Introduction
Dans cet article, nous explorerons les relations complexes entre les systèmes techniques et le contexte socio-culturel, en nous penchant sur l'œuvre de Bruno Albertino et son analyse de l'art africain de la maternité. Nous examinerons comment les objets techniques, tels que les sculptures africaines représentant la maternité, participent à la construction de notre culture et comment chaque détail de ces objets reflète l'univers socio-économique dans lequel ils sont créés et interprétés.
Systèmes Techniques et Contexte Socio-Culturel
La relation entre la technologie et la société est souvent perçue comme un impact de la technologie sur la société. Cependant, cette vision simpliste pose plus de questions qu'elle n'en résout. D'où les objets tirent-ils leur énergie ? Comment décrire les propriétés du milieu social ? Il est nécessaire d'adopter une approche plus nuancée qui considère la technologie comme une construction sociale, où les choix techniques sont liés à des déterminations sociales telles que le milieu d'origine des innovateurs, leur formation, leurs relations sociales et leurs convictions.
Cette approche permet de caractériser des styles techniques et de retracer la genèse des formes prises par tel ou tel dispositif. Elle a l’intérêt majeur de défaire l’idée selon laquelle l’élaboration des objets techniques obéirait à une rationalité purement technique, l’intrusion de facteurs sociaux dans le processus d’innovation constituant alors une dégradation, un parasitage inacceptable, qui serait à l’origine des cas d’échecs et de dysfonctionnements des technologies.
À l'opposé de cette approche, on trouve un modèle qui fait de la technologie une construction sociale, où les choix techniques sont déterminés par des facteurs sociaux tels que le milieu d'origine des innovateurs, leur formation, leurs relations sociales et leurs convictions.
Sortir de l'Alternative Technologisme/Sociologisme
Un certain nombre d’études permettent fort heureusement de sortir de l’alternative laissée par les approches précédentes, qui, en les caricaturant, obligent à verser soit dans le « sociologisme », soit dans le « technologisme ». Ces différentes contributions, qui traitent de cas d’innovations techniques ou scientifiques, nous montrent des innovateurs naviguant sans arrêt en eaux troubles entre le social, le technique, l’économique etc, négociant les contenus mêmes de leurs innovations avec les acteurs qu’ils souhaitent enrôler, y incorporant les résultats des différentes épreuves qu’ils s’imposent, sachant changer de registre argumentaire en fonction des circonstances, de sorte que l’innovation y apparaît, selon l’expression devenue célèbre de Hughes, comme un « tissu sans couture » mêlant des éléments que l’on rapporte généralement à des catégories hétérogènes, comme le social, la technique etc.
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L'Anthropologie des Techniques
Nous nous attacherons à décrire un projet d’innovation - la conception, au Nicaragua, d’un système technique permettant de fabriquer des briquettes, destinées à la combustion, à partir des tiges de cotonnier - en montrant comment chaque choix technique se trouve au nœud entre des contraintes et des problèmes de nature très diverse. Mais, nous intéressant plus spécifiquement à la manière dont les objets techniques participent à la construction de notre culture, entendue au sens large du terme, nous essayerons de prolonger ce travail en direction de ce que l’on pourrait appeler une anthropologie des techniques.
Plus que de suivre strictement l’élaboration d’un système technique, il s’agira de montrer la genèse simultanée de l’objet et de son environnement : en découvrant les différentes machines et leurs composants, nous verrons apparaître des pans de société ou de géographie nicaraguayenne, de sorte qu’il ne devrait plus rester, dans cette description, aucun élément que l’on puisse rapporter à la catégorie du « contexte », c’est-à-dire qui ne soit pas en quelque sorte traduit par l’objet lui-même. De cette manière, nous espérons avancer vers une compréhension affinée des relations que nous entretenons avec les objets techniques et de la place que ceux-ci tiennent dans notre monde quotidien.
L'Art Africain de la Maternité comme Objet Technique
Les sculptures africaines représentant la maternité peuvent être considérées comme des objets techniques qui incarnent des valeurs sociales, des croyances religieuses et des connaissances techniques. Chaque détail de la sculpture, de la posture de la mère à la représentation de l'enfant, est porteur de sens et reflète l'environnement socio-culturel dans lequel elle a été créée.
Bruno Albertino et son Analyse
Bruno Albertino, à travers son analyse de l'art africain de la maternité, met en lumière la complexité de ces objets et leur rôle dans la construction de l'identité culturelle africaine. Il montre comment les sculptures ne sont pas de simples représentations esthétiques, mais des outils de communication, d'éducation et de transmission des valeurs.
