L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a exprimé son inquiétude face à l'augmentation des cas de maladies respiratoires, en particulier chez les enfants, en Chine et ailleurs. Parmi les agents pathogènes identifiés, la bactérie Mycoplasma pneumoniae suscite une attention particulière. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble de la pneumonie à Mycoplasma pneumoniae chez l'enfant, en abordant ses symptômes, ses causes, son diagnostic et ses traitements.

Augmentation des infections respiratoires et Mycoplasma pneumoniae

Depuis fin 2023, la France et d'autres pays ont observé une augmentation des infections respiratoires dues à la bactérie Mycoplasma pneumoniae. Cette bactérie est principalement responsable d'infections des voies respiratoires supérieures (angines, pharyngites…) ou inférieures plutôt bénignes, dont la principale complication est la pneumonie.

Le Pr Claire Andrejak, Pneumologue au CHU d'Amiens-Picardie et Secrétaire générale du Conseil Scientifique de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF), a noté lors du Congrès de Pneumologie de Langue Française du 12 janvier 2024 que des épidémies de mycoplasme surviennent tous les 4 à 7 ans. La dernière grosse épidémie en France remonte à 2016, avec de petits rebonds en 2019, mais rien depuis, notamment en raison de la période Covid.

Fin 2023, Santé Publique France a rapporté des augmentations inhabituelles d'infections respiratoires à Mycoplasma pneumoniae.

Qu'est-ce que Mycoplasma pneumoniae ?

Découverte en 1944 par Eaton, Mycoplasma pneumoniae est une bactérie capable d'entraîner des infections des voies respiratoires inférieures (trachée, bronches et poumons) chez l'Homme, mais particulièrement chez les enfants, adolescents et jeunes adultes. Initialement identifiée comme un virus, elle a été reconnue comme un mycoplasme en 1962.

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Mycoplasma pneumoniae est une petite bactérie pléomorphe strictement humaine, dépourvue de paroi cellulaire, ce qui la rend invisible à la coloration de Gram et insensible aux bêta-lactamines. C'est une bactérie liée aux cellules.

Comparé à d'autres agents pathogènes, Mycoplasma pneumoniae est atypique. Il se développe lentement, nécessite un contact étroit pour la transmission et présente une présentation distincte de la maladie (pneumonie atypique).

Transmission et épidémiologie

Mycoplasma pneumoniae se transmet par des gouttelettes respiratoires lors d'un contact étroit avec les personnes infectées, le plus souvent symptomatiques. La durée d'incubation est de 1 à 4 semaines. Les infections à Mycoplasma pneumoniae surviennent dans le monde entier, en toute saison et dans tous les environnements géographiques, sur un mode endémo-épidémique.

Les épidémies de Mycoplasma pneumoniae surviennent généralement dans des environnements peuplés comme les écoles, les résidences universitaires, les établissements de soins de longue durée et les hôpitaux, principalement en automne, avec un pic au début de l'hiver et se terminent au printemps.

Le portage asymptomatique après l'infection, voire avant, peut durer des semaines, voire des mois. C'est ce qui explique qu'une PCR positive est fréquente chez l'enfant sans symptôme (jusqu'à 20% dans certaines études). L'immunité après l'infection n'est pas de longue durée.

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L'incidence des infections à Mycoplasma pneumoniae est la plus élevée chez les enfants âgés de 5 à 15 ans, tandis que le pourcentage est le plus élevé à la fin de l'adolescence et au début de l'âge adulte, lorsque les infections respiratoires dues à d'autres causes sont moins fréquentes. Les infections à Mycoplasma pneumoniae sont rares chez les moins de 4 ans et de plus de 60 ans.

Symptômes

La bactérie Mycoplasma pneumoniae provoque une inflammation des voies respiratoires.

C'est une cause fréquente d'infections des voies respiratoires supérieures et inférieures (rhino-pharyngite, trachéo-bronchite et bronchite aiguës, pneumonie…). Les symptômes sont variables et comprennent la toux, la malaise, la fièvre et occasionnellement des maux de tête. La bronchite aiguë et les infections des voies respiratoires supérieures à Mycoplasma pneumoniae sont généralement bénignes et guérissent spontanément.

