Introduction
Les troubles du rythme cardiaque, ou arythmies, chez l'enfant représentent un défi diagnostique et thérapeutique particulier. Leur fréquence est souvent sous-estimée, et leur présentation clinique varie considérablement en fonction de l'âge de l'enfant. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des troubles du rythme en pédiatrie, en abordant leur prévalence, les périodes à risque, les mécanismes sous-jacents, la présentation clinique, l'évolution, et les options de traitement.
Prévalence et Périodes à Risque
La fréquence exacte des troubles du rythme chez l'enfant est difficile à déterminer, car de nombreux cas paroxystiques peuvent passer inaperçus. On estime qu'environ 1 enfant sur 1000 à 2500 présente un trouble du rythme. L'enfant peut développer des troubles du rythme à tout âge, mais certaines périodes sont considérées comme plus à risque :
- Période périnatale : Les troubles du rythme peuvent se manifester dès les derniers mois de la grossesse, persister après la naissance ou être découverts pendant la période néonatale. Dans certains cas, un traitement transplacentaire avec des antiarythmiques peut être administré pour traiter les troubles du rythme fœtal.
- Âge scolaire (à partir de 5-6 ans) : C'est une autre période où les troubles du rythme sont fréquemment diagnostiqués, en particulier chez les enfants sans cardiopathie.
- Enfants atteints de cardiopathies congénitales : Ces enfants présentent un risque accru de développer des troubles du rythme, particulièrement en période post-opératoire, et ce, à tout âge.
Types d'Arythmies et Mécanismes
Les arythmies observées chez l'enfant varient en fonction de la présence ou de l'absence de cardiopathie sous-jacente.
- Enfants sans cardiopathie : Les troubles du rythme supraventriculaires sont les plus fréquents. Le mécanisme principal est la réentrée sur une voie accessoire, visible à l'ECG de base (syndrome de Wolff-Parkinson-White) ou non (voie accessoire cachée de conduction rétrograde exclusive). Ce mécanisme explique jusqu'à 80% des troubles du rythme dans les premières années de vie. La proportion de ces réentrées diminue avec l'âge au profit des réentrées intra-nodales, observées surtout après 6 ans. Les flutters, par macro-réentrée intra-atriale, sont rares, survenant surtout en période périnatale chez les enfants sans cardiopathie congénitale ou après une chirurgie cardiaque congénitale.
- Extrasystoles : Il est courant d'observer des extrasystoles supraventriculaires ou ventriculaires sur les monitorings avant l'accouchement ou lors des examens de maternité du nouveau-né. Les ESV peuvent être en salves soutenues, appelées RIVA (Rythme Idio Ventriculaire Accéléré), si la fréquence en QRS larges n'excède pas 10 à 15% de la fréquence attendue en rythme sinusal.
- Tachycardies ventriculaires (TV) : Elles sont rares et peuvent être confondues avec une tachycardie supraventriculaire avec aberration de conduction. La tachycardie fasciculaire gauche, qui touche les enfants dès 3 ans, est un exemple. Elle est souvent déclenchée par l'effort ou la fièvre et se caractérise par une tachycardie avec des QRS peu élargis et un aspect de retard droit, axe ascendant.
- Troubles du rythme post-chirurgie cardiaque : Moins fréquents chez l'enfant que chez l'adulte.
Présentation Clinique
La présentation clinique des tachycardies chez l'enfant dépend de son âge et de sa capacité à exprimer ses symptômes.
- Nourrissons et jeunes enfants : Les signes cliniques sont souvent discrets et difficiles à interpréter. Les parents peuvent signaler des difficultés alimentaires, un changement de teint, ou une apathie inhabituelle, qui peuvent indiquer un début d'insuffisance cardiaque.
- Enfants plus âgés : La plainte fonctionnelle est plus précise. Cependant, la description d'un « cœur qui tape fort et/ou vite » n'est pas toujours liée à un trouble du rythme paroxystique. L'interrogatoire doit préciser les circonstances de déclenchement, le contexte psychologique et familial, ainsi que le mode de début et de fin des accès.
Si l'anamnèse suggère un éréthisme cardiaque ou des symptômes de désadaptation cardiaque, l'ECG per-critique est essentiel pour confirmer le diagnostic. L'Holter ECG peut être utile en cas de symptômes quotidiens.
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Évolution Naturelle
L'évolution des troubles du rythme chez l'enfant diffère de celle observée chez l'adulte.
- Tachycardie par réentrée sur une voie accessoire (période néonatale) : Après un premier accès, l'enfant a une chance sur deux de refaire un nouvel accès dans la première année de vie. Ce risque diminue ensuite, avec une période de rémission de plusieurs années chez 90% des enfants. À l'adolescence, les tachycardies peuvent réapparaître chez certains. Le pourcentage de patients qui refont une tachycardie augmente avec la durée du suivi.
