Le sentiment religieux, présent dans toutes les sociétés humaines, se manifeste de diverses manières. La religion peut être définie comme un culte rendu à une divinité, une relation ou une référence au sacré, auquel on attribue diverses significations. Pour une compréhension approfondie, il est nécessaire de confronter l'Évangile avec ce que certains appellent "l'arrière monde". Le contact des traditions entre elles et avec l'Occident, berceau du modernisme, a profondément modifié la Religion Traditionnelle Africaine (RTA), entraînant des changements positifs et négatifs dans les pratiques et les mentalités. Face à ces interférences, le syncrétisme et la prolifération des sectes sont inévitables. Cet article explore la conception de Dieu et de l'homme dans la RTA, les cosmogonies véhiculées, et les perceptions de Dieu qui en découlent.
L'Étymologie et la Définition de la Religion en Afrique
L'étymologie du mot "religion" est un sujet de débat depuis l'Antiquité. De Cicéron, qui la relie au verbe "religare" (relier), à A. Ernout et A. Meillet, qui préfèrent "religio", une dérivation de "religare", de nombreuses définitions ont été proposées. En Afrique, la religion imprègne tous les aspects de la vie, de la politique à la société et à la famille. La Religion Traditionnelle Africaine n'est pas moins importante que les religions dites révélées. Elle croit en un Dieu universel, créateur des hommes, de la terre et des fétiches, et en un au-delà pour les bons et les mauvais. La RTA possède une organisation cultuelle qui se déduit aisément de son panthéon religieux. Les prières dans la RTA sont adressées à l'Être Suprême, aux ancêtres et aux relais de l'Être Suprême. Le sacrifice, un élément essentiel de la prière, est l'un des rites les plus fondamentaux et permanents.
La Conception de l'Homme et le Désir de l'Absolu
Depuis les origines de l'humanité, de nombreuses définitions de l'homme ont été proposées. L'homme vit une expérience religieuse irréductible à toutes les autres expériences. Qu'est-ce que l'homme ? Quels sont le sens et le but de la vie ? Qu'est-ce que le bien et qu'est-ce que le péché ? Quelles sont l'origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Quel est le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence, d'où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ? Telles sont les énigmes cachées de la condition humaine, qui troublent profondément le cœur humain. Les hommes attendent des diverses religions la réponse à ces énigmes. Le désir de l'Absolu est inscrit dans le cœur de l'homme. Les religions permettent à l'homme d'entrer en contact avec la source du sacré, c'est-à-dire le sacré en tant que réalité transcendante et mystérieuse, présence divine invisible qui est le réel absolu, vivant et source de vie, qui répond à ses questions lancinantes. L'homme est toujours avide d'une spiritualité et d'une foi dans l'au-delà associée à la foi en cette vie. « Depuis l’âge de la pierre jusqu’à l’ère atomique, subissant détonants changements et de multiples métamorphoses, la religion vit indissolublement unie à l’esprit humain, à la culture mondiale. L’aspiration au bonheur est au cœur de l’histoire, comme de chaque existence personnelle.
Terminologie : Paganisme, Animisme et Religions Africaines
Les termes "paganisme" et "animisme" sont souvent utilisés pour décrire les religions traditionnelles africaines. "Paganisme" fait référence au début du christianisme, où les paysans des campagnes romaines non christianisées étaient appelés païens. "Animisme", de "anima" (âme), désigne la croyance africaine selon laquelle tout ce qui existe (objets, plantes, pierres, animaux, hommes) est animé par une force que certains ont nommée "âme". Ces termes, jadis employés par les anthropologues et les missionnaires, sont aujourd'hui considérés comme impropres pour désigner l'ensemble des pratiques religieuses ancestrales africaines. Une autre difficulté réside dans la question de savoir s'il faut parler des religions (au pluriel) ou de la religion africaine (au singulier). Les deux emplois sont possibles, selon que l'on veut mettre en relief la spécificité des pratiques religieuses de chaque peuple ou insister sur ce qui leur est commun.
Les Sources de la Religion Traditionnelle Africaine
Les sources de la RTA désignent les bases qui fondent son existence. Comme toute religion, la RTA a ses diverses sources de croyances. C'est l'ensemble de ces sources qui prouve l'existence d'un sentiment religieux parmi les peuples africains, avant et après l'arrivée du christianisme. Elles sont à l'origine du culte dans cette religion et montrent l'existence d'un Être Suprême, détenteur de toute vie.