Environ 25% des enfants d'âge scolaire (plus de 5 ans) infectés développeront une pneumonie avec toux et râles à l'examen physique dans les jours suivant le début des symptômes constitutionnels. La toux, initialement non productive, peut devenir productive, persister pendant 3 à 4 semaines et être accompagnée de sifflements. L'infection a été associée à des exacerbations de l'asthme.

Une pneumonie sévère avec épanchement pleural peut survenir, en particulier chez les patients atteints de drépanocytose, de trisomie 21, d'immunodéficiences et de maladies cardiorespiratoires chroniques. Elle peut entraîner des lésions dermatologiques et neurologiques.

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Dans les symptômes fréquents, on trouve la toux, la fièvre et des difficultés respiratoires.

Diagnostic

Un prélèvement pharyngé en laboratoire est nécessaire pour diagnostiquer la bactérie Mycoplasma pneumoniae. Il s'agit d'un test rapide. La radiographie de thorax peut orienter le diagnostic devant un aspect d’infiltrat pulmonaire interstitiel diffus bilatéral.

Le diagnostic repose sur :

  • La PCR (Réaction en Chaîne par Polymérase) : sensible et spécifique, souvent intégrée dans les kits de PCR multiplex. Le principal écueil est que de nombreux enfants sans symptôme ou avec des symptômes mineurs ont une PCR positive. Le risque est d'attribuer les symptômes observés à tort à Mycoplasma pneumoniae. Les PCR multiplex retrouvent souvent des virus associés.
  • Les tests sérologiques : en général, les anticorps IgM ne sont pas détectables au cours des 7 premiers jours suivant l'apparition des symptômes. Bien que la présence d'anticorps IgM puisse indiquer une infection récente, des faux positifs peuvent se produire, et les anticorps IgM peuvent persister dans le sérum pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, et ne pas indiquer une infection aiguë.

Il est important d'éliminer d'autres causes, comme la bronchiolite, la grippe, le Covid, ou la pneumonie à pneumocoques. Dans certains cas, un test PCR testant plusieurs causes possibles peut être réalisé.

Traitement

L'immense majorité des infections à Mycoplasma pneumoniae guérissent spontanément. La majorité des malades guérissent sans traitement, avec du temps et du repos, parfois des médicaments sans ordonnance pour soulager les symptômes.

Mycoplasma pneumoniae est facilement traitée avec des antibiotiques, en particulier les macrolides, dont l'azithromycine.

Les preuves du bénéfice de l'antibiothérapie pour les enfants non hospitalisés présentant une infection respiratoire basse attribuable à Mycoplasma pneumoniae sont limitées. L'antibiothérapie est généralement réservée aux pneumopathies hospitalisées et ambulatoires s'accompagnant de symptômes marqués. La circonstance la plus fréquente est une pneumopathie avec fièvre élevée, traitée par amoxicilline et dont la température élevée persiste au-delà de 48 heures.

Il est important de noter que Mycoplasma pneumoniae est dépourvue de paroi cellulaire, ce qui la rend résistante aux bêta-lactamines.

Résistance aux macrolides

L'antibiorésistance est cependant à surveiller, surtout qu'elle peut augmenter avec l'épisode actuel. Avant le Covid, en Asie, où la prescription d'antibiotiques était peu raisonnée, 80 % des souches de microplasma pneumoniae étaient résistantes en Chine, plus de 50 % au Japon. De fait, les enfants notamment ont développé une forme de résistance au traitement par azithromycine. Le taux de résistance pourrait même atteindre les 80 % en pédiatrie.

Prévention

L'OMS recommande à la population de respecter des mesures visant à réduire le risque de maladie respiratoire.

Étant donné que Mycoplasma pneumoniae se transmet par gouttelettes, les mesures de prévention comprennent :

  • Se laver fréquemment les mains avec du savon et de l'eau.
  • Éviter de se toucher le visage, en particulier la bouche, le nez et les yeux.
  • Tousser et éternuer dans un mouchoir ou dans le pli de son coude.
  • Éviter les contacts étroits avec les personnes malades.
  • Aérer régulièrement les pièces.

Situation actuelle en France

Les autorités sanitaires ont observé « une circulation accrue de cette bactérie en France depuis le début de l’automne ». L’une des particularités de cette pneumonie : la maladie ne se déclare pas immédiatement après la contamination.

