Calimero, ce poussin anthropomorphe attachant mais malchanceux, est un personnage emblématique de la culture populaire. Facilement reconnaissable à son plumage noir et à sa demi-coquille d'œuf sur la tête, il est célèbre pour sa réplique favorite : « C'est vraiment trop injuste ! ». Mais derrière cette phrase culte et son allure de victime, se cache une histoire riche et surprenante.

Naissance d'une icône italienne

Contrairement à une idée répandue, Calimero n'est pas né au Japon, mais bien en Italie. Il a été créé en 1961 par Carlo Peroni pour la société "l'Organizzazione Pagot" des frères Nino et Toni Pagot. Sa première apparition date du 14 juillet 1963, dans une série de saynètes publicitaires pour la lessive Ava diffusées lors de l'émission télévisée italienne Carosello.

L'idée de départ était simple : Calimero est le seul poussin noir d'une portée de poussins jaunes. Rejeté et incompris, il tombe dans une flaque de boue, ce qui accentue sa couleur sombre. Sa mère ne le reconnaît plus. C'est alors que la lessive Ava intervient, le lave et lui rend sa « propreté » originelle. La morale publicitaire était claire : même les taches les plus tenaces ne résistent pas à Ava. Le personnage est alors présenté comme un « vilain petit canard » qui, grâce à la magie du produit, retrouve sa place.

De la publicité au dessin animé

Le succès de Calimero fut immédiat et fulgurant. Le potentiel du personnage était trop grand pour le cantonner à de simples publicités. Après la fin de Carosello, les créateurs décidèrent de lui offrir ses propres aventures. Calimero conserve alors ses attributs iconiques : sa couleur noire, qui n'est plus liée à la saleté mais devient sa caractéristique naturelle, et bien sûr, sa fameuse coquille d'œuf cassée sur la tête, vestige de sa naissance difficile.

En 1972, la popularité du petit personnage donne naissance à ses aventures TV en dessins animés (coproduction italo-japonaise) qui feront le tour du monde jusqu'à 1975 (série de 10 et 20 minutes). Ils évolueront dans une deuxième série (de 20 minutes) de 1992 à 1995, avec d'autres personnages (Les amis de Calimero) et un monde très différent des origines. Lors du premier épisode de la série, le poussin sort de son oeuf et garde une partie de la coquille sur la tête en guise de chapeau. Cette coquille blanche sera dorénavant l'un de ses signe gimmick, tout comme sa couleur noire (il restera noir dans la série TV…) et la phrase "c'est vraiment trop inzuste"!

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Un personnage attachant et complexe

Le caractère de Calimero se définit plus précisément. Calimero n’est pas un personnage négatif. Au contraire, il est généreux, curieux et plein de bonne volonté. S’il se plaint constamment, ce n’est pas par pessimisme, mais parce qu’il possède un sens aigu de la justice. Les situations qu’il dénonce comme « trop injustes » sont souvent de véritables petites injustices du quotidien que les enfants peuvent ressentir : une accusation à tort, une promesse non tenue, ou la moquerie de ses camarades.

La phrase fétiche de Calimero est le véritable cœur du personnage. Elle a trouvé un écho particulier en France grâce à la voix inoubliable de la comédienne Arlette Thomas, qui a également prêté sa voix à Titi dans Titi et Grosminet. Son intonation si particulière a grandement contribué à ancrer le personnage dans la culture populaire française.

Cependant, en réalité, en dépit de sa bonne volonté, il a toujours réuni les conditions du désastre (et de la punition) dont il se plaint. Caliméro est le souffre-douleur du canard et de sa bande. Anti-héros trop gentil et trop naïf, il se fait avoir par tout le monde. Heureusement que son amie Priscilla est là pour le consoler.

L'univers de Calimero et ses personnages

La série animée a permis de développer un univers riche en personnages secondaires qui viendront étoffer l’univers du poussin. Aux côtés de Calimero, les jeunes téléspectateurs font la connaissance de :

  • Priscilla : la petite amie de Calimero, un oiseau timide plein de bon sens.
  • Ambroise Galletoni : le Papa de Caliméro.
  • Maître Hibou : le professeur d'école.
  • Valeriano : un oiseau vert obsédé par la réalisation de films.
  • Susy : une cane toujours en pleine forme.
  • Pierrot : le copain de Susy, également un canard.
  • Rosella : la copine de Valeriano, un oiseau timide.

Calimero : un symbole de la société française ?

Calimero, qui avait été privé d'antenne pendant quinze ans, avait d‘ailleurs fait son grand retour dans les chaumières au début des années 90. Pour le sociologue Jean Viard, qui a publié Nouveau portrait de la France, nous vivons dans « une société de bonheur privé et du malheur public ». Le Français aurait le don de toujours voir les mauvais côtés des choses, comme le anti-héros du dessin animé créé par Toni et Nino Pagot, en 1962. Depuis la fin des années 80, le pessimisme serait même une seconde nature dans notre société.

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« La France est un pays profondément dépressif parce que le projet français est détruit depuis un quart de siècle poursuit le sociologue. Il y a une nécessité de produire un nouveau récit politique et collectif français. Le seul affrontement capital/travail, le moteur depuis la Seconde Guerre mondiale, n'est plus en phase avec notre temps.

Vingt ans plus tard, une nouvelle génération, née avec la crise, peut-elle se reconnaître dans le spleen de Calimero ? « Le bonheur diminue toujours après vingt ans, car le marché du travail casse le moral. Mais j'ai l'impression que les jeunes sont plus heureux qu'on veut bien le dire. Le fond du problème: les gens mettent sur le même plan le travail et la vie privée. Hors, les Français n'occupent que 10% de leur temps au travail.

« La France oublie qu'elle a de vrais atouts, comme l'industrie du luxe par exemple. Ça n'est pas innocent. Si le moral de la France est morose, celui de Calimero remonte doucement.

Le syndrome de Calimero

En psychologie, l'expression « avoir le syndrome de Calimero » désigne une tendance à se plaindre de manière excessive et récurrente, à se percevoir constamment comme une victime des circonstances et à rejeter la responsabilité de ses malheurs sur les autres. Bien que le personnage animé soit beaucoup plus nuancé, son nom est aujourd’hui utilisé pour décrire cette posture de victimisation.

Maria est un peu ce Calimero se plaignant sans cesse que tout est négatif et que ce n’est pas de sa faute. En coaching, on appelle cette posture le syndrome de persécution : quelqu’un se met à jouer un rôle de victime, persécutée par les autres, la vie, la malchance, et finit par croire que c’est là son identité ultime dont elle ne pourra jamais se défaire. Elle se dit que comme elle est une victime, elle peut se plaindre. Le fait d’être une victime signifie aussi que tout le mal qui nous arrive est dû à notre persécuteur. C’est donc une bonne excuse pour ne pas reconnaître ses responsabilités, et pour ne pas changer.

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