Introduction

La production de lait de chèvre est une activité agricole importante en France, premier producteur mondial de fromages de chèvre. Les élevages caprins français sont principalement axés sur la production de lait, de fromage et de chevreaux pour la viande, dont une grande partie est exportée. Le cycle de production du lait de chèvre est saisonnier, avec une période de pointe allant de mars à juillet. Cependant, certains éleveurs mettent en œuvre des stratégies pour étaler la production laitière sur l'ensemble de l'année, notamment en ayant recours aux lactations longues. Cet article explore les aspects de la production de lait de chèvre en fin de lactation, en abordant les défis, les stratégies de gestion et les implications pour les éleveurs.

Le cycle de production du lait de chèvre

Pour produire du lait, une chèvre doit avoir des petits. La naissance des chevreaux (un à deux par portée) a lieu une fois par an, après une gestation de cinq mois. Dans les semaines qui suivent la mise-bas et pendant environ dix mois, la chèvre produit entre 2 et 3 litres de lait par jour, collectés lors de deux traites quotidiennes, soit une moyenne de 700 litres de lait par an. Dix mois après la naissance des chevreaux, la chèvre est tarie pour permettre à la mamelle de se reposer. La période de pointe de production laitière se situe de mars à juillet, avec un pic en avril-mai. De septembre à décembre, la production de lait diminue.

La lactation longue : une stratégie pour étaler la production laitière

Certains élevages pratiquent les « lactations longues », où la lactation est prolongée au-delà de 15 mois après la naissance, entraînant une diminution de la quantité de lait produite. Cette pratique permet de réduire le nombre de naissances dans le troupeau, les chevreaux étant principalement destinés à l'engraissement pour la production de viande.

Émilie, par exemple, conserve une partie de ses chèvres en lactation longue sur 2 à 5 ans (environ un tiers du troupeau, soit 80 chèvres) afin d'assurer une production de lait suffisante lorsque les autres chèvres sont taries. Cela permet d'avoir du lait toute l'année, notamment en fin d'année (décembre-janvier), période où les chèvres sont normalement taries. Le lait issu de ces chèvres en lactation longue est acheté plus cher par la fromagerie (environ 200 €/tonne de plus).

Les chèvres aptes à la lactation longue sont sélectionnées parmi celles qui produisent au moins 2,5 litres de lait et qui présentent un faible taux de cellules somatiques.

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L'EARL Roy, située à Sainte-Maure-de-Touraine, pratique la lactation longue depuis plus de 15 ans dans le but d'étaler sa production laitière et de commercialiser des fromages toute l'année, répondant ainsi à la demande de ses clients, notamment avant les fêtes de fin d'année et pendant les vacances d'été. Cette pratique permet également de diminuer le nombre de chevreaux au moment des mises-bas, en raison de la baisse de la valeur du chevreau.

À l'EARL Roy, environ 70 chèvres sur 100 à 120 sont maintenues en lactation longue chaque mois, ce qui permet de lisser la production laitière sur l'année, avec un volume de 9 000 à 12 000 litres de lait par mois. Selon Ludovic Roy et Tristan Bureau, les lactations longues ont permis de gérer 100 chevreaux à l'année et de constater une diminution de la mortalité, simplifiant ainsi le travail.

Initialement, les éleveurs sélectionnaient les chèvres produisant plus de 3 kg de lait par jour et ayant moins d'un million de cellules par millilitre de lait pour la lactation longue. Aujourd'hui, ils raisonnent au cas par cas. Toutes les primipares de l'EARL Roy réalisent une lactation longue de deux ans et sont ensuite privilégiées pour l'insémination artificielle. Les éleveurs enregistrent une fertilité globale d'environ 50 %.

Des réformes sont effectuées tout au long de l'année en fonction de la production laitière (inférieure à 1 kg de lait par jour) et du statut cellulaire (classement G/G*).

Conduite alimentaire en lactation longue

À l'EARL Roy, les chèvres sont réparties en deux lots (45 et 100 places), mais la ration alimentaire est la même pour tout le troupeau. Les chèvres reçoivent 400 g d'orge aplatie, 300 g de maïs et 75 g de tournesol. Les plus grandes productrices reçoivent une distribution supplémentaire de maïs lors de la traite. En été, les éleveurs distribuent du foin de luzerne et de ray-grass italien dans les râteliers, ainsi que 10 kg de matière brute par jour de luzerne et de trèfle violet en affouragement en vert.

