d’une fausse couche sont souvent naturelles : anomalies chromosomiques de l’embryon (70% des cas), troubles hormonaux, infections, ou encore problèmes anatomiques de l’utérus. Outre les effets physiques (fatigue, douleurs, perte de sang), une fausse couche entraîne un choc émotionnel important.

Il existe différents types de fausses couches, selon le stade et les symptômes de la perte. Une femme a subi deux fausses couches consécutives ou plus.

L'impact psychologique d'une fausse couche

Chaque femme, chaque couple va traverser cet événement de façon singulière mais jamais anodine. Quel que soit le stade de la grossesse, il s’agit bien souvent pour la femme et pour le couple d’une expérience difficile à vivre, parfois même traumatisante. La fausse couche représente la perte d’un futur bébé et de tous les projets dont il est porteur.

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Même en cas d’arrêt précoce de la grossesse, il s’agit bien pour certaines femmes de la perte d’un bébé et non d’un embryon. Pour d’autres, le vécu émotionnel va être moins intense sans pour autant que l’arrêt de la grossesse soit perçu comme un événement anodin. Certaines femmes peuvent le mettre à distance, le relativiser ou le minimiser, notamment en cas d’arrêt précoce de la grossesse.

Sur le plan psychologique, une fausse couche peut être profondément déstabilisante, même lorsqu’elle survient très tôt dans la grossesse. Le couple est souvent mis à rude épreuve après une fausse couche. Les émotions ne sont pas toujours vécues au même rythme ni avec la même intensité, ce qui peut créer des incompréhensions.

Diversité des émotions ressenties

Son vécu et son impact psychologique peuvent donc varier en fonction de l’histoire et du contexte de chaque femme. Certaines vont ressentir une profonde tristesse, un sentiment d’injustice, de colère, de culpabilité ou encore de honte. Certaines vont se sentir disqualifiées dans leur maternité. Cette grossesse qui s’interrompt brutalement peut être un réel choc émotionnel.

La perte d'un bébé, à quelque stade que ce soit de la grossesse, nécessite un véritable travail de deuil, telle la cicatrisation de la peau après une blessure.

Le deuil périnatal

Encore taboue, souvent minimisée par la société, la perte d’un fœtus, même à un stade précoce de la grossesse, peut engendrer chez de nombreux parents une souffrance d’une profonde intensité. Difficulté à se remettre de la mort d’un petit être qui n’a pas existé aux yeux des autres, remarques blessantes de l’entourage, sentiment de culpabilité, annonce communiquée de manière parfois brutale… Ces différents aspects peuvent faire du deuil périnatal une épreuve particulièrement difficile à surmonter.

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Stress post-traumatique et autres troubles

Selon les résultats d’une étude prospective réalisée auprès de 650 femmes par l’Imperial College de Londres, et publiée le 14 janvier dans l’American Journal of Obstetrics and Gynecology, près d’une personne sur trois ayant vécu une fausse couche avant douze semaines de grossesse, ou ayant subi une grossesse extra-utérine (lorsque l’embryon s’implante en dehors de l’utérus), se trouverait dans un état de stress post-traumatique pouvant perdurer, pour une femme sur six, jusqu’à neuf mois. Des symptômes d’anxiété modérée à sévère seraient par ailleurs rencontrés par 25 % des personnes interrogées et perdureraient après neuf mois chez 17 % d’entre elles. De même, 10 % et 6 % des femmes souffriraient de dépression modérée à sévère après respectivement un mois et neuf mois.

Les rares travaux de recherche qui ont été menés au niveau international indiquent que les femmes qui ont vécu une fausse couche peuvent développer non seulement des symptômes anxieux ou dépressifs, mais aussi des états de stress post-traumatiques. Des études prospectives ont elles aussi révélé l’existence de symptômes dépressifs et majoritairement anxieux 13 mois après une fausse couche.

Nos propres travaux ont par ailleurs permis d’identifier que les séquelles psychologiques de la fausse couche peuvent être assimilées à un trouble de l’adaptation, un trouble fréquent en psychiatrie.

Dans notre étude, nous avons comparé les scores au questionnaire du trouble de l’adaptation (ADNM-Adjustment Disorder New Module - 20 items) de personnes ayant vécu une fausse couche et de personnes ayant vécu un autre évènement de vie difficile, tel que le décès d’un proche, une rupture, etc. Les résultats montrent que les personnes ayant vécu une fausse couche présentent le même niveau de difficultés psychologiques que celles ayant vécu un autre évènement de vie stressant. De plus, l’analyse des réponses au questionnaire révèle que 60 % des personnes ayant vécu une fausse couche présentent un trouble de l’adaptation.

