Le Cameroun, pays d’Afrique centrale, se distingue par son exceptionnelle richesse linguistique. Cette diversité est le reflet de la mosaïque culturelle qui caractérise cette nation, où plus de 200 langues locales coexistent avec les langues officielles.

Un bilinguisme officiel hérité de l'histoire

Le Cameroun se distingue grâce à son bilinguisme officiel, héritage de son histoire coloniale. Depuis 1961, année de la réunification du Cameroun francophone et anglophone, le français et l’anglais jouent un rôle prépondérant dans la vie nationale. Cette politique linguistique a été mise en place au lendemain des indépendances, afin de trouver des instruments de communication entre les membres des nombreuses communautés linguistiques différentes. La Constitution du 18 janvier 1996, en son article 1er, alinéa 3, déclare « l’anglais et le français comme langues officielles d’égale valeur ». Plusieurs circulaires, lois et décrets encadrent et garantissent la mise en œuvre de ce bilinguisme officiel dans la vie publique.

Le français domine dans huit régions sur dix, principalement dans les zones francophones, où il est largement utilisé dans l’administration, l’éducation et les médias. L’anglais, quant à lui, prédomine dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’enseignement reflète ce bilinguisme officiel, les écoles dispensant leurs cours principalement en français ou en anglais, selon la région. Toutefois, la maîtrise de ces langues varie considérablement en fonction du niveau d’éducation et du milieu de vie.

La place des langues locales : un patrimoine à préserver

Au-delà du bilinguisme officiel, le Cameroun abrite une myriade de langues locales qui constituent le cœur de son patrimoine linguistique. Ces dialectes, souvent appelés langues maternelles, jouent un rôle crucial dans la préservation des identités culturelles. Ces langues ne se cantonnent pas à un usage familial. Certaines, comme le fulfulde, le beti-fang et le duala, ont acquis le statut de langues véhiculaires.

Reconnaissant l’importance de ce patrimoine, le gouvernement camerounais a initié en 2008 l’enseignement de certaines langues locales dans le secondaire. Cependant, les langues nationales camerounaises ne disposent pas encore de l’appareil institutionnel et pédagogique nécessaire (manuels, dictionnaires, littérature, formation d’enseignants qualifiés) qui permettrait leur réelle insertion dans le système éducatif. Le principal défi reste la multiplicité des langues nationales, qui rend difficile la sélection de quelques‑unes à promouvoir sans heurter des sensibilités communautaires.

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L'inventivité linguistique : pidgin-english et camfranglais

L’inventivité linguistique des Camerounais a donné naissance à des formes de communication uniques, véritables reflets de la dynamique culturelle du pays. Le pidgin-english, considéré comme un créole, s’est imposé comme langue véhiculaire majeure, particulièrement dans les régions anglophones. Cette langue hybride, née des échanges commerciaux, facilite la communication entre différentes communautés linguistiques. Le camfranglais, quant à lui, est le fruit d’un mélange audacieux entre le français, l’anglais et les langues locales. Populaire auprès des jeunes en milieu urbain, il incarne la fusion des influences linguistiques présentes au Cameroun.

Ces langues transformées ne sont pas de simples curiosités linguistiques. Elles jouent un rôle important dans la construction de l’identité nationale camerounaise, transcendant les divisions ethniques et linguistiques traditionnelles.

La complexité du paysage linguistique camerounais

La diversité linguistique du Cameroun ne se résume pas à une simple juxtaposition de langues. Elle reflète une réalité complexe où les espaces géographiques, les cultures et les pratiques linguistiques s’entremêlent. Dans les zones rurales, les langues locales restent prédominantes dans la communication quotidienne. Elles véhiculent des implicites culturels et des expressions idiomatiques propres à chaque ethnie. En revanche, les milieux urbains sont le théâtre d’une fusion linguistique remarquable. Ici, les langues officielles côtoient les langues véhiculaires et les parlers urbains comme le camfranglais.

Le multilinguisme camerounais se manifeste également dans la capacité de ses habitants à jongler entre différentes langues. La plupart des Camerounais sont au moins bilingues, maîtrisant leur langue maternelle et une langue officielle.

Les langues étrangères

Les élèves francophones, dès la quatrième du secondaire, apprennent des langues étrangères dénommées « langues vivantes 2 » telles que l’allemand, l’espagnol, l’italien, l’arabe et depuis quelques années le chinois. La présence de l’allemand est liée au passé colonial du Cameroun dont l’Allemagne est la première puissance colonisatrice. L’arabe fait partie des langues étrangères à cause des liens très étroits avec les pays arabes et les organismes tels que la Banque islamique de développement et la Ligue arabe. C’est d’ailleurs la seule langue étrangère dont l’enseignement commence dès l’école primaire. L’instauration du chinois est dû au fait que la Chine est devenue au fil des années l’un des premiers partenaires économiques du pays. L’espagnol est enseigné comme langue étrangère à cause de la proximité de la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole avec laquelle le Cameroun est frontalier et entretient des liens commerciaux très forts.

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La promotion des langues officielles : une priorité nationale

La promotion des langues officielles a toujours été l’une des priorités des pouvoirs publics camerounais qui a toujours prôné une administration bilingue. Il faut se rappeler la circulaire no 001/CAB/PM du 16 aout 1991 relative à la pratique du bilinguisme dans l’administration publique et parapublique dans laquelle on peut lire « Tout citoyen camerounais en général et, en particulier tout usager d’un service public et parapublic, a le droit fondamental de s’adresser en français ou en anglais à tout service public ou parapublic et d’en obtenir une réponse dans la langue officielle de son choix ». Le 24 décembre 2019, une loi sur la promotion des langues officielles au Cameroun a été promulguée, imposant à l’administration l’usage du français et de l’anglais. Auparavant, certaines administrations privilégiaient une langue au détriment de l’autre ; désormais, tous les agents publics doivent s’exprimer et travailler dans les deux langues. Au quotidien, les Camerounais qui sollicitent les services publics peuvent donc le faire dans la langue de leur choix, en étant assurés d’obtenir satisfaction.

La Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multilinguisme (CNPBM)

La CNPBM, placée sous l’autorité du président de la République et basée à Yaoundé, est chargée principalement du bilinguisme, bien que le multiculturalisme fasse également partie de ses missions. Celles‑ci incluent la soumission de rapports réguliers au président sur la promotion du bilinguisme, permettant ainsi de prendre des décisions visant à préserver la paix sociale. Elle mène des études pour identifier les problèmes liés à la cohabitation des langues officielles et reçoit les plaintes de citoyens victimes de discrimination linguistique.

Cependant, la CNPBM apparait plus comme une solution cosmétique face à un problème qui exige de profondes réformes de la gestion des langues du pays. Son action sur le terrain est loin de convaincre les populations qui, si elles n’ignorent pas totalement son existence pour la grande majorité, ont de la peine à comprendre son utilité tant elle apparait éloignée de leurs préoccupations quotidiennes.

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