La césarienne est une intervention chirurgicale courante, mais les techniques utilisées pour la réaliser évoluent. La césarienne extra-péritonéale, une approche qui gagne en popularité, est présentée comme une alternative moins invasive à la césarienne classique. Cet article explore les spécificités de cette technique, ses avantages potentiels, ses inconvénients et la perception qu'en ont les professionnels de la santé.

Césarienne extra-péritonéale : de quoi parle-t-on ?

La césarienne extra-péritonéale est une technique chirurgicale qui consiste à accoucher le bébé en contournant le péritoine, la membrane qui entoure les organes abdominaux, au lieu de l'inciser. L'idée est d'approcher le plus près possible d'un accouchement physiologique.

Dès le XIXe siècle, Louis-Auguste Baudelocque décrivait un abord extra-péritonéal, motivé par le taux de mortalité maternelle élevé lié à la césarienne à cette époque. Différentes techniques d’extrapéritonisation de la cicatrice utérine ont ensuite été développées, cherchant à éviter la contamination de la cavité péritonéale par du liquide amniotique infecté.

L’avènement des antibiotiques et la complexité technique relative de l’abord extra-péritonéal ont conduit à son déclin. Cependant, l'intérêt pour cette technique a été ravivé par la volonté de minimiser les traumatismes liés à la césarienne et de favoriser une récupération plus rapide pour la mère.

Comment se déroule une césarienne extra-péritonéale ?

Au début, la césarienne extra-péritonéale ressemble à une césarienne classique. L'intervention se déroule au bloc opératoire sous péridurale ou rachianesthésie, et l'obstétricien pratique une incision horizontale de la peau au ras du pubis.

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La différence majeure réside dans les étapes suivantes :

  1. Incision de l'aponévrose : Au lieu d'inciser l'aponévrose (la gaine des muscles abdominaux) horizontalement, le chirurgien l'ouvre verticalement sur le côté gauche, dans le même sens que les fibres musculaires.
  2. Contournement du péritoine : Le chirurgien contourne le péritoine au lieu de l'inciser, et passe en dessous pour accéder à l'utérus.

"Cela peut sembler des détails, mais cela permet à la maman de se lever, de marcher et de bouger sans douleur quelques heures après l'accouchement", précise le Dr Bénédicte Simon.

Les avantages potentiels de la césarienne extra-péritonéale

La césarienne extra-péritonéale est vantée pour ses avantages post-opératoires, notamment :

  • Moins de douleur : En ne sectionnant pas les muscles et en ne coupant pas le péritoine, cette technique serait moins invasive et moins douloureuse.
  • Mobilité accrue : L'incision verticale de l'aponévrose favoriserait une meilleure mobilité postopératoire de la mère.
  • Réduction des risques : En évitant d’ouvrir le péritoine, les organes sont à l’abri de toutes blessures éventuelles et d’une irritation liée au déversement du sang et du liquide amniotique. Il y aurait moins de risques d'infection et une reprise du transit intestinal plus rapide.
  • Participation active de la mère : La césarienne extra-péritonéale s'accompagne souvent de l'utilisation d'un petit embout en plastique appelé « souffleur de Guillarme ». La femme enceinte souffle dans cet embout pour expulser le bébé par le ventre grâce à la contraction des abdominaux, ce qui lui permet de participer activement à la naissance de son enfant.
  • Suites de couches plus simples : Les patientes ayant subi une césarienne extra-péritonéale ont généralement moins besoin d'analgésiques, ce qui réduit les risques de nausées et de chute de tension. Elles n'ont ni sonde urinaire, ni pansement, et leur transit est normal. Elles peuvent manger, se lever, prendre une douche ou s'occuper de leur bébé quelques heures après l'intervention.
  • Durée d'hospitalisation réduite : La durée d'hospitalisation est généralement réduite à 3 jours, voire moins dans certains cas.
  • Césarienne « bienveillante » : Cette technique s'inscrit dans une approche globale visant à limiter le traumatisme lié à la césarienne et à favoriser la rencontre entre la mère et son bébé.

Les inconvénients et les controverses

Malgré ses avantages potentiels, la césarienne extra-péritonéale suscite des controverses et des réserves parmi les professionnels de la santé :

  • Manque de données scientifiques : L'efficacité et la sécurité de cette technique n'ont pas été suffisamment évaluées par des études scientifiques rigoureuses. Certaines affirmations concernant la mobilité postopératoire, par exemple, n'ont pas été prouvées scientifiquement.
  • Complexité technique : La césarienne extra-péritonéale est une technique plus complexe à maîtriser que la césarienne classique. Elle requiert une formation spécifique et une bonne connaissance de l'anatomie.
  • Temps opératoire plus long : La césarienne extra-péritonéale peut prendre une dizaine de minutes de plus que la césarienne classique. Si le Dr Simon estime que cet allongement du temps opératoire est un faux problème lors d'une césarienne non urgente, il peut être un facteur limitant dans les situations d'urgence vitale.
  • Rareté de la pratique : La césarienne extra-péritonéale est encore très peu pratiquée en France. Seuls quelques gynécologues-obstétriciens la proposent, principalement dans des cliniques privées.
  • Appréhension des obstétriciens : Certains obstétriciens se montrent réticents à adopter cette technique, soit par manque de curiosité, soit parce qu'ils ne voient pas son intérêt face à la technique classique. D'autres peuvent être freinés par la nécessité d'une formation complémentaire et par la complexité de la technique.
  • Manque de données sur la répétition : Il existe peu de données sur la répétition de ce type de césarienne, où l’on aborde des espaces du corps pas si simples d’accès.

Césarienne extra-péritonéale : pour qui ?

La césarienne extra-péritonéale est généralement pratiquée lorsque l'accouchement a été programmé. Elle n'est pas recommandée dans les situations d'urgence vitale.

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Selon le Dr Simon, cette technique est applicable dans toutes les situations, à condition que les praticiens gynécologues-obstétriciens se forment à la technique.

La FAUCS : une technique française innovante

La « French AmbUlatory Cesarean Section » (FAUCS) est une technique de césarienne extra-péritonéale mise au point en France par le Docteur Denis Fauck. Elle se base sur une diminution des doses anesthésiques et une chirurgie moins invasive, permettant une autonomie précoce des patientes pour s’occuper de leur bébé après leur césarienne.

La FAUCS présente les spécificités suivantes :

  • Anesthésie plus légère : Les doses anesthésiques administrées en début d’intervention sont très inférieures à celles utilisées pour la césarienne classique.
  • Incision verticale de l’aponévrose : Le chirurgien réalise une incision verticale de l’aponévrose des grands droits (membrane très résistante qui enveloppe les muscles abdominaux) dans le sens des fibres musculaires, alors que dans la césarienne classique cette membrane est incisée horizontalement.
  • Contournement du péritoine : Le péritoine est contourné pour accéder à l’utérus, évitant ainsi de l’ouvrir.
  • Suture utérine spécifique : L’enfant est sorti par une petite incision de l’utérus qui est refermée par une bourse (comme en chirurgie cardiaque) permettant une meilleure rétractation de la cicatrice de l’utérus.
  • Utilisation du « Souffleur » : Les patientes utilisent le « Souffleur » de Luc Guillarme pour fournir une poussée progressive et répétée comme lors d’un accouchement par voie vaginale.
  • Peau-à-peau précoce : Le bébé est placé immédiatement dès sa naissance sur la peau de sa mère.
  • Présence du père : Le père est autorisé à assister à la césarienne.

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