Facteurs influençant l'impact psychologique

Les conséquences psychologiques de la fausse couche dépendent de divers paramètres : accès à l’information, niveau de reconnaissance par les soignants de la perte vécue, insatisfaction quant à l’accompagnement prodigué, ou encore soutien social reçu, notamment par le partenaire. Parmi les facteurs étudiés lors de cette étude, nous nous sommes aussi intéressés aux compétences psychologiques, telles que les capacités de régulation émotionnelle. Nous avons observé que des compétences psychologiques plus faibles étaient associées à un plus haut niveau de trouble de l’adaptation.

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Quand la fausse couche arrive dans les premiers mois de la grossesse, la mère n’a souvent pas annoncé qu’elle était enceinte et sa grossesse est donc passée sous silence. Elle peut craindre l’incompréhension de son entourage face à sa peine et vivre ainsi cette épreuve de manière complètement isolée, rendant l’événement d’autant plus douloureux.

Comment surmonter le choc émotionnel ?

Traverser une fausse couche est une expérience profondément personnelle. Il n’y a pas de « bonne » manière de réagir ou de durée idéale pour faire son deuil. L’essentiel est de respecter son rythme, de chercher du soutien lorsque le poids devient trop lourd.

L'importance de l'expression et du partage

En parler avec son conjoint, son entourage est important. L’attitude de l’entourage mais aussi des équipes soignantes est très importante car les mots utilisés peuvent heurter et ajouter de la violence à la violence que représente déjà cette perte. Avec l’entourage, il est utile de fixer des limites si certains commentaires sont maladroits.

Le collectif Fausse couche, vrai vécu formé par 6 femmes engagées insiste sur l’importance de ne plus utiliser l’expression « Faire une fausse couche ». : « Parce que rien n’est faux et que tout est vrai. Parce que nous ne faisons pas les fausses couches mais les subissons » précisent-elles.

Le rôle du soutien psychologique

Une aide psychologique peut également s’avérer nécessaire. Rechercher une aide professionnelle : Un thérapeute ou un conseiller peut vous aider à traverser votre deuil et à faire face à votre perte. Se tourner vers ses proches : Votre partenaire, votre famille et vos amis peuvent vous apporter réconfort et soutien.

Techniques de gestion des émotions et de relaxation

La psychoéducation pourrait aider les couples concernés par une fausse couche à développer des outils afin de mieux identifier leurs émotions, les exprimer puis les réguler en retrouvant du contrôle sur celles-ci. Concrètement, il s’agirait de proposer des consultations ou des ateliers en groupes au cours desquels les couples seraient informés sur les émotions (colère, tristesse, stress) qu’ils peuvent ressentir suite à cet évènement. Ils pourraient également être invités lors de ces temps, à trouver des ressources pour y faire face.

Proposer des techniques de relaxation permettrait au patient de se centrer sur les sensations corporelles agréables et sur le sentiment de détente associé, et ainsi de diminuer leur anxiété.

Thérapies structurées et restructuration cognitive

Envisager la fausse couche comme un trouble de l’adaptation permet aussi de proposer des thérapies structurées sur les souvenirs douloureux de l’évènement, telles que la thérapie narrative. Cette dernière, aussi appelée thérapie d’exposition par la narration, permet au patient de revenir en détail sur l’évènement douloureux en précisant les émotions, les sensations corporelles, les pensées et les comportements qui l’ont traversé.

L’exposition répétée à ce script narratif, en séance, dans un lieu sécurisé, est l’une des bases de la thérapie cognitivo-comportementale et permet de « digérer » émotionnellement les évènements difficiles. De la même manière, la thérapie EMDR (eye movement desensitization and reprocessing) pourrait être proposée.

Lors de l’évaluation psychologique, questionner le patient sur la façon dont la fausse couche vient s’inscrire dans son parcours et son projet de vie peut également permettre de dégager d’autres thématiques de travail. Il est important de déceler un éventuel sentiment de culpabilité, reposant sur des croyances ou des représentations en lien avec la fausse couche (« j’aurais dû me reposer davantage », « tout est de ma faute »). Ces dernières pourraient être prises en charge grâce à des techniques de restructuration cognitive, une approche qui permet de travailler sur la prise de conscience par le patient de ses pensées négatives et lui apprend à transformer ces pensées par d’autres pensées, plus rationnelles et plus neutres.

