La prééclampsie est une complication de la grossesse qui se manifeste par une hypertension artérielle et une perte de protéines dans les urines. Cette pathologie, touchant environ 3 % des femmes enceintes, peut entraîner des complications rénales, hépatiques et cérébrales chez la mère, ainsi qu'un retard de croissance ou une prématurité chez le bébé. Cet article explore les risques associés à la prééclampsie, son diagnostic, les options de traitement, et les considérations importantes pour les grossesses suivantes, y compris le déclenchement et la césarienne.
Comprendre la Prééclampsie
La prééclampsie est une maladie gravidique, c'est-à-dire liée à la grossesse, qui représente une complication sérieuse mettant en danger la vie de la mère et du fœtus. Autrefois appelée « toxémie gravidique », elle est due à une malformation des vaisseaux sanguins du placenta. Cette malformation perturbe l'apport de nutriments et d'oxygène au fœtus, pouvant entraîner un retard de croissance. Chez la mère, elle peut provoquer des troubles de la coagulation sanguine et des lésions aux vaisseaux des reins, du foie et du cerveau.
Hypertension Artérielle et Protéinurie : Les Signes Distinctifs
La prééclampsie se caractérise par la présence, chez la femme enceinte, d'une hypertension artérielle accompagnée d'œdèmes (gonflements) et d'une perte de protéines dans les urines. Elle se définit par une tension artérielle supérieure à 14/9, qui survient après 20 semaines d'aménorrhée chez une femme n'ayant jamais eu d'hypertension par le passé.
Prééclampsie Sévère : Signes Évocateurs
La prééclampsie ne provoque pas toujours de symptômes. En revanche, l'hypertension artérielle, systématiquement associée à cette maladie, provoque des œdèmes (gonflements) des mains, des pieds et du visage notamment. Lorsque la prééclampsie est sévère, la patiente peut également ressentir des symptômes tels que :
- des maux de tête persistants ;
- des bourdonnements d'oreille ;
- la vision de taches noires ou lumineuses qui bougent (comme des mouches volantes) ;
- une douleur forte juste en dessous des côtes, en particulier du côté droit.
En présence de ces signes, le risque de développer une crise d'éclampsie s’accroît.
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Diagnostic de la Prééclampsie
Le diagnostic de la prééclampsie est posé chez une patiente enceinte qui souffre à la fois d'hypertension artérielle (tension supérieure à 14/9) et de la présence de protéines dans ses urines. Pour confirmer le diagnostic de prééclampsie, une analyse d'urines doit toutefois être réalisée, afin de rechercher la présence de protéines.
La prééclampsie est dite « sévère » et justifie une hospitalisation lorsqu'il existe certains signes de gravité, qu'ils soient :
- physiques (par exemple, une tension artérielle supérieure à 16/11, une aggravation des œdèmes ou une diminution de la quantité d'urine émise)
- biologiques (une augmentation de la quantité de protéines présentes dans les urines, une concentration sanguine d'urée élevée, des signes sanguins de souffrance du foie ou des reins, etc.)
- échographiques (un retard de croissance du fœtus, un volume de liquide amniotique insuffisant, une irrigation sanguine anormale des artères ombilicales ou cérébrales du fœtus, etc.)
Complications Possibles de la Prééclampsie
En France, la prééclampsie et ses complications comptent parmi les principales causes de décès maternel et fœtal. Outre la crise d'éclampsie, la prééclampsie peut donner lieu à de nombreuses pathologies chez la femme enceinte :
- L'hématome rétroplacentaire : Il s’agit d’un décollement prématuré du placenta, provoquant un hématome (poche de sang) entre le placenta et l'utérus. Ce phénomène douloureux gêne (voire interrompt) les échanges sanguins entre la mère et le fœtus. Une césarienne doit être pratiquée en urgence.
- Le syndrome HELLP (Hemolysis, Elevated Liver enzymes and Low Platelets count) : Il associe une destruction des globules rouges, des cellules hépatiques et des plaquettes sanguines. Dans ce cas, une césarienne doit également être réalisée au plus vite.
- Les autres complications maternelles : Il peut s’agir, par exemple, d’une coagulation du sang dans les petits vaisseaux sanguins (coagulation intravasculaire disséminée), d’une insuffisance rénale aiguë, d’une rupture hémorragique du foie, d’un accident vasculaire cérébral (AVC), d’un œdème aigu du poumon, ou encore d’un décollement de rétine.
Le fœtus peut, lui aussi, souffrir de problèmes liés à la prééclampsie, à savoir :
- un retard de croissance pendant la grossesse ;
- une souffrance aiguë lors d'un hématome rétroplacentaire ou d'une crise d'éclampsie ;
- une prématurité, parfois extrême, et ses conséquences potentielles ;
- un décès dans 2 à 5 % des cas (soit à cause du manque chronique d'oxygène et de nutriments, soit à la suite d'une complication aiguë).
Causes, Facteurs de Risque et Prévention
L'hypertension artérielle gravidique et la prééclampsie ne sont pas dues au stress ou à un excès de travail. Elles résultent d’anomalies de la formation des vaisseaux sanguins du placenta, l'organe qui permet les échanges nutritifs et gazeux entre la mère et le fœtus.
