Introduction

Cet article se propose d'explorer les concepts de castrations symboliques, l'utilisation de la tétine chez les bébés et leur signification dans le cadre de la psychanalyse. Il s'agit d'examiner comment ces éléments apparemment disparates sont liés par des dynamiques inconscientes profondes qui façonnent le développement psychique et la subjectivité.

Le contre-transfert et la relation thérapeutique

Dans son ouvrage "Le Contre-Transfert", Harold Searles met en lumière l'importance de la reconnaissance par l'analyste de ses propres sentiments primitifs, tels que la jalousie, la rage, la peur et les aptitudes symbiotiques. Ces sentiments, réactivés au contact du patient schizophrène, peuvent être utilisés comme outils pour comprendre et traiter les défenses du patient. Searles souligne que les réactions de transfert délirant du patient ont toujours un fondement dans la réalité et que l'analyste doit reconnaître ces noyaux de perception au lieu de maintenir une position inflexible. Une symbiose thérapeutique, soumise à l'examen analytique de l'analyste, est nécessaire pour une bonne ré-individuation du patient. Le patient peut ainsi exprimer son chagrin et sa culpabilité de ne pas avoir donné à la mère fragmentée la possibilité d'être une mère totale et satisfaisante. Le processus de ré-humanisation et de ré-individuation réciproques peut alors s'instaurer, permettant l'exploration des éléments d'identité subjectivement non humaines mis en acte dans le comportement.

Le mythe du héros et l'implication psychique de l'artiste

Otto Rank, dans son analyse du mythe de la naissance du héros et de la légende de Lohengrin, met en évidence l'importance des origines et de l'inceste non consommé. Richard Wagner, fasciné par le mythe de Lohengrin, y projette sa propre histoire et ses propres fantasmes. Wagner s'identifie à Lohengrin, l'artiste isolé dans sa tour d'ivoire, et cherche à retrouver/sauver la mère. Rank souligne que l'adulte crée des mythes au moyen d'un retour fantasmagorique à l'enfance, en imputant au héros sa propre histoire d'enfant. La question que soulève Rank est celle de l'imprégnation psychique de l'artiste dans son œuvre. L'analyse d'un artiste est-elle souhaitable au regard de son talent créateur ? Si l'analyse peut modifier la fougue créatrice, elle confère un champ de distanciation possible et de renouvellement dans la production.

Différences cérébrales et castration symbolique

La question de savoir s'il existe une différence entre le cerveau d'un homme et celui d'une femme est abordée par la science et la psychanalyse. La neurologie étudie le fonctionnement de l'organe, tandis que la psychanalyse s'intéresse aux comportements complexes qui se constituent pendant la petite enfance et permettent une sexuation spécifique de l'enfant au moment de la castration symbolique. Les neuroscientifiques s'accordent sur le fait que la performance du cerveau n'est pas liée à la quantité de neurones, mais à la qualité de ses connexions. Les seules différences biologiques avérées sont que le cerveau des garçons est de 8 à 11 % plus volumineux que celui des filles et que le cerveau des filles achève sa croissance plus tôt. Les différences observées entre les hommes et les femmes ne relèvent donc pas du biologique, mais de l'éducation et des attentes parentales et sociétales. La psychanalyse, quant à elle, ne s'occupe pas de l'organe "cerveau", mais de l'inconscient et du langage. La différence des sexes n'est pas inscrite dans l'inconscient, mais c'est le même signifiant, le phallus, qui compte. La castration est une opération symbolique qui façonne psychiquement le petit garçon et la petite fille, les dirigeant dans deux espaces différents qui impriment deux jouissances différentes : la jouissance phallique pour les garçons et la jouissance Autre, supplémentaire, pour les filles.

La castration et le complexe d'Œdipe

La castration symbolique est un concept central de la psychanalyse, lié au complexe d'Œdipe. Freud s'est inspiré des tragédies grecques pour élaborer ce concept, en référence à Œdipe, fils du roi de Thèbes, qui tua son père et épousa sa mère. Freud a compris qu'il avait éprouvé des sentiments d'amour envers sa mère et de jalousie envers son père. Dans le cadre de sa théorie de la libido, Freud utilise la notion de "stade" du développement de l'enfant : stade oral, stade anal et stade phallique. Au stade phallique, chaque enfant, garçon ou fille, ne connaît qu'un organe sexuel, le pénis. C'est le primat du phallus, car dans l'inconscient, il y a une absence de représentation du sexe féminin. Le garçon éprouve un sentiment de menace inconscient lorsqu'il constate une différence anatomique avec les filles. Cette phase est le moment culminant du complexe d'Œdipe où se met en place l'organisation de la libido.