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Les Noms et l'Être Suprême
Les noms sont tout d'abord des mots ou des conceptions indicatrices, désignant un être vivant, une chose, un esprit visible ou invisible et surtout l'Être Suprême. La grande variété des noms théophores que portent les individus au Togo par exemple le démontre clairement. Ils clament la présence de l’Être Suprême dans le monde : sa seigneurie et la qualité de ses interventions dans la vie des humains. Plusieurs clans et peuples composants le pays désignent de manière différente l’Être Suprême mais expriment le même sentiment envers Lui. Ainsi il est désigné par ‘’Mawu’’ chez les Ewé du Sud-Togo ; "εsso" chez les Kabyè du Nord-Togo ;’’ Yendu’’ chez les Moba du grand Nord-Togo ; ‘’Sangbandi’’ chez les Nawdba. Les individus issus de ces peuples portent parfois des noms en rapport avec cet Être Suprême. Les noms qui expriment la bonté, la bienveillance, la dépendance de l’homme et l’intervention de l’Être Suprême dans la vie de ces peuples sont nombreux et variés. A part ces noms d’exaltation et dépendance de l’homme à l’Être Suprême ; très souvent, dans des évènements douloureux, l’homme n’accuse pas son semblable injustement par rapport à son sort mais, il se tourne vers son créateur, comme source de son malheur, et s’exclame sous forme de pleurs, de lamentations, de prières, de supplications et d’abandon à sa volonté ; en termes de noms. D’autres noms que portent les individus ont trait aux divinités ou aux intermédiaires dans la RTA.
- En Ewé "Nagonou" (a trait à la divinité "Afa")
- "Husro (vi )" désignant grand homme ou petit homme
- ‘’Vodoussi’’ désignant la femme de Vodou ont trait tous à la divinité ‘’Héviésso’’.
Lieux de Culte, Symboles et Mythes dans la RTA
Les lieux de culte sont des espaces sacrés dans la RTA. Les intermédiaires dans la RTA se chargent d’orienter les offrandes des hommes jusqu’à l’Être Suprême. Ces lieux de cultes sont nombreux et variés selon les peuples et les milieux ; selon une aire culturelle à un autre. Quel que soit le peuple ou l’aire culturel circonscrit, ses lieux restent caractéristiques et déterminants lors des sacrifices.
Symboles
Selon le dictionnaire universel, un symbole est une représentation figurée, imagée, concrète d’une notion abstraite. Ainsi défini, il y a des symboles propres à une religion, à une culture, à une époque et à un système etc. Ainsi, dans la RTA, l’accent a été mis surtout sur le coté pratique et utilitaire des symboles. Dans la RTA, les symboles véhiculent le savoir, la connaissance des choses et des êtres, ce qui fait objet de crainte, de respect, de vénération et d’interrogation. Les symboles sont pleins de sens dans nos milieux : ils font connaître, enseigner et renseigner, initier, révéler et expliquer. Plus précisément les symboles représentent et remplacent l’Être Suprême et ses intermédiaires ici-bas. Ils avertissent les hommes par l’intermédiaire des médiateurs : devins, guérisseurs, prêtres (esses) traditionnels (elles) etc.
Au Togo par exemple nous avons : de petites pierres bien fixées sur une motte de terre, bien façonnée et arrangée, parfois cimentée, placée devant vestibule ou à défaut à l’entrée de la maison, symbolisent les descendants de toute la famille ; chacun des ancêtres étant symbolisé par une des pierres fixées. Et périodiquement, surtout quand le besoin se fait sentir ; l’on accomplit des sacrifices en ces lieux, pour demander leurs bienveillances ou leur confier des doléances de la famille. Ils sont les symboles des malheurs imminents ou signes de présences maléfiques dans la maison. Par ailleurs, la rotation d’une luciole pendant la nuit autour de la maison après 19 heures 30 est source d’information qu’on doit chercher chez un devin ; et accomplir ce qu’il convient de faire pour être en paix avec l’Être Suprême.
Mythes
Un mythe dans la culture est un récit légendaire transmis par la tradition, qui, à travers les exploits des êtres fabuleux (héros, divinité …) , fournit une tentative d’explications des phénomènes humains, naturels, est spirituels. Ainsi, les mythes font partis de la croyance dans la RTA ; car, rien n’est fait au hasard, dans le monde visible et invisible en ladite religion. Et cela devient source de respect, de vénération, d’adoration, de cultes et de sacrifices à partir de ces récits vraisemblables .Il ya des mythes liés à la nature, appelés mythes cosmogoniques, ayant un sentiment religieux. Certains mythes sont liés à la présence des esprits et de l’Être Suprême.
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Rites
Dans la RTA, les rites sont des règles qui régissent la pratique d’un culte particulier, selon les circonstances et le but poursuivis par les officiants. C’est ainsi que plusieurs rites initiatiques sont occasions de sacrifices ou offrandes aux génies (ancêtres et esprits) et à l’Être Suprême).Dans les événements heureux et festifs, les multiples cérémonies religieuses accompagnent les mutations profondes de chaque individu. Exemple : en pays Kabyè, les rites initiatiques Evala, Ezokpotu, kondontu… se remarquent chez les hommes depuis leur jeune âge jusqu’à leur maturité totale ; Akpéma chez les jeunes filles, est un rite qui leur permet de se prendre en charge et de fonder un foyer.