Depuis l'automne, une augmentation des infections respiratoires à Mycoplasma pneumoniae a été observée en France et dans d’autres pays, notamment en Europe et en Asie du Sud-Est. En France, il n'existe pas de système national de surveillance dédié aux infections à Mycoplasma pneumoniae.

Plusieurs éléments sont en faveur d’une épidémie de pneumonies à Mycoplasma pneumoniae d’intensité inhabituelle en France depuis le début du mois d'octobre 2023, avec une augmentation très marquée à compter de début novembre. Santé publique France poursuit ses investigations en lien avec ses partenaires pour suivre l’évolution de la situation.

Une augmentation du recours aux soins d’urgence pour pneumopathie (tous types confondus) a été mise en évidence début octobre 2023 par la surveillance syndromique SurSaUD®, que ce soit en ville lors des visites et consultations du réseau SOS Médecins ou à l’hôpital dans les services d’urgences du réseau Oscour®. Cette hausse a été plus marquée depuis début novembre, s’est poursuivie jusqu’en S48 tandis qu’une tendance à la stabilisation s’est amorcée sur les deux semaines suivantes de début décembre (S49 et S50), avec des disparités selon l’âge. Chez les 5-14 ans et les 15 à 44 ans, ces augmentations étaient plus marquées, jusqu’à des niveaux atteints très supérieurs à ceux de l’année 2019 avant la pandémie.

A l’hôpital, le nombre de détections par PCR de Mycoplasma pneumoniae (réseau de laboratoires hospitaliers RENAL) a progressivement augmenté depuis fin juillet puis de façon plus marquée courant octobre 2023, avec un taux de positivité qui a doublé entre le début et la fin du mois d’octobre, évoluant de 1,7% (S40) à 4,0% (S44). Cette hausse s’est poursuivie jusqu’à atteindre, fin novembre, un taux de positivité près de 4 fois supérieur à celui observé à la même période en 2019 (soit 7,4% en S47/23 vs 1,7% en S47/19). Une diminution s’est amorcée à partir de la semaine 48, et ceci jusqu’en semaine 49. Une augmentation du taux de positivité est à nouveau observée en semaine 50 (données non consolidées).

En ville, les premières analyses d’une partie des données sérologiques du réseau 3Labos montrent que le taux de positivité des tests IgM à Mycoplasma pneumoniae réalisés dans les laboratoires de biologie médicale de ville, tous âges confondus, a augmenté dans le courant de l’été 2023. Une nette augmentation était ensuite observée à partir de début octobre, jusqu’à atteindre fin novembre (S47) un niveau très supérieur à celui de 2019 à la même période. Cette hausse était particulièrement marquée chez les enfants âgés entre 5 et 14 ans.

Actions en cours pour suivre l'évolution de l'épidémie

Dans ce contexte épidémique, le suivi de l’évolution de la situation par Santé publique France se poursuit en lien avec ses partenaires. Un suivi du profil de résistance aux macrolides (traitement de 1ère intention contre cette bactérie sans paroi et non sensible aux béta-lactamines) est réalisé par le laboratoire de bactériologie au CHU de Bordeaux (équipe du Pr Bébéar), qui assure l’expertise en l’absence de CNR référent pour cette bactérie. Quatre souches résistantes ont été mises en évidence par PCR parmi les 112 prélèvements amplifiés depuis la S28 (3,6%).

Une sensibilisation des professionnels de santé libéraux et hospitaliers au diagnostic et à la prise en charge a été réalisée dès novembre 2023 par le ministère chargé de la santé.

Liens avec la Chine

L'augmentation des cas d'infections respiratoires à Mycoplasma pneumoniae en France survient alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) signalait une hausse des maladies respiratoires et des foyers de pneumonies chez les enfants en Chine et demandait des informations épidémiologiques et cliniques supplémentaires. Selon l’OMS, les autorités chinoises ont attribué cette augmentation des maladies respiratoires à la levée des restrictions liées à la Covid-19 et à la circulation d’agents pathogènes connus.

Comme le souligne SPF, plusieurs autres pays européens ont également rapporté récemment des augmentations d'infections à Mycoplasma pneumoniae (Suède, Pays-Bas, Norvège, Irlande).

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