Lire aussi: Jeux symboliques : exemples et définition

La tétine : objet transitionnel et substitut maternel

La tétine est souvent utilisée comme substitut culturel au corps à corps avec la mère. Pour un nourrisson, tout passe par la bouche. La tétine crée une relation et permet à l'enfant de puiser des ressources pour se réconforter. Cependant, son utilisation excessive peut poser problème et entraîner une dépendance. Il est important que les parents aident leur enfant à se sevrer de la tétine et à libérer sa bouche pour favoriser l'acquisition du langage. L'utilisation de la tétine peut être liée au stress des parents et à la difficulté de répondre aux besoins de l'enfant. Dans une société où les aides spontanées disparaissent et où il faut payer pour la nourrice ou la crèche, la tétine peut devenir un moyen de clouer le bec du bébé au lieu de l'écouter et de l'entendre. Il est important de supprimer la tétine de manière progressive et consciente, en comprenant que si l'enfant la réclame, c'est qu'il en a besoin.

Les pulsions et le nourrisson

Marie-Christine Laznik, s'appuyant sur Lacan et Freud, a particulièrement travaillé la question de la lutte contre l'autisme. Pour cela, elle a été obligée de reprendre les apports de Lacan concernant les pulsions et a poussé les choses avec la question du troisième temps pulsionnel. Laznik considère que la relation entre le nourrisson et l'Autre se constituerait d'abord pulsionnellement sur trois registres : les pulsions orales, scopiques et invoquantes. Laznik reprend le Séminaire XI de Lacan pour définir la pulsion. Lacan montre que la pulsion n'est pas liée à un besoin biologique, mais qu'elle articule le signifiant et le corps. La pulsion n'a pas de montée ni de descente, c'est une force constante. Le but est d'atteindre la satisfaction pulsionnelle qui consiste dans le bouclage d'une boucle à trois temps. Lacan distingue le besoin de la satisfaction pulsionnelle : aucun objet du besoin ne peut satisfaire la pulsion. Laznik insiste sur l'ajout par Lacan de la voix et du regard aux objets habituels de Freud que sont le sein et les fécès. La satisfaction de la pulsion orale consiste dans le bouclage d'un parcours à trois temps qui ne correspond pas à un étayage à partir d'un besoin alimentaire. Lacan introduit le surgissement du sujet de la pulsion au troisième temps. Ce sujet, qui est proprement l'autre, apparaît en tant que la pulsion a pu fermer son cours circulaire. Laznik précise que Lacan attribue à ce sujet le caractère de « premier à advenir », puisque avant son bouclage, la pulsion se manifeste sur le mode d'un sujet acéphale.

L'angoisse environnementale et l'éco-perversion

Silvia Lippi, relisant Freud à partir de Haraway, livre une réflexion sur les enjeux psychiques de la crise écologique planétaire. Au-delà de l'angoisse environnementale, elle découvre une nouvelle figure du désir, un désir éco-pervers qui invente sans cesse de nouveaux liens instituant de nouvelles durées. Lippi pose la question de savoir si l'angoisse environnementale est une angoisse comme les autres. Elle considère que l'angoisse environnementale n'est pas un symptôme (comme la phobie), mais un cauchemar, un cauchemar qui ne finit pas, un cauchemar dont on ne peut pas se réveiller. C'est cette expérience sans aucune issue envisageable qui est réellement traumatique. Lippi s'inspire du rêve de l'enfant qui brûle pour saisir cette dimension d'enfermement sans issue propre au traumatisme. Réalité et cauchemar se confondent, exactement comme dans la science-fiction. Le point le plus cruel qui ressurgit dans le rêve de l'enfant qui brûle et dans l'éco-angoisse est le sentiment d'impuissance qui accable le sujet face à la catastrophe advenue (la perte de l'enfant) ou imminente (la fin du monde).

Lire aussi: Vernon : entre géologie et culture

Lire aussi: Tétines Tommee Tippee : sont-elles adaptées ?

tags: #castrations #symboliques #tetines #psychanalyse

Articles populaires: