Budapest, ville natale de Robert Capa, est un haut lieu de la photographie, riche d'une histoire complexe et d'une scène contemporaine vibrante. Cet article explore l'évolution de la photographie à Budapest, des pionniers qui ont marqué le XXe siècle aux défis rencontrés par les photojournalistes d'aujourd'hui, en passant par les expositions et les initiatives qui célèbrent cet art.

Les Pionniers Hongrois de la Photographie Moderne

La photographie moderne doit beaucoup aux nombreux Hongrois qui ont écrit tout un chapitre de l'histoire culturelle du XXe siècle. Des noms comme André Kertész, Brassaï, László Moholy-Nagy, Martin Munkácsi et Robert Capa ont quitté leur pays natal et changé de nom avant de voir leurs talents reconnus dans le monde entier en tant que pionniers du photojournalisme, de la photographie de mode et du surréalisme. Leurs perspectives uniques ont révolutionné cet art encore nouveau. Comme l'a dit Robert Capa en allusion au célèbre proverbe de Hollywood : « Il ne suffit pas d'avoir du talent. Il faut aussi être hongrois. »

  • Robert Capa (Endre Friedmann): Né à Budapest, Capa est devenu une légende du photojournalisme de guerre. Son courage et son engagement l'ont amené à couvrir les plus grands conflits du XXe siècle, de la guerre civile espagnole au débarquement en Normandie.

  • André Kertész: Reconnu pour son approche humaniste et ses compositions innovantes, Kertész a capturé la vie quotidienne avec une sensibilité unique.

  • Brassaï (Gyula Halász): Brassaï a immortalisé la vie nocturne parisienne, avec ses cafés, ses artistes et ses marginaux.

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Le Centre Robert Capa : Un Hommage au Photojournalisme Hongrois

Face à l’Académie de musique Ferenc Liszt et au conservatoire Béla Bartók, le centre de photographie contemporaine Robert Capa célèbre le travail des photojournalistes hongrois. Le Capa Center à Budapest est aujourd'hui le troisième musée à exposer en permanence l'œuvre de Robert Capa sous la bannière de l'ICP (International Center of Photography) où sont conservés les soixante-dix mille négatifs du photographe.

Après des mois de travaux, les échafaudages ont enfin été démontés devant l’immeuble qui abrite, depuis 2013, le centre de photographie contemporaine Robert Capa, plus connu sous le nom de Capa Center. Une rénovation rendue possible grâce à une subvention de plus de 2 millions d’euros versée par le gouvernement hongrois. « Il a fallut quatre ans de travaux interrompus par deux ans de Covid pour mener à bien ce projet architectural et culturel », explique Orsolya Kőrösi la directrice du Centre Capa qui fête, cette année, ses dix ans d’existence.

Désormais, ce sont 500m2 répartis sur deux étages qui accueillent 137 photos encadrées auxquelles s’ajoutent 400 autres clichés - dont plusieurs en couleurs - qui peuvent être vus sous forme de projection.

Une Rétrospective Émouvante de l'Histoire Hongroise

Au centre Robert Capa, trois salles sont dédiées à l’exposition des meilleures photos de presse des 40 dernières années. L’exposition propose quatre décennies d’histoire en photos, de l’ère communiste à l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Viktor Orbán.

En déambulant dans les salles de l’exposition qui, de manière chronologique, vont de la guerre d’Espagne à l’Indochine en passant par la Seconde guerre mondiale, Israël, l’URSS, le Japon, le Mexique, la Hongrie et Hollywood, on est (de nouveau) frappé par la pertinence de ses photos qui reflètent l’époque dans laquelle il évolue.

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Au fil de la déambulation, quatre espaces d’informations permettent de se familiariser avec la personnalité de Capa et de découvrir son œuvre à travers de nombreux outils interactifs, cartes, films, rares interviews radio, images et documents. « L’exposition est une combinaison de tradition et d’innovation, nous avons imaginé une exposition utilisant des outils multimédias dans un espace art nouveau », souligne Gabriella Csizek en espérant que les nouvelles générations ne connaissant pas encore Capa seront séduites.

La dernière image de l’exposition n’est pas signée de Robert Capa mais d’Elliot Erwitt, son confrère de l’agence Magnum que Capa avait fondée à New York en 1947 avec Cartier Bresson, George Rodger et « Chim ».

L'Exposition Permanente : Un Voyage Intérieur dans l'Œuvre de Capa

Depuis le 13 juin, en poussant la lourde porte de fer entourée des magnifiques vitraux colorés par le peintre impressionniste hongrois József Rippl-Rónai (1861-1927), c’est désormais Robert Capa, caméra au poing, photographié en 1937 par sa compagne Gerda Taro, qui accueille le visiteur. Dans le petit couloir qui mène aux salles d’exposition, le visiteur entre immédiatement dans le vif du sujet avec la planche contact des photos de Léon Trotski prise par Capa en 1932 à Copenhague (Danemark) où, lors d’un meeting, il harangue la foule avec fougue et détermination. Des photos rares de l’ex-dirigeant de l’Armée Rouge alors pourchassé par Staline. Ce fut le premier reportage commandé à celui qui ne s’appelait pas encore Capa.