- Hyperexcitabilité atriale et ventriculaire néonatale : Elle a souvent une évolution spontanée favorable.
- Troubles du rythme débutant après les premières années de vie : Ils ont plus de risque de persister dans le temps.
Prise en Charge Thérapeutique
La prise en charge des troubles du rythme chez l'enfant dépend de l'âge, du type d'arythmie, de la fréquence des crises, de la tolérance hémodynamique et de l'évolution naturelle de la maladie.
- Traitement antiarythmique préventif (nourrissons de moins de 1 an) : Chez les nourrissons de moins de 1 an, qui ne peuvent pas décrire leurs symptômes et dont le risque de récidive de TSV par réentrée sur une voie accessoire est de 50%, un traitement antiarythmique préventif est souvent proposé. Les molécules les plus utilisées sont les bétabloquants, l'amiodarone et la flécaïnide. La prescription est adaptée au poids de l'enfant, nécessitant des préparations en pharmacie et un ajustement régulier de la posologie. Le traitement est généralement proposé pour une durée de 6 à 12 mois, couvrant la période la plus à risque de récidive. Passé cette période, le traitement peut être interrompu.
- Manœuvres vagales et traitement "minute" (enfants plus grands) : Pour les TSV de l'enfant plus grand, qui décrit des accès de tachycardies bien tolérés sur le plan hémodynamique, la prise en charge peut se résumer à l'enseignement des manœuvres vagales (manœuvre de Valsalva, expiration contre un obstacle, ingestion d'eau glacée, position du poirier). Si ces techniques sont inefficaces, un "traitement minute" peut être prescrit, consistant à prendre, en automédication, un comprimé de bétabloquant ou d'un autre antiarythmique pour faire cesser la crise.
- Ablation endocavitaire : L'ablation endocavitaire est techniquement possible à tout âge, même chez les nouveau-nés de moins de 2 kg. Cependant, les indications d'ablation chez les petits enfants sont exceptionnelles et réservées aux cas d'échec du traitement médical d'une tachycardie mettant en jeu le pronostic vital ou lorsque le contrôle de la tachycardie se fait au prix d'effets secondaires graves du traitement antiarythmique. Le rapport bénéfice/risque n'est pas en faveur de l'ablation chez le petit enfant en raison de l'évolution spontanée souvent favorable et du risque de complications plus élevé. Les indications d'ablation chez le petit enfant concernent donc exclusivement les troubles du rythme mettant en jeu le pronostic vital ou les substrats qui ne seront plus accessibles par voie endocavitaire après une chirurgie cardiaque (palliation de ventricule unique par dérivation cavo-pulmonaire totale ou annuloplastie risquant d'exclure une voie accessoire).
- Syndrome de Wolff-Parkinson-White : En cas de syndrome de Wolff-Parkinson-White, l'exploration endocavitaire avec option d'ablation est indiquée, que l'enfant fasse des accès de tachycardie ou non, avant l'entrée au collège. Cette exploration complète l'épreuve d'effort, rarement contributive, et renseigne sur la période réfractaire antérograde de la voie accessoire et le risque potentiel de mort subite par transmission d'une fibrillation atriale en fibrillation ventriculaire. Le risque de fibrillation atriale chez l'enfant est exceptionnel avant cet âge, et c'est pourquoi la limite de 8-10 ans est retenue par la plupart des électrophysiologistes pédiatriques pour réaliser l'exploration. Au terme de l'exploration, la période réfractaire antérograde de la voie accessoire de base et sous Isuprel est renseignée, de même que sa localisation et l'inductibilité ou non de rythme réciproque. L'exploration peut être complétée par une ablation de la voie accessoire si celle-ci n'a pas une localisation à risque de complication, si elle est potentiellement dangereuse et/ou responsable de tachycardie. À l'opposé, une voie accessoire non dangereuse, dont la localisation est à risque ou qui n'est pas responsable d'accès de rythme réciproque sera respectée. En cas de voie accessoire "mal placée", potentiellement dangereuse et/ou responsable d'accès de tachycardie, l'ablation pourra être temporisée. Dans ce cas, l'enfant est placé sous traitement par flécaïnide jusqu'à ce qu'il ait atteint un gabarit permettant d'envisager l'ablation et que les risques de celle-ci aient été expliqués et compris par le patient et sa famille.
Syndrome de Wolff-Parkinson-White et Sport
En cas de syndrome de Wolff-Parkinson-White, la pratique du sport de compétition est déconseillée à partir de l'âge de 8-10 ans ou tant que l'exploration électrophysiologique n'a pas été effectuée.
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