L'histoire est façonnée par des individus, qu'ils soient exceptionnels ou ordinaires, des acteurs inattendus partis de rien ou issus de dynasties établies. Parmi ces figures, Brutus se distingue comme un personnage historique robuste, dont l'histoire est marquée par l'utopisme et l'assassinat politique.
La polysémie du terme "histoire" à travers les mémoires
Entre 1815 et 1848, une multitude de Mémoires ont été publiés, remettant en question la richesse du mot « histoire ». La langue française, contrairement à d'autres, ne distingue pas clairement l'« histoire » de l'historien de celle du conteur de fiction, ce qui peut entraîner une ambiguïté. Pour pallier cette lacune, on utilise parfois la majuscule pour désigner l'histoire des historiens. Pierre Barbéris a même proposé un système de « trigraphie » pour distinguer « histoire (la réalité historique), Histoire (le discours des historiens) et histoire (le récit). » Cependant, cette confiance en la précision taxinomique pour régler les difficultés épistémologiques peut être perçue comme un idéalisme philosophique, soumettant l'histoire à une dogmatique politique.
Les mémorialistes, quant à eux, considèrent l'histoire comme un contexte prégnant, un récit auquel ils participent plutôt que comme un discours qu'ils tiennent. Leur séduction et leur discrédit se sont développés en jouant sur la diversité sémantique du terme « histoire » et en faisant valoir l'unité qui la sous-tend.
L'étude des Mémoires historiques amène à revisiter la question de la perméabilité entre l'histoire (le discours des historiens) et les histoires (le récit). Ces textes, situés à l'intersection entre « histoire » et « histoire(s) », offrent un point de vue propice pour envisager cette question. Le sort qu'ils réservent à la notion de vérité sera le fil conducteur de notre argumentation.
La vérité historique : entre sacralisation et perte de référentialité
Les Mémoires historiques insistent sur la nécessité de « rapporter tout ce que j'ai vu, tout ce que j'ai entendu » et de « révéler toute la vérité ». Ces proclamations, souvent présentes dans les préfaces et les avant-propos, sacralisent la vérité comme valeur et la rendent présente comme principe de discours.
Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso
Un rituel s'accomplit dans ces phrases solennelles : la vérité, à force d'être invoquée, est sacralisée comme valeur et rendue présente comme principe de discours. Ici comme ailleurs, la vérité est objet de serments : on reconnaît dans ces protestations un usage performatif du langage, dont la forme est directement héritée du modèle judiciaire. C'est en effet ce dernier (plutot que celui des sciences exactes) qui, dans les Mémoires, sert de référence pour penser la notion de vérité historique.
La vérité est ainsi associée à l'idée de justice, pensée en termes moraux et construite dans un rapport fiduciaire. Elle est établie comme une valeur fondée sur la confiance qu'arrive à susciter celui qui l'émet, et les prestations de serments sont là pour sanctionner cette valeur.
Le prétoire est par excellence le lieu où les mots sont gagés sur une pleine référentialité : par rapport à des faits passés dont les résultats sont constatés, les récits prennent la valeur de déposition. Ils engagent la responsabilité morale - et pénale - de leurs auteurs. Dans la deuxième moitié du xviiie siècle, le développement des mémoires judiciaires a perfectionné l’art narratif comme parole juridique.
Les Mémoires historiques transportent cette rhétorique dans le champ de l'histoire, qui se déroule dans l'attente d'un jugement, celui que la postérité prononcera au « temps de l'histoire ». La vérité est alors un « tout ou rien », un bloc sans nuances de doute, et le faux, son négatif, dessine nettement ses contours.
La vérité a également une valeur morale : à l'exactitude référentielle, elle joint la qualité morale (la vérité est bonne). Cette caractéristique supplémentaire lui vient de sa situation d'énonciation dans les Mémoires : articulée sur les exigences de l'expression à la première personne, la vérité historique d'un texte s'évalue selon les enjeux moraux qu'induit la notion de sincérité. Les implications judiciaires et morales ne sont pas démêlables : Fauche-Borel professe « l’amour de la vérité et l’horreur du mensonge ». Les auteurs de Mémoires ont tendance à faire valoir les injustices qu'ils ont subies pour obtenir d'être identifiés comme dépositaires de la vérité.
Lire aussi: Thibault Rabiet : son engagement dans l'édition
Brutus : de l'utopisme à l'assassinat
Brutus, dont le nom complet est Marcus Junius Brutus, est une figure emblématique de la Rome antique. Il est né en 85 avant J.-C. et est issu d'une famille noble, les Junii. Sa mère, Servilia Caepionis, était la maîtresse de Jules César, ce qui a contribué à forger un lien complexe entre Brutus et le dictateur.
D'une honnêteté intransigeante, il fait passer l'intérêt de Rome avant le sien. Prêt à se sacrifier afin de sauver la République, il accepte de rejoindre les conspirateurs pour abattre le dictateur.
Brutus était connu pour son intégrité et son attachement aux idéaux républicains. Il était un fervent défenseur de la liberté et de la justice, et il croyait que la République romaine était le meilleur système de gouvernement pour assurer le bien-être du peuple.
Cependant, Brutus était également un utopiste. Il avait une vision idéaliste de la République romaine, et il croyait qu'il était possible de restaurer l'ancienne gloire de Rome en éliminant les éléments corrompus et en rétablissant les valeurs traditionnelles.
Cette vision utopique de la République a conduit Brutus à participer à la conspiration contre Jules César. Brutus et les autres conspirateurs craignaient que César ne devienne un tyran et ne détruise la République. Ils pensaient que le seul moyen de sauver Rome était d'assassiner César.
Lire aussi: Le pilier de la vie de Julien Courbet
Le 15 mars 44 avant J.-C., Brutus et les autres conspirateurs ont assassiné Jules César lors d'une réunion du Sénat. Cet acte a eu des conséquences désastreuses pour Rome. L'assassinat de César a plongé la République dans une guerre civile, qui a finalement conduit à la fin de la République et à l'établissement de l'Empire romain.
Brutus a été vaincu et tué lors de la bataille de Philippes en 42 avant J.-C. Sa mort a marqué la fin de la résistance républicaine contre le Second Triumvirat, composé d'Octave, Marc Antoine et Lépide.
tags: #brutus #le #robuste #personnage #historique