Ainsi, même si l’on croit tout connaître des photos de Capa vues et revues dans les nombreux livres qui lui sont consacrés, on découvre toujours une photo que l’on n’avait pas remarqué ou qui était resté dans les cartons. On s’arrête à nouveau, comme si c’était la première fois, devant les images emblématiques de Capa prises pendant la guerre civile espagnole ou celles du débarquement à Omaha Beach. Il y aussi ces photos prises en Israël tout juste créé, et celles de la vie quotidienne en Union soviétique se préparant à la chute du rideau de fer. Sans oublier plusieurs portraits de femmes aimées et sublimées comme Ingrid Bergman et Gerda Taro dont l’ombre plane sur la cinquantaine de photos consacrées à la guerre d’Espagne. Parmi elles, les trois célèbres photos du milicien républicain Federico Borell Garcia - « The Falling Soldier » - fauché par une balle et dont le mouvement de sa chute se dessine habilement au sol dans un halo de lumière.

Il y a aussi la reproduction de « la valise mexicaine » récupérée en 2007 dans laquelle sont rangés 4500 négatifs de la guerre civile en Espagne appartenant à Capa, Gerda Taro et David Chim Seymour. Non loin, on découvre l’hologramme du Contax de Capa qu’il utilisait lors de ses reportages.

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Informations Pratiques pour Visiter le Centre Capa

Adresse : H-1065 Budapest-Terézváros, Nagymező utca 8.

Horaires d’ouverture : Mardi-vendredi : 13h-18h.

Billet plein tarif : 4 000 HUF.

Billet famille (2 adultes et leurs enfants de moins de 18 ans): 8 000 HUF.

Billet étudiant (pour les 6-26 ans avec une carte d’étudiant nationale ou européenne): 2 500 HUF.

Les Défis du Photojournalisme en Hongrie Aujourd'hui

Dans le pays de naissance de Robert Capa, il est difficile aujourd’hui d’être photojournaliste. Près de 100 ans après l’exil du photographe mythique, les pressions du gouvernement Orbán contre les médias mettent à mal la profession.

« Nous connaissons leur histoire, nous sommes fiers de ces photographes, mais aujourd’hui, prendre des photos est totalement différent », tranche un photojournaliste d’un média proche du pouvoir, qui souhaite rester anonyme. Pour ce photographe de la jeune génération, les grands noms comme Robert Capa ou André Kertész ne sont plus tellement des inspirations : « Aujourd’hui, les photographes sont bien plus inspirés par Instagram, pas par les anciennes icônes. »

Tamás Szigeti fait partie des photojournalistes exposés au centre Robert Capa, « une fierté ». À 66 ans, Tamás est maintenant photographe pour le département communication de l’Académie hongroise des sciences. Il immortalise des événements scientifiques et ses photos sont ensuite communiquées aux médias. « Pour ses événements officiels, le pouvoir choisit les photographes et journalistes qui ne vont pas leur causer de problèmes. Finalement, c’est plus facile d’être photojournaliste en Hongrie quand on est étranger. Quand vous êtes Hongrois et que vous n’êtes pas dans le listing des journaux “admis”, c’est très difficile », explique Daniel Psenny.

Pour les médias d’opposition, difficile d’assister à certains évènements ou poser certaines questions aux personnalités politiques. L’année passée, seuls les photographes de médias proches du gouvernement avaient accès aux hôpitaux pour couvrir la gestion de la pandémie. « Presque impossible » d’être photojournaliste dans les médias d’opposition assure Tamás Szigeti : « Durant la pandémie, ces médias ne pouvaient pas aller dans les hôpitaux. Seuls les photographes des agences de presse officielles pouvaient prendre des photos. » Pour les photojournalistes, ces obstacles mènent à « une forme de censure, puis d’autocensure » résume Daniel Psenny.

La Photographie et l'Architecture : Les Cours Intérieures de Budapest

Yves Marchand et Romain Meffre, deux photographes passionnés par l’architecture et le voyage, se sont rendus en Hongrie pour immortaliser les cours intérieures de la capitale Budapest. Budapest est une ville paradoxale, prenant ses sources architecturales dans l’art viennois, juifs et ottomans. Pour Yves et Romain, c’est un « ensemble descriptif de ce type très particulier d’habitat collectif et un témoignage de l’histoire mouvementée de la ville, de ses batailles, des changements de régimes politiques et économiques, de ses divers aménagements et des petites stratégies d’adaptation individuelle qui en résultent.

À travers ces clichés, les deux amis souhaitent nous faire réfléchir sur notre rapport à l’histoire, au progrès, à la mémoire et au temps qui passe. Ces cours intérieures encore habitées sont le reflet des différentes occupations qu’a subi la Hongrie, ce pays situé au cœur de l’Europe, entre les influences russes, turques, hellénistiques et germaniques. Toutes ces cultures ont laissé une trace indélébile dans l’architecture du pays, souvent méconnu en raison de son incohérence.

La Scène Artistique Contemporaine à Budapest

Aux prémices de l’été, Budapest bourdonne de multiples expositions artistiques qui traduisent une effervescence culturelle indéniable.

  • The Last Romantics: Du 3 avril au 31 juillet, l’exposition The Last Romantics est visible au Leo Bistro and Hotel Clark Budapest. Cette exposition captivante présente des photographies de Wanda Martin, dont le travail mêle magistralement les styles historique et contemporain.

  • Sylvia Plachy: Gifts from the 20th Century and Beyond: Le Centre de photographie contemporaine Robert Capa accueille l’exposition Sylvia Plachy : Gifts from the 20th Century and Beyond jusqu’au 31 août.

  • Budapest Photo Festival: Le Budapest Photo Festival propose également une exposition d’images de Peter Lindbergh, le célèbre photographe des top-modèles.

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