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La maladie est plus fréquemment observée en cas de :
- première grossesse ;
- faible exposition au sperme du père avant de tomber enceinte, par exemple du fait d'un changement récent de partenaire ou d'une contraception par préservatif (les spécialistes évoquent ainsi l'hypothèse d'une réaction immunitaire, déclenchée par l'exposition aux antigènes du père de l'enfant) ;
- antécédents de prééclampsie chez la patiente ou dans sa famille (mère, sœur) ;
- maladie préexistante (obésité, hypertension artérielle chronique, maladie rénale chronique, syndrome des anticorps antiphospholipides, etc.) ;
- grossesse chez une femme âgée de plus de 40 ans ;
- grossesse multiple.
La prévention de l'hypertension gravidique et de la prééclampsie réside avant tout dans la surveillance mensuelle de la femme enceinte. Elle consiste à prendre la tension artérielle et à réaliser un test d'urines pour y rechercher la présence de protéines. Ces mesures permettent de commencer un traitement au plus vite si nécessaire.
Prévention lors d'une Grossesse Suivante
Une femme qui a déjà présenté une prééclampsie a une chance sur quatre d’en souffrir à nouveau lors d'une nouvelle grossesse. En prévention, son médecin peut lui prescrire de l'aspirine à faible dose, dès la 12e semaine de cette nouvelle grossesse. Chez les femmes enceintes, l'aspirine doit TOUJOURS être prise sous contrôle médical (et jamais avant la 12e semaine d'aménorrhée).
Lorsqu'une prééclampsie a été diagnostiquée, la prévention d'une éventuelle crise d'éclampsie consiste à prescrire un traitement antihypertenseur et anticonvulsivant.
Traitements Prescrits
L'hypertension artérielle gravidique et la prééclampsie cessent après l’accouchement.
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Pendant la grossesse, en cas d'hypertension artérielle gravidique ou de prééclampsie sans complication, la patiente peut demeurer à son domicile. Elle doit alors rester couchée sur le côté gauche, afin de faciliter l'arrivée du sang au placenta. Elle reçoit également un traitement contre l'hypertension artérielle.
Si la maladie est grave, la patiente est hospitalisée et doit également rester couchée sur le côté gauche. Elle prend un traitement contre l'hypertension artérielle, voire un médicament pour prévenir les convulsions. Jusqu'à la 34e semaine d'aménorrhée, des corticoïdes (dérivés de la cortisone) lui sont également administrés. Ils favorisent la maturation des poumons du fœtus, ce qui est préférable en cas de naissance prématurée.
Déclenchement et Césarienne
Une césarienne est réalisée en urgence au moindre symptôme d'aggravation chez la mère ou le fœtus. En cas de pré-éclampsie sévère, la conduite à tenir dépend de l’âge gestationnel. Après 34 SA, il est recommandé de provoquer la naissance par déclenchement ou césarienne selon le score de Bishop et l’urgence. Par contre, entre 24 et 34 SA, le plus souvent la poursuite de la grossesse est justifiée sous surveillance médicale pendant 36 à 48 heures afin de permettre la maturation pulmonaire fœtale par corticothérapie, le but étant d’atteindre le terme de 34 SA. En cas d’urgence majeure, il faut effectuer une extraction fœtale sans délai mais seulement après stabilisation de la patiente.
Prééclampsie et Grossesses Ultérieures : Témoignages et Espoir
De nombreux témoignages de femmes ayant vécu une prééclampsie sévère lors d'une première grossesse et ayant ensuite mené à bien une grossesse ultérieure sans récidive, ou avec une prééclampsie moins sévère, existent. Un suivi médical rigoureux, incluant la prise d'aspirine à faible dose, une surveillance accrue de la tension artérielle et des analyses d'urine régulières, est essentiel. L'hypnothérapie et le soutien d'associations de patientes peuvent également jouer un rôle important.
L'histoire de Léa, membre du bureau de l’association Grossesse Santé contre la pré-éclampsie, illustre bien cette possibilité. Après une éclampsie compliquée d’un HELLP syndrome lors de sa première grossesse, elle a bénéficié d'un suivi spécialisé et d'une hypnothérapie pour aborder sereinement sa deuxième grossesse, qui s'est déroulée sans complication.
Cependant, il est important de noter que chaque grossesse est unique, et le risque de récidive de la prééclampsie doit être évalué individuellement avec un professionnel de santé.
Recherche et Perspectives d'Avenir
Les recherches en cours visent à mieux comprendre les mécanismes de la prééclampsie, à identifier des marqueurs précoces de la maladie et à développer de nouvelles stratégies de prévention et de traitement. Des modèles précliniques, comme les souris transgéniques surexprimant le gène STOX1, permettent de progresser dans la connaissance de la maladie et de tester des voies thérapeutiques.
La détection précoce de la maladie reste un enjeu fondamental. Actuellement, les médecins disposent de marqueurs détectables à partir de 20 semaines de grossesse, c’est-à-dire avant l’apparition des symptômes, mais trop tardivement pour une administration précoce d’aspirine. Des pistes intéressantes se dessinent néanmoins avec les cellules immunitaires « T régulatrices » et l'étude des facteurs de risque génétiques.
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