La Rencontre entre la RTA et le Christianisme
Après des siècles d’indifférence, de méfiance, voire de lutte contre les religions qu’elle rencontre sur le terrain dans sa mission, l’Église catholique s’est peu à peu résolue à tenir compte du patrimoine religieux des peuples auxquels elle annonce la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus -Christ. Selon le document post-Synodal Ecclesia in Africa, l’Afrique n’est pas vouée à la mort, mais à la vie! Il est donc nécessaire que la nouvelle évangélisation soit centrée sur la rencontre avec la personne vivante du Christ. Il est donc aussi ouvert à la pleine et définitive Révélation de Dieu en Jésus-Christ, Dieu avec nous, Verbe fait Chair.
Attitudes Positives
Depuis longtemps, la RTA comme les autres grandes religions ont été mal connues et mal appréciées des chrétiens. Vatican II nous invite à un regard neuf. Il faudra désormais avoir un esprit ouvert, capable d’accepter la prise en considération des valeurs que renferme la RTA. Pour cela, il faudra bannir les préjugés et considérer la RTA pour ce qu’elle est réellement ; la respecter dans ses caractéristiques et ses pratiques. La confiance est alors de mise : il faut passer d’une attitude de méfiance, voir de mépris à un regard positif et bienveillant sur ces croyances. Catholicisme et la RTA. Face à ce fossé, il n’y aura pas de concession pour la RTA.
Attitudes Neutres
L’objectivité devrait être la base des réflexions. Cette objectivité est souvent difficile mais entre la méfiance a priori et l’admiration naïve, il faudra essayer de « sentir » avec sympathie et lucidité la RTA. Le discernement devient alors le maître mot de cette entreprise. La RTA, comme nous le savons, constitue notre milieu d’origine et même de vie. En tant que chrétiens vivant dans cette situation, une bonne connaissance de la RTA est d’une importance capitale en tant que notre propre culture est à évangéliser. Futurs messagers de l’Évangile que nous sommes, il est nécessaire de s’intéresser aux valeurs culturelles et religieuses du peuple au milieu duquel nous serons envoyés. Comme le dit le père Eric Rosny, « tant qu’on aura pas évangélisé l’animisme, on aura pas commencé l’évangélisation de l’Afrique ». C’est seulement en connaissant ces Religions Traditionnelles souvent confondues aux coutumes que nous pouvons les confronter à l’Évangile. Ce processus d’inculturation du message évangélique dans lequel l’Afrique s’est résolument engagée ne peut être mené à bien sans un travail préalable de connaissance des valeurs culturelles et religieuses des peuples concernés. Aussi « le premier devoir du missionnaire en arrivant chez un peuple improprement qualifié de païen, écrit Pernot Placide est d’étudier sa religion. Les multiples considérations face aux Religions Traditionnelles Africaines ont varié au cours des temps et suivant les idéologies, du négatif au positif. Dans le passé, les Africains (au sud du Sahara) ont été considérés comme des peuples n’ayant ni culture ni civilisation ni religion, mais possédant quelques superstitions. Mais de nos jours, nous savons que cette considération ou mieux ce jugement de valeurs est une erreur étant donné que l’instinct religieux est commun à toutes les races humaines. Et, la préoccupation du surnaturel et du divin est une des tendances les plus universelles et les plus constantes de l’humanité.
Approche Philosophique de la RTA
Le domaine religieux ne fait pas exception à la réflexion philosophique car la philosophie en tant que système de pensée et de connaissance, englobe tous les domaines de la vie humaine. Ainsi, en retenant comme principe de base la raison (commune à toute la race humaine), nous retrouvons quelques éléments dans la RTA qui pouvaient constituer l’objet d’une étude philosophique. Ainsi, comme 1er élément, nous pouvons parler de la conception d’un être transcendant, créateur de la « creatio ex nihilo et suggesti » et dispensateur de toute chose, désigné comme un moteur chez Aristote, le moteur qui fait mouvoir sans être mû, le principe sans principe (cf. Comme autre élément, nous pouvons évoquer aussi l’ordre du monde. Les Africains, ainsi, reconnaissent un ordre du monde. L’homme a une place dans cet ordre ; il ne doit pas chercher à y échapper, ni par le haut en abusant du pouvoir comme fait le sorcier, ni par le bas en se comportant comme des animaux par exemple en ayant des relations sexuelles contre nature. Les rites dressent des remparts contre le désordre : il convient de respecter les règles de dépendance par rapport au monde des esprits (monde des ancêtres et des êtres invisibles). La religion est un fait éminemment culturel. Sa pratique a des incidences sociales. Dans l’étude dela RTA, les êtres spirituels avec lesquels l’homme entre en contact apparaissent comme des garants de l’équilibre individuel, de l’ordre social et cosmique. La fonction de sécurisation s’observe sur le plan individuel. En effet, du culte rendu aux entités spirituelles découle cette croyance en leur activité protectrice. On croit à leur protection personnelle de ceux qui observent ses lois. Elles assurent par les satisfactions psychologiques, une sécurité morale et une paix de l’âme. Dans la RTA, il y a…
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