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Défis et considérations liés à la lactation longue

Bien que la lactation longue puisse présenter des avantages, elle soulève également des questions importantes :

  • Renouvellement du troupeau: La lactation continue limite la possibilité d'élever le renouvellement, c'est-à-dire les femelles qui seront élevées au sein du troupeau pour produire du lait à leur tour. Certains élevages choisissent d'acheter leurs jeunes animaux pour renouveler le troupeau, mais il peut être difficile de trouver des animaux adaptés à leur propre territoire ou à leur mode d'élevage. La sélection intra-troupeau est importante pour l'adaptabilité à l'environnement, et la réduction du nombre de naissances peut limiter la diversité au sein du troupeau et de la race.
  • Bien-être animal: Il est essentiel de veiller au bien-être des chèvres en lactation longue, en leur fournissant une alimentation équilibrée, des soins vétérinaires réguliers et un environnement confortable.
  • Adaptabilité: La lactation longue peut ne pas être adaptée à tous les types d'élevage, notamment ceux situés dans des zones de pâturage pauvres en hiver, où les chèvres peuvent se tarir d'elles-mêmes.
  • Valorisation des chevreaux: L'élevage de chèvres laitières a conduit à un système où le chevreau est parfois considéré comme un sous-produit, séparé de sa mère dès la naissance et vendu à faible prix. Il est important de réfléchir à la valorisation des chevreaux, en encourageant la consommation de viande de cabri.

Autres pratiques d'élevage

Outre la lactation longue, d'autres pratiques sont couramment utilisées dans les élevages caprins :

  • Ébourgeonnage ou écornage: Cette pratique est généralement réalisée pour la sécurité des animaux et des éleveurs, en cautérisant la zone où pousse la corne chez les très jeunes chevreaux ou en coupant la corne à l'âge adulte sous anesthésie.
  • Contrôles vétérinaires: Des contrôles réguliers sont effectués par les services vétérinaires pour vérifier les conditions d'hébergement des animaux, la qualité de l'identification, l'état général des animaux et les soins vétérinaires apportés.
  • Prévention de la toxémie de gestation: En fin de gestation, le rumen de la chèvre est comprimé, ce qui peut entraîner une toxémie si l'apport énergétique est insuffisant. Il est recommandé de ne pas avoir de chèvres trop grasses ou trop maigres à la reproduction et de fournir une alimentation adaptée, en introduisant progressivement les fourrages de qualité et les concentrés avant la mise-bas.

Gestion de la santé et du bien-être

La santé et le bien-être des chèvres sont des facteurs déterminants dans le succès de leur lactation. Il est essentiel de fournir des soins vétérinaires réguliers, y compris la vaccination, le déparasitage et le suivi de la santé reproductive. En plus des soins vétérinaires, assurez-vous que les chèvres bénéficient d'un environnement propre, sec et bien ventilé. La propreté des aires d'alimentation et des aires de repos contribue à réduire le stress et à minimiser les risques de maladies. Offrez également un accès constant à de l'eau propre et fraîche pour maintenir l'hydratation des chèvres, ce qui est essentiel pour une lactation optimale.

Gestion de la reproduction et du troupeau

Une gestion efficace de la reproduction et du troupeau est cruciale pour assurer un renouvellement suffisant. Planifiez et groupez soigneusement les périodes de mise bas pour optimiser la production laitière et assurer un approvisionnement constant en lait. La sélection génétique peut également jouer un rôle important dans l'amélioration de la lactation des chèvres. Choisissez des reproducteurs de qualité qui présentent des caractéristiques favorables en termes de production laitière, de résistance aux maladies et de conformation corporelle.

Stimuler la lactation par la gestion de l'environnement

Pour optimiser la lactation des chèvres, il est important de stimuler leur production laitière par une gestion judicieuse de leur environnement. Créez un environnement calme et détendu qui favorise la relaxation et le bien-être des chèvres. De plus, assurez-vous de fournir des aires de repos confortables et bien entretenues où les chèvres peuvent se reposer et se détendre entre les périodes de traite. Un bon éclairage naturel ou artificiel peut également aider à maintenir un cycle de production laitière régulier en simulant les conditions naturelles.

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