L'univers des musées est en constante mutation. Autrefois perçus comme des sanctuaires immuables du savoir et du patrimoine, ils se réinventent pour répondre aux exigences d'un public en quête d'expériences interactives et de contenus actualisés. Cette transformation se manifeste notamment par une remise en question des expositions permanentes au profit d'approches plus flexibles et dynamiques.
La remise en question des expositions permanentes
Dans une société où l'éphémère et la nouveauté sont valorisés, la pertinence des expositions permanentes figées est de plus en plus contestée. La mission des musées a évolué, passant d'une simple conservation et transmission d'informations à un rôle de vecteur d'émancipation, de questionnement et d'ouverture d'esprit. Les expositions permanentes peinent souvent à remplir cette nouvelle mission, car elles ne parviennent pas à interagir avec un public dont les préoccupations évoluent rapidement.
On assiste ainsi à une diminution du nombre d'expositions permanentes, les musées hésitant à se projeter sur des périodes de 15 ou 20 ans. Cette tendance s'est amorcée dès les années 1970, avec des initiatives comme celle du Musée dauphinois de Grenoble, qui a opté pour des expositions temporaires de longue durée afin de fidéliser son public en renouvelant régulièrement les collections présentées.
L'essor des expositions semi-permanentes et temporaires
Aujourd'hui, le terme d'exposition "semi-permanente" est de plus en plus utilisé pour souligner le caractère évolutif de certaines présentations. C'est le cas, par exemple, au fort Saint-Jean (MUCEUM), où l'accrochage est renouvelé tous les 3 à 5 ans, et certaines pièces tous les 3 à 6 mois pour des raisons de conservation. Le Musée d'ethnographie de Neuchâtel a également adopté une approche similaire avec son exposition "L'impermanence des choses", qui prévoit le remplacement de modules entiers au fil des années.
Les expositions temporaires, quant à elles, offrent de nombreux avantages. Elles permettent aux musées de rester au cœur de l'actualité, d'approfondir des sujets spécifiques et de mener des recherches scientifiques variées, enrichissant ainsi leurs bases de données, leurs ressources et leurs partenariats. Elles favorisent également un roulement plus régulier des objets exposés, permettant la redécouverte de pièces oubliées dans les réserves. De plus, les expositions temporaires sont l'occasion d'engager des prêts auprès d'autres institutions, publiques ou privées, offrant au public la possibilité de découvrir des œuvres éparpillées qu'il n'aurait peut-être jamais pu voir autrement.
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La communication autour d'une exposition temporaire est généralement plus importante, reflétant le dynamisme du musée et la mise en place de nouvelles activités et événements.
Les défis et les compromis
Si les expositions temporaires présentent de nombreux atouts, elles impliquent également des défis importants. Le rythme effréné de leur enchaînement peut s'avérer coûteux, mobiliser énormément de temps et de personnel, et limiter l'approfondissement des recherches documentaires. De plus, il peut supprimer le temps nécessaire à l'évaluation et à la remise en question.
Wout de Vuyst, responsable du Département recherches et collections du STAM à Gand, souligne également que les expositions permanentes sont souvent privilégiées par les publics scolaires, car elles s'inscrivent dans leurs programmes. De plus, certains chefs-d'œuvre incontournables sont attendus par les visiteurs. Il note également qu'un pourcentage important des collections n'est pas inventorié, ce qui freine le roulement des objets dans les expositions.
La multiplication intensive des expositions temporaires pourrait également entraîner une mise en concurrence des institutions culturelles. Il n'est donc pas raisonnable de condamner les expositions permanentes, bien qu'elles puissent parfois être un frein à l'ouverture au monde de certains musées.
Différents compromis sont possibles pour démystifier l'image poussiéreuse des musées. Il est essentiel d'anticiper le changement dès la conception d'une exposition permanente. Si l'on opte pour des expositions temporaires, il n'est pas nécessaire d'adopter un rythme excessivement rapide.
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L'artothèque : Une nouvelle approche de la conservation et de la diffusion des œuvres
L'artothèque représente une approche novatrice de la conservation, de la restauration, de l'étude et de la communication des collections muséales. Elle se définit comme un organisme pratiquant le prêt d'œuvres d'art ou de reproductions. L'artothèque de Mons, inaugurée en 2015, se positionne comme un "musée des musées", réunissant près de 50 000 œuvres d'art issues des collections communales des différents musées de la ville.
L'artothèque offre aux visiteurs la possibilité de s'immerger dans les réserves et de découvrir les métiers de l'ombre gravitant autour des collections. Des technologies immersives et participatives, telles qu'un écran panoramique incurvé et des tables numériques, permettent aux visiteurs d'interagir physiquement avec les œuvres, de zoomer pour en découvrir les moindres détails et de suivre les différentes étapes de leur restauration.
L'artothèque de Mons est un lieu aux potentialités et à l'imagination sans limites, offrant une expérience unique et interactive aux visiteurs.
La mutualisation des réserves : Un enjeu majeur pour la conservation préventive
La mutualisation des réserves est un enjeu majeur pour la conservation préventive des collections muséales. Les musées de Neuchâtel, par exemple, doivent déplacer leurs collections non exposées dans des réserves communes afin de créer un pôle muséal de conservation. Cette initiative vise à stocker les objets dans les meilleures conditions possibles, en respectant les normes de conservation et en offrant un espace fonctionnel pour le personnel du musée et les chercheurs.
Les bâtiments anciens dans lesquels sont actuellement installées les collections ne permettent pas de garantir de bonnes conditions de conservation, notamment au niveau de la régulation de l'humidité et de la température, ainsi que de la sécurité globale. La mutualisation des réserves permet de pallier ces problèmes et d'assurer la pérennité des collections.
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