La chanson française, riche de son histoire et de ses évolutions, a connu un tournant dans les années 1980. La disparition progressive de figures emblématiques telles que Brassens, Brel et Ferré, conjuguée à l'arrivée de la gauche au pouvoir avec François Mitterrand, l'émergence des radios libres et le développement du CD numérique, ont profondément modifié le paysage musical. Cet article propose d'explorer les lignes de force qui ont rythmé la dynamique de création dans la chanson française depuis cette césure, en mettant en lumière des œuvres "de garde" qui, bien que parfois moins médiatisées, ont su concentrer des arômes complexes et caractéristiques.
Définir le Champ de la Chanson Française
Dans une perspective cantologique, il est essentiel de définir ce qui relève de la chanson française et ce qui en est exclu. La chanson se définit comme "un air fixé par des paroles", l'air étant une ligne mélodique facilement fredonnable. Cette définition exclut le rap et le slam, dont le phrasé plus rythmé que mélodique et l'articulation entre voix et instrumentation proposent une esthétique différente. De plus, si la chanson relève du modèle lyrique, le rap assume a priori le statut de porte-parole d'un groupe. La "chanson française" se limite à la production de France.
Les Quatre Axes de la Production Chansonnière Française
Pour comprendre la production française en chanson de ces trente dernières années, on peut distinguer quatre regroupements :
- Le parcours des artistes consacrés dont la dernière partie de l’œuvre a été produite durant cette période.
- Les artistes de la génération suivante, nés juste après guerre, entre 1944 et 1953, dont le succès a pris son essor dans les années 1980.
- L'arrivée au premier plan d'une forme de chanson métissée avec les musiques du monde.
- Le renouvellement de l'ancien courant de la chanson larmoyante dite "réaliste" au sein d'une esthétique souvent libertaire qu'on a aussi qualifiée d'“alternative”.
Ces regroupements permettent de faire apparaître des lignes de force entre les innovations de la période, les constantes d'ordre patrimonial qui continuent d'être vivaces, et leur intrication.
Charles Trenet : Une Résurrection Politique et Esthétique
Charles Trenet, né en 1913, a marqué une révolution dans l'orchestration de la chanson française en introduisant les syncopes du jazz. Considéré comme désuet dans les années 1960, il connaît une résurrection dans les années 1980, notamment grâce à la reprise de son vieux succès Douce France par le groupe Carte de séjour. Cette résurrection se traduit par une succession d'hommages et par la permanence d'un univers personnel sensible jusqu'au cœur de son dernier album, Les poètes descendent dans la rue.
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Deux chansons, Raspoutine et Pâte à papier, témoignent d'une vitalité inusable et d'une incroyable capacité de Trenet à écrire, composer et chanter de la même façon qu'à 25 ans. Chez Trenet, si l'on meurt souvent, ce n'est pas à la fin. Ce qui surgit de façon frappante, c'est bien ce rapport régressif et fasciné à l'image maternelle, et son corollaire, une agressivité marquée envers la figure du père.
Léo Ferré : Un Artiste Inclassable en Quête de Liberté
Léo Ferré, installé en Toscane depuis 1975, est une référence reconnue dans le monde de la chanson. Son refus des cloisons étanches l'a brouillé avec les critères marchands et l'a conduit à quitter la maison de disques Barclay. Il signe en 1980 avec RCA puis EPM, où il manifeste sa fécondité permanente et une cohérence artistique qui consiste à échapper à tous les classements génériques.
Ferré fait alterner les formules musicales, enregistre dans de multiples registres et s'ingénie à dépasser toutes les frontières du genre chanson pour le marier aussi bien à la poésie qu'à la musique dite classique. Durant cette douzaine d’années, Ferré enregistre pas moins de sept albums pour RCA puis EPM, où il manifeste à la fois sa fécondité permanente, et une cohérence artistique dont le fil rouge est précisément d’échapper à tous les classements génériques : de même qu’il fait alterner les formules musicales en jouant sur scène accompagné soit d’un seul piano soit d’une bande-son symphonique (après avoir expérimenté les réticences des producteurs aux concerts des années 1970 où il dirigeait un orchestre tout en chantant), de même, en créateur inclassable et inlassable, il enregistre aussi dans de multiples registres. Durant notre période paraît la version enrichie d’un ballet lyrique, La Nuit, qu’il avait composé en 1956 et qui devient en 1983 L’opéra du pauvre - dans lequel il incarne les voix de plus de vingt protagonistes. Dans d’autres directions, il publie une version, entre déclamation, psalmodie et oratorio, de La Saison en Enfer de Rimbaud (son ultime album, en 1991) ; ainsi qu’un disque entier consacré à des textes de Jean-René Caussimon (son vieil ami auteur de Comme à Ostende et Monsieur William).
La Berceuse Toscane : Un Thème Universel Revisité
Bien que l'article ne fournisse pas directement les paroles et la traduction d'une berceuse toscane spécifique intitulée "Papa va au café", il est possible de contextualiser ce thème dans l'œuvre de Ferré et d'autres artistes. La berceuse, genre musical universel, est souvent associée à la tendresse maternelle, à la sécurité et à l'apaisement. L'absence du père, évoquée dans le titre, peut introduire une dimension mélancolique ou critique, soulignant les absences liées au travail ou aux difficultés de la vie.
Dans l'univers de Ferré, cette absence pourrait être interprétée comme une critique de la société et de ses contraintes, qui éloignent le père de son rôle familial. La Toscane, lieu d'exil de Ferré, pourrait symboliser un refuge, un lieu de contemplation et de création, mais aussi un lieu d'éloignement et de nostalgie.
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