De l’Idée au Problème
L’idée de l’utilisation des tiges de coton à des fins énergétiques est née de la rencontre, en 1982, entre le Beijer Institute, organisme suédois de recherche ayant des activités de coopération, et l’INE (Institut nicaraguayen de l’Énergie), institution dont les attributions sont semblables à celles d’un ministère de l’Énergie qui, de plus, se chargerait de la gestion du réseau électrique national et du développement des nouvelles sources d’énergie. Les objectifs du projet, tels que définis dans les documents récents, sont formulés de la façon suivante :« - utilisation d’une ressource agricole saisonnière, avec un pouvoir calorifique semblable à celui du bois et considéré habituellement comme un déchet ;- réduire la pression actuelle sur les ressources forestières avec substitution des tiges de coton au bois ;- substituer partiellement l’utilisation des dérivés du pétrole en utilisant un combustible solide, local et renouvelable.
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Le Choix du Coton
La culture du coton occupe une très grande place au Nicaragua : elle permet d’importantes rentrées de devises et, à ce titre, de larges superficies lui sont consacrées dans la partie occidentale du pays. Cette culture est caractérisée par un fort regroupement géographique et administratif (la taille moyenne des exploitations est élevée), et par une certaine abondance de ressources techniques du fait de sa totale mécanisation : aucun facteur limitant de ce côté-là à l’extension de la production de briquettes.
La Substitution au Bois
Comme nous l’avons vu plus haut, à l’origine du projet, ses promoteurs attendaient des briquettes de coton qu’elles permettent d’économiser à la fois sur la consommation en dérivés du pétrole et sur la consommation en bois ; cela aurait été rendu possible par la présence de ce nouveau combustible sur deux segments de marchés distincts :« À l’origine, on avait pensé aux petites et moyennes industries, en substitution au pétrole. Les briquettes auraient servi de combustible pour produire de la vapeur… Mais ce n’était pas faisable : il fallait changer les équipements de ces industries. On s’est tourné vers les petites entreprises de boulangerie et, plus généralement pour substituer au bois utilisé pour les activités domestiques. » (cadre de l’INE)
Comment Décrire l’Interaction Entre les Techniques et les Humains ?
Bien que sciences et techniques soient souvent associées dans le langage courant, elles présentent des physionomies fort différentes. Les sciences renvoient à l’extérieur du monde social et se veulent l’expression d’une vérité non soumise aux contingences de la vie humaine. De là un certain nombre de tâches que la sociologie des sciences s’est définies : l’analyse fine du travail du scientifique, la mise en évidence de l’hétérogénéité des ressources qu’il manipule et associe, la reconstruction des mécanismes par lesquels il étend le domaine de pertinence d’un savoir localisé jusqu’à lui faire atteindre le statut de vérité universelle et intemporelle…
L'Efficacité d'un Objet Technique
Or, c’est précisément à cet endroit que se joue l’« efficacité » d’un objet technique, dans ce clignotement incessant entre « intérieur » et « extérieur ». L’objet technique ne peut pas plus être confondu avec un dispositif matériel qu’avec l’ensemble des usages « remplis » par ce dispositif : il se définit très exactement comme le rapport construit entre ces deux termes.
Acteurs et Dispositifs en Train de Se Faire
La sociologie des techniques a montré depuis un certain temps déjà que, par la définition des caractéristiques de son objet, le concepteur avance un certain nombre d’hypothèses sur les éléments qui composent le monde dans lequel l’objet est destiné à s’insérer : ils définissent des acteurs avec tels ou tels goûts, compétences, motivations, aspirations, opinions politiques, imaginent telle ou telle évolution des mœurs, des techniques, des sciences, de l’économie etc. Une grande part de leur travail de conception consiste à « inscrire » cette (pré)vision du monde dans les contenus techniques de leur innovation. Nous proposons d’appeler l’aboutissement de ce travail « script », ou « scénario » : cette mise en forme technique, par le concepteur, de son point de vue sur les relations nécessaires entre son objet et les acteurs qui doivent s’en saisir se veut une prédétermination des mises en scène que les utilisateurs sont appelés à imaginer à partir du dispositif technique et des prescriptions (notices, contrats, conseils…) qui l’accompagnent. Mais tant qu’il ne se présente pas d’acteurs pour incarner les rôles prévus par le concepteur (ou en inventer d’autres), son projet reste à l’état de chimère : seule la confrontation réalise ou irréalise l’objet technique.
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