Introduction

La contraction musculaire est un processus biologique fondamental qui permet le mouvement et assure des fonctions vitales. Au cœur de ce mécanisme se trouve l'ion calcium (Ca2+), dont les fluctuations de concentration intracellulaire orchestrent l'interaction complexe des protéines contractiles. Cet article explore en profondeur le rôle du calcium dans la contraction musculaire, en détaillant les mécanismes impliqués, les acteurs moléculaires et les régulations qui permettent une fonction musculaire précise et adaptée.

Anatomie du Muscle Squelettique et Molécules Clés

Le muscle est un organe chargé de convertir l’énergie chimique en énergie mécanique. Le muscle squelettique est un assemblage de cellules musculaires qui regroupent des myofibrilles. Les myofibrilles sont constituées de protéines dont les glissements déterminent le raccourcissement du muscle, donc la contraction.

Le muscle contient une multitude de fibres excitables et contractiles. Ces fibres sont elles- mêmes constituées de milliers de myofibrilles, microfibres composées de filaments fins d’actine et de filaments épais de myosine. Les filaments épais sont constitués d’une queue et d’une tête de myosine.

Plus précisément, les éléments suivants sont cruciaux :

  • Actine : L’actine monomérique (ou actine G pour Globulaire) est une molécule globulaire de 42 kDa pouvant polymériser pour former des filaments (actine F pour Filamenteuse). Les filaments d’actine sont composés de deux chaînes linéaires qui s’enroulent l’une autour de l’autre pour former une double hélice.
  • Tropomyosine : La tropomyosine est une protéine allongée homodiégétique ou hétérodimèrique, chaque monomère étant constitué de 284 acides aminés adoptant une structure en hélice alpha s’enroulant l’une autour de l’autre pour former une super-hélice. Elle va se lier à l’actine en se logeant au creux des sillons de la double hélice formée par l’actine.
  • Troponine : À chaque extrémité d’une molécule de tropomyosine, soit un intervalle correspondant à 7 molécules d’actine, une molécule de troponine vient se lier avec la tropomyosine. La troponine est une molécule composée de 3 chaînes respectivement dénommées troponine-T, troponine-I et troponine-C.
  • Myosine II : La myosine II est une molécule allongée de 2 × 240 kDa composée de deux chaînes lourdes (environ 200 kDa chacune) et de quatre chaînes légères (environ 20 kDa chacune). Chaque chaîne lourde est constituée d’une queue C-terminale allongée et fibrillaire en hélice alpha, d’une tête globulaire N-terminale enzymatique à activité ATPasique associée à deux chaînes légères, et d’un domaine cervical déformable reliant les deux extrémités. Tête globulaire et partie cervicale forment la méromyosine lourde, la partie fibrillaire caudale formant la méromyosine légère. Les queues allongées de deux chaînes lourdes de myosine s’enroulent l’une autour de l’autre en une superhélice, les deux têtes globulaires se trouvant côte à côte. Plusieurs centaines de molécules de myosine II s’assemblent pour former un filament épais. Les parties caudales de ces molécules sont rassemblées parallèlement. Les têtes globulaires dépassent en périphérie de ce filament et sont donc disponibles pour pouvoir se fixer aux filaments d’actine. Les molécules de myosine étant disposées en deux groupes tête-bêche, la partie centrale du filament (correspondant à la strie M) est dénudée, c’est-à-dire dépourvue de tête globulaire.