Rituels et gestes symboliques

Prendre du temps pour soi, accueillir sa tristesse bien légitime, poser un geste symbolique pour signifier l’adieu peut être précieux. Par exemple : planter un arbre, jeter une gerbe de fleurs dans un endroit que vous aimez, écrire une lettre à votre bébé ou bien encore le prénommer, peuvent vous aider dans le processus de deuil.

Stress et fausse couche : quel lien ?

Les résultats de la méta-analyse montrent que des facteurs psychologiques peuvent augmenter le risque de fausse couche. Notre étude montre que le stress peut contribuer à l'échec précoce de la grossesse et appelle à poursuivre la recherche sur cette question. Le stress psychologique peut influencer le bien-être de chacun d'entre nous en augmentant le niveau d'hormones de stress qui circulent dans le corps. Ces réponses physiologiques affectent parfois les systèmes vasculaires, immunitaires et métaboliques.

Gérer le stress pendant la grossesse

Nous connaissons tous les hauts et les bas de la vie et les tracas quotidiens ne devraient pas être néfastes. Nous espérons que les résultats de l'étude aideront les individus, leurs familles et leurs employeurs à savoir que des niveaux de stress très élevés devraient être évités au début de la grossesse. Bien sûr, cela n'est pas toujours possible car une série d'événements stressants peuvent se produire à tout moment.

Nous avons tous tendance à nous sentir parfois stressé et le stress psychologique peut influencer notre bien-être. L’anxiété peut signifier que l’on ne s’occupe pas aussi bien de soi qu’on le devrait, ce qui peut nuire à notre santé en général et compromettre celle d'un bébé à naître. D'autres dommages peuvent être causés par des comportements qui nous font temporairement sentir mieux, comme boire et fumer.

Soutien et prévention

Par conséquent, l'expérience du stress varie non seulement par les ressources internes et les expériences passées d'un individu, mais aussi par les situations actuelles et le degré de soutien social et matériel qui leur est fourni.

Au début de la grossesse, les gynécologues ne doivent-ils pas mesurer le taux de stress d’une femme enceinte ? Quels sont les critères ?

Grossesse après une fausse couche

Après l’épreuve de l’évacuation de la grossesse, de façon naturelle, médicamenteuse ou chirurgicale, vient le moment de penser à une nouvelle grossesse. Certains couples ressentiront le besoin d’entamer très vite une nouvelle grossesse tandis que d’autres auront envie de se laisser plus de temps. Quoi qu’il en soit, la grossesse suivante sera bien souvent teintée d’inquiétude, particulièrement les premiers mois. La légèreté et l’insouciance auront laissé place à l’angoisse de vivre à nouveau la douleur d’une grossesse qui n’aboutit pas, d’un bébé qui n’advient pas.

Après une fausse couche, de nombreuses femmes se demandent quand il sera possible de retomber enceinte. Préparation émotionnelle : Une grossesse après une perte peut être source d’anxiété.

Il est possible qu’après une fausse couche, vous ayez peur de revivre cet événement à l’apparition d’une nouvelle grossesse. Cependant dans la majorité des cas, la fausse couche reste un cas isolé. Un dérèglement hormonal, une déficience de la thyroïde, un déficit de vascularisation du bébé pendant la grossesse peuvent donner lieu à une interruption spontanée de la grossesse mais chacun de ces dysfonctionnements peut être facilement traité une fois le diagnostic posé.

Évolution législative et prise en charge en France

Pour favoriser l’accompagnement des couples confrontés à une fausse couche, une nouvelle loi a été promulguée le 8 mars 2023. Ce texte prévoit la mise en place d’un « parcours interruption spontanée de grossesse », associant médecins, sages-femmes et psychologues, hospitaliers et libéraux, afin d’améliorer le suivi médical et psychologique des personnes confrontées à une fausse couche, à partir du 1 septembre 2024. Inclure les partenaires dans la prise en charge permettra de ne plus méconnaître leur ressenti face à cet évènement de vie, et de les impliquer dans la prise en charge proposée.

Ladite prise en charge consiste notamment en un accès facilité à un suivi psychologique, pouvant se faire via le programme Mon Soutien Psy (dans ce cas, sages-femmes et médecins peuvent prescrire des séances). La formation des soignants sur les répercussions psychologiques de la fausse couche, et sur la douleur que cela peut engendrer, sera aussi renforcée. La loi prévoit également de pouvoir bénéficier d’indemnités journalières sans délai de carence pendant leur arrêt maladie, ce qui constitue un progrès important pour le droit des femmes.

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