L'histoire de Charlotte Rosenberg est inextricablement liée à celle de sa famille, marquée par la fuite, la persécution et la résilience. De son enfance en Bessarabie à son rôle de mère protectrice pendant la Seconde Guerre mondiale, Charlotte a incarné la force et le courage face à l'adversité. Son héritage se perpétue à travers ses enfants et petits-enfants, qui continuent de témoigner et de lutter contre l'oubli.

Les Racines Bessarabiennes et l'Émigration à Paris

Charlotte Rosenberg, initialement prénommée Shifra, est issue d'une famille juive de Bessarabie, une région de l'Empire russe voisine de la Roumanie où les pogroms étaient monnaie courante. Face à la menace constante de violence et de persécution, sa mère, Idiss, quitte l'empire tsariste en 1912 pour survivre. Idiss émigre à Paris, emmenant avec elle ses enfants, dont Charlotte.

À Paris, Charlotte rencontre Simon Badinter, un jeune homme originaire de Moldavie. Simon avait été contraint de se faire marchand de chiffons à son arrivée à Paris, mais à force de travail, il était devenu négociant en fourrure dans les années 1930. Charlotte et Simon se marient et fondent une famille. Par souci d'assimilation, Charlotte abandonne son prénom d'origine, Shifra, pour Charlotte dès qu'elle avait posé ses valises à Paris. Ils auront deux fils, Claude et Robert. La famille est naturalisée française en janvier 1928.

L'Épreuve de la Seconde Guerre Mondiale

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant tragique dans la vie de Charlotte et de sa famille. En 1940, la famille Badinter n'échappe pas aux lois anti-juives. Comme de nombreuses entreprises, l'affaire de Simon Badinter est placée entre les mains d'un commissaire-administrateur non juif. La famille trouve refuge un temps à Nantes, puis à Lyon.

Le 27 octobre 1943, Charlotte et ses enfants, Lili, Robert et André, sont arrêtés à Roubaix car ils sont juifs. Les enfants avaient été placés quelque temps à l'abri des menaces d'arrestation mais pas suffisamment longtemps. Ils sont conduits en Belgique avant d'être déportés à Ravensbrück en décembre 1943 et leur père à Buchenwald. Lili Keller-Rosenberg, la fille de Charlotte, témoigne de cette période sombre dans son livre "Et nous sommes revenus seuls". Elle y décrit les conditions de vie inhumaines dans les camps, la faim, le froid, la maladie et la violence omniprésente.

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En février 1945, ils sont transférés vers Bergen Belsen où c'est encore pire. Leur mère attrape le typhus et quand le camp est libéré, les enfants rentrent seuls en France, sans nouvelles de leurs parents. Ils sont recueillis par de la famille puis emmenés pour être soignés sur la Côte Atlantique où leur mère les retrouve ; leur père ne reviendra pas. Simon Badinter est arrêté rue Sainte-Catherine, dans les locaux de l’Union générale des Israélites de France, une institution créée par Vichy en 1941. Simon ne reviendra jamais du camp d’extermination de Sobibor.

Malgré l'horreur et la souffrance, Charlotte fait preuve d'une force de caractère exceptionnelle pour protéger ses enfants. Lili Keller-Rosenberg souligne la figure maternelle, solaire et aimante, celle de Charlotte, la mère de Lili, qui a tout fait pour protéger et redonner du courage à ses enfants, même quand elle était à bout de forces.

L'Après-Guerre et l'Héritage de Mémoire

Après la guerre, Charlotte et ses enfants reviennent à Paris. Robert Badinter, devenu un avocat renommé et plus tard ministre de la Justice, se consacre à la lutte contre la peine de mort et à la défense des droits de l'homme. Sa propre histoire familiale, marquée par la persécution et la perte, le motive à se battre pour un monde plus juste et plus humain.

Lili Keller-Rosenberg, quant à elle, consacre sa vie à témoigner de son expérience dans les camps de concentration. Elle rencontre inlassablement les jeunes dans les écoles pour transmettre son message de tolérance et de paix. Elle a 88 ans et vit à Lille. Survivante des camps de la mort à 12 ans, elle nous conte son destin ainsi que celui de ses deux frères au coeur de la barbarie nazie.

En 2025, une cérémonie émouvante s'est tenue à Roubaix pour rendre hommage à la famille de Lili Keller-Rosenberg. Plusieurs Stolpersteine ont été posés devant leur dernier domicile roubaisien, en mémoire de Charlotte, Simon, Lili, Robert et André. Dans les archives de l’école Voltaire, où elle était rentrée à l’âge de 6 ans, les enseignants ont laissé, en juillet 1943, une appréciation à propos de la jeune Lili Rosenberg : « Bonne enfant, disciplinée, assez douée« . Quelques mois plus tard, elle était arrêtée et déportée, avec toute sa famille. 80 ans plus tard, c’est dans son école d’enfance que Lily était honorée par une fresque réalisée par Renaud Louchard, dévoilée devant le corps enseignants et les jeunes élèves qui lui avaient réservé une surprise en réinterprétant la chanson « Comme toi » de Jean-Jacques Goldman.

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