La législation sur l'avortement au Brésil est un sujet complexe et controversé, marqué par des débats passionnés et des enjeux éthiques, sociaux et politiques importants. Alors que le pays est témoin d'une lutte constante entre les forces progressistes et conservatrices, la question de l'accès à l'avortement reste un défi majeur pour les droits des femmes et la santé publique.
Cadre Juridique Actuel
La législation brésilienne en matière d'avortement date de 1940. Selon cette législation, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est considérée comme un délit. Cependant, la loi autorise l'avortement dans trois cas spécifiques :
- En cas de viol
- En cas de risque pour la santé de la mère
- En cas de malformations graves du fœtus
En dehors de ces exceptions, l'avortement est passible de peines d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à quatre ans.
Tentatives de Dépénalisation et Obstacles
En 2017, le parti Socialisme et Liberté (PSOL) a saisi la Cour suprême du Brésil en demandant la reconnaissance d'un droit constitutionnel à l'IVG. L'affaire a été examinée sous forme virtuelle, mais a été suspendue à la demande d'un magistrat. La reprise du procès en séance plénière présentielle est prévue à une date ultérieure.
Malgré les efforts de certains acteurs politiques et de la société civile pour faire évoluer la législation, les forces conservatrices, notamment les groupes religieux et les députés d'extrême droite, exercent une forte pression pour maintenir les restrictions actuelles, voire les renforcer.
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Offensive de l'Extrême Droite et Criminalisation des Professionnels de Santé
Après avoir subi une défaite publique avec le projet de loi "Antiaborto por Estupro", les députés de l'extrême droite conservatrice brésilienne ont réajusté leur stratégie. Désormais, leur cible est le professionnel de santé qui pratique l'avortement légal, et non plus la femme victime de viol. L'objectif est de criminaliser les médecins et de créer un climat de peur et de persécution institutionnalisée à l'encontre de ceux qui défendent la santé publique et les droits des femmes.
Le sénateur Eduardo Girão a présenté un projet de loi qui alourdit la peine encourue par les médecins pratiquant des avortements après la 22e semaine, même lorsque ceux-ci sont autorisés par la loi. Il propose également une peine maximale pour les médecins qui utilisent les méthodes recommandées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), comme l'asystolie fœtale.
Entraves à l'Accès à l'Avortement Légal
Même dans les cas où l'avortement est autorisé par la loi, les femmes rencontrent de nombreux obstacles pour y accéder. À Rio, des victimes de violences sexuelles se heurtent ainsi à des refus de soins et à des violences psychologiques. Le personnel médical est parfois obligé de proposer à la femme de voir l'embryon ou le fœtus par échographie avant l'opération. Celle-ci doit aussi « raconter en détail » ce qui s'est passé et risque des poursuites si elle ne peut pas prouver ses dires.
En outre, le maire de Rio a validé une loi qui prévoit l'installation, dans les établissements de santé de la ville, de panneaux porteurs de messages contre l'avortement, et même de fausses informations, associant par exemple l'IVG à un risque d'infertilité.
La "Vague Verte" en Amérique Latine et son Impact
Le Brésil est situé dans une région où la "vague verte", un mouvement féministe latino-américain en faveur de la légalisation de l'avortement, a pris de l'ampleur ces dernières années. L'Argentine, l'Uruguay, Cuba, la Colombie et le Mexique ont déjà légalisé ou dépénalisé l'avortement, ce qui met une pression supplémentaire sur le Brésil pour qu'il reconsidère sa législation.
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La vague verte est un mouvement social féministe plus large, qualifié de quatrième vague féministe latino-américaine et dont l’avortement est l’une des revendications principales. Les mobilisations nationales partagent des caractéristiques qui suffisent à expliquer l’ampleur de la vague : la dimension transnationale des revendications, la centralité du rejet de la violence contre les femmes et la revendication du droit à l’avortement.
L'Avortement et les Droits Humains au Brésil en 2024
En 2024, Amnesty International a publié un rapport sur la situation des droits humains au Brésil, soulignant qu'une proposition de loi risquait de compromettre l'accès à l'avortement. Le rapport met également en évidence les défis majeurs auxquels le pays est confronté en matière de droits économiques, sociaux et culturels, de droit à la santé, de droits en matière de logement et de travail, de droit à l'éducation, de liberté d'expression, de recours excessif à la force, de droits des enfants, d'impunité, de défenseurs des droits humains et de droit à un environnement sain.
Projet de Loi Durcissant la Législation sur l'IVG et Réaction de Lula
En juin, la Chambre des députés a adopté l'examen préliminaire d'un projet de loi qui prévoit des peines de prison pouvant aller jusqu'à vingt ans de réclusion pour des avortements pratiqués au-delà de 22 semaines de grossesse, même lorsque la grossesse résulte d'un viol. Le président Lula a vivement réagi contre ce projet, le qualifiant de "folie".
Des milliers de personnes ont manifesté au Brésil contre ce texte, scandant "Etre une fille, ce n'est pas être une mère". Les députés "défendent le droit du fœtus mais ne défendent pas le droit d'une fille à refuser de porter une grossesse issue d'un viol", a fustigé une manifestante.
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