Le Couplage Excitation-Contraction : Une Cascade d'Événements

La contraction musculaire est initiée par un signal électrique provenant d'un neurone moteur. Ce signal, appelé potentiel d'action, se propage le long de la membrane de la cellule musculaire (sarcolemme) et pénètre à l'intérieur de la cellule via un réseau de tubules transverses (tubules T). L’arrivée d’un potentiel d’action dans la terminaison nerveuse d’un neurone moteur déclenche la libération du neuromédiateur (de l’acétylcholine) dans la fente synaptique. Après diffusion dans l’espace inter synaptique, l’acétylcholine va se lier à son récepteur spécifique, le récepteur nicotinique de l’acétylcholine. Celui-ci est un récepteur canal cationique ouvert par la présence de son ligand. Son ouverture entraîne la dépolarisation locale de la membrane post-synaptique musculaire. Le potentiel de plaque excitateur ainsi généré va provoquer la naissance d’une vague de dépolarisation propagée sur tout le sarcolemme (membrane plasmique musculaire) correspondant à un potentiel d’action musculaire. Cette propagation est due à l’ouverture de canaux sodiques et calciques voltages dépendants selon un décours temporel précis. Les canaux calciques impliqués sont les canaux de type L, également appelés récepteurs aux dihydropyridines (DHPR), qui ont comme caractéristique d’être à inactivation lente (d’où le nom de canaux de type L, pour Late). Par ailleurs, la vague de dépolarisation pénètre au cœur de la cellule par l’intermédiaire des tubules transverses. Or, ceux-ci sont au voisinage immédiat des citernes terminales du réticulum sarcoplasmique au niveau des triades : les deux membranes sont distantes d’environ 15 nm.

Lire aussi: Mécanisme de la contraction musculaire

Libération du Calcium : Le Rôle du Réticulum Sarcoplasmique

Le réticulum sarcoplasmique (RS) est un réseau intracellulaire spécialisé qui sert de principal réservoir de calcium dans les cellules musculaires. Dans la membrane des citernes terminales du réticulum sarcoplasmique, on trouve le récepteur à la ryanodine (RyR1). Cette protéine est un canal calcique ayant une forme de trèfle à quatre feuilles qui arrive presque au contact de la membrane des tubules transverses. La dépolarisation de la membrane et l’augmentation de la concentration intracellulaire en calcium, due à l’ouverture des DHPR, va entraîner l’ouverture du RyR. Ce couplage, dont on ne connaît pas encore toutes les subtilités, fait intervenir une interaction directe entre le DHPR activé par la dépolarisation de la membrane et le RyR. Cette interaction, va entraîner l’ouverture du RyR, ouverture qui est également favorisée par le calcium et l’ATP. Cela dit, ce résultat est obtenu même en absence de calcium extracellulaire, montrant que la seule dépolarisation de la membrane plasmique suffit à provoquer l’ouverture du RyR. Dans la lumière du réticulum sarcoplasmique, le calcium est stocké à des concentrations pouvant atteindre 1 mmol.L-1. Il est en particulier lié à la calséquestrine, une protéine soluble spécifiquement localisée dans les citernes terminales du réticulum sarcoplasmique, qui est capable de lier à basse affinité un nombre important d’ions calcium (50 ions calcium par molécule de calséquestrine). Or, calséquestrine et RyR sont reliés par de la triadine, une protéine soluble. Cette organisation permet un stockage local d’importantes quantités de calcium.

Dans le muscle cardiaque, on trouve des isoformes spécifiques du RyR (RyR2 au lieu de RyR1 dans le muscle squelettique) et du DHPR. Leur organisation spatiale en est modifiée, la principale différence étant que ces deux canaux ne sont plus en interaction directe (même s’ils restent à proximité). La vague de dépolarisation qui parcours la membrane plasmique ouvre les DHPR. Des ions calcium extracellulaires entrent dans la cellule, provoquant une petite augmentation de la concentration intracellulaire en calcium. Cette augmentation va directement agir sur les RyR2, entraînant leur ouverture et la libération massive des ions calcium stockés dans le réticulum sarcoplasmique. Ce mécanisme est appelé « Calcium-Induced Calcium Release » pour « libération du calcium induite par le calcium ».

Le Rôle du Calcium dans l'Interaction Actine-Myosine

L’évènement déclenchant de la contraction musculaire est une augmentation de la concentration intracellulaire en calcium. Au repos, cette concentration est d’environ 0,1 μmol.L-1. Lors d’une stimulation, cette concentration peut grimper jusqu’à 0,1 mmol.L -1 soit une augmentation d’un facteur 1000.

La contraction musculaire correspond à un raccourcissement des sarcomères dû au glissement relatif des filaments d’actine et de myosine : les deux disques Z délimitant un sarcomère se rapprochent l’un de l’autre. Ce phénomène se produisant simultanément pour tous les sarcomères de la cellule, il en résulte un raccourcissement global de la cellule musculaire selon l’axe longitudinal. Lorsque la troponine C n’est pas liée à du calcium (et en présence de troponine T et de tropomyosine), la troponine I inhibe l’interaction actine-myosine en faisant occuper par la tropomyosine le site d’interaction de la myosine situé sur l’actine. La liaison de calcium sur la troponine C entraîne un changement de conformation de la troponine, ce qui déplace légèrement la tropomyosine qui lui est liée, démasquant ainsi les sites de liaison actine-myosine.

La suite des évènements peut, en première approximation, être découpée en quatre étapes :

Lire aussi: Physiologie de la contraction musculaire : l'importance du calcium

  1. Au repos, la myosine est couplée à de l’ADP et du phosphate inorganique (Pi).
  2. Le départ du phosphate inorganique, puis de l’ADP, va stabiliser la liaison actine-myosine et entraîner un changement de conformation de la myosine. L’angle que fait la tête de myosine avec la queue allongée va diminuer de 90° à 45°. Myosine et actine étant liées, ce changement de conformation va entraîner un mouvement relatif entre filaments fins et filaments épais.
  3. Enfin l’hydrolyse de cet ATP en ADP + Pi entraîne un changement de conformation de la myosine : l’angle formé par la tête et la queue de myosine revient à sa valeur initiale.
  4. Le raccourcissement des sarcomères est du à un cycle de liaison-dissociation entre actine myosine associé à des changements de conformation de la myosine. Ce cycle peut se reproduire aussi longtemps que la concentration en calcium reste élevée. A chaque fois, la myosine se fixe une peu plus près de l’extrémité « plus » du filament d’actine, c’est-à-dire plus près du disque Z. Comme la même chose se produit à l’autre extrémité du filament de myosine, les deux disques Z se rapprochent, ce qui correspond à un raccourcissement du sarcomère.

Relaxation Musculaire : Le Retour à l'État de Repos

L’augmentation de la concentration en calcium intracellulaire ne dure que quelques millisecondes. On estime que le temps nécessaire pour ramener le taux de calcium intracellulaire à sa valeur de repos est de l’ordre de 30 ms. La concentration en calcium diminuant, on a dissociation du calcium lié à la troponine C, ceci entraînant le rétablissement de l’inhibition exercée par la troponine I sur la liaison actine-myosine.

Source d’énergie

Pour fonctionner, le muscle a besoin d’énergie sous forme d’ATP. Cette ATP (Adénosine Tri Phosphate) est produite par le cycle de Krebs, dans la mitochondrie des cellules.

  • au bout de 40 minutes d’effort physique, les lipides sont utilisés.
  • lorsque toutes les autres sources d’énergie sont épuisées, se met en marche le métabolisme des protéines.
  • Lorsque l’influx nerveux arrive au muscle, des ions calcium pénètrent dans les cellules musculaires. Ils se fixent sur la troponine qui change de conformation et déplace la tropomyosine.
  • la fixation d’une molécule d’ATP sur la tête de myosine fournit l’énergie nécessaire à sa fixation sur l’actine. Puis la tête de myosine tourne et entraîne avec elle le filament d’actine. Les deux filaments coulissent l’un sur l’autre : le sarcomère se raccourcit. C’est à ce niveau qu’intervient le magnésium : il régule les entrées et sorties du calcium de la cellule.

Pour pouvoir maintenir une activité contractile, les molécules d’ATP doivent être fournies par le métabolisme aussi rapidement qu’elles sont dégradées par le processus contractile. L’ATP peut être de nouveau synthétisée à partir de la phosphocréatine (PCr) par la voie anaérobie alactique, ou voie des phosphagènes. La seconde voie de synthèse (anaérobie lactique ou glycolyse anaérobie) consiste en la dégradation du glycogène (forme de stockage du glucose) en acide pyruvique. Cette voie va permettre de synthétiser 3 molécules d’ATP à partir d’une molécule de glycogène (voir schéma). Ces réactions ne nécessitent pas la présence d’oxygène (plus exactement du dioxygène). Elles aboutissent à la formation d’acide lactique dont l’accumulation perturbe les processus contractiles.

Régulation de la Contraction Musculaire : Facteurs Intrinsèques et Extrinsèques

La contraction du muscle cardiaque isolé est étudiée par la relation liant force de contraction, vitesse de la contraction et longueur instantanée, ce qui définit, dans un espace tridimensionnel, une surface indépendante du temps représentant la contractilité qui peut être évaluée par un index (Vmax). Sur le coeur entier, la fonction ventriculaire peut être évaluée par la relation pression-volume télésystolique qui est théoriquement indépendante du remplissage ventriculaire et prend en compte la postcharge. La contraction est régulée par des mécanismes intrinsèques et extrinsèques (hormonaux et médicamenteux). Le principal mécanisme intrinsèque est représenté par la loi de Starling (augmentation de la contraction induite par une dilatation cardiaque). Il est dû à l’allongement des sarcomères et à une augmentation du niveau d’activation. Les catécholamines sont les hormones régulatrices principales. Au niveau cellulaire, elles agissent sur un complexe étroitement couplé associant le récepteur β-adrénergique, la protéine Gs et l’adénylate cyclase qui produit l’adénosine monophosphate cyclique (AMPc) qui active la protéine kinase A. Les médicaments principaux agissant sur la contraction sont les antagonistes des canaux calciques et les digitaliques qui bloquent la sodium-potassium ATPase.

Rev-erb‑α et Homéostasie du Calcium

En explorant les multiples processus dans lesquels intervient Rev-erb‑α, une protéine impliquée dans le fonctionnement de notre horloge biologique, des chercheurs ont décrit son rôle déterminant pour la régulation des flux de calcium, et donc pour le bon fonctionnement des cellules musculaires. Une découverte importante qui pourrait conduire au développement de traitements contre certaines maladies ou lésions des muscles.

Lire aussi: Rôle du chlorure de calcium

« L’activité de SERCA est normalement inhibée par une petite protéine, la myoréguline. Dans ce travail, nous avons observé que Rev-erb‑α réprime l’expression du gène codant la myoréguline », poursuit Steve Lancel, qui a codirigé l’étude. En utilisant une molécule capable de stimuler Rev-erb‑α, les chercheurs ont ensuite montré qu’il était possible d’augmenter l’activité de SERCA et d’accroître la concentration calcique dans le réticulum sarcoplasmique. Ces effets étaient associés à une amélioration de la contractilité musculaire chez des souris en bonne santé ou malades, qui modélisent la myopathie de Duchenne, ainsi qu’une amélioration de la contractilité de cellules musculaires issues de patients atteints par cette même maladie.

Pathologies Musculaires Liées au Calcium

Des maladies, telles que la myopathie de Duchenne, peuvent être la conséquence de défauts héréditaires dans la structure des muscles.

La myopathie de Duchenne, la plus connue des myopathies d’origine génétique, est liée à une mutation du gène de la dystrophine. L’anomalie de cette protéine de structure conduit à la détérioration, puis à la destruction progressive des fibres musculaire. Aussi, la maladie n’est pas directement associée à une dysfonction liée au calcium. Mais la preuve de concept que nous avons obtenue - in vitro avec les cellules musculaires humaines issues de personnes malades et in vivo avec les souris modélisant la maladie - permet de penser que la modulation de l’activité de Rev-erb‑α pourrait peut-être aider à améliorer la fonction résiduelle des fibres musculaires encore fonctionnelles dans l’organisme des patients.

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