Introduction

La question de l'avortement est un sujet sensible et complexe, marqué par des divergences d'opinions profondes. Au Royaume-Uni, le débat sur l'avortement s'inscrit dans un contexte historique, juridique et politique spécifique, façonné par la dévolution des pouvoirs aux nations constitutives et par l'influence d'événements internationaux. Cet article vise à explorer la position de Boris Johnson sur l'avortement, en tenant compte du cadre légal britannique et des évolutions récentes qui ont marqué ce débat.

Un Cadre Législatif Historiquement Différencié

L'histoire législative du Royaume-Uni en matière d'avortement est marquée par une absence d'uniformité entre les différentes nations qui le composent. L'Offences against the Person Act de 1861, qui criminalisait l'avortement, ne s'étendait pas à l'Écosse, qui conservait son propre système juridique. De même, l'Infant Preservation Act de 1929 ne s'appliquait qu'à l'Angleterre et au Pays de Galles, excluant l'Écosse et l'Irlande du Nord.

L'Abortion Act de 1967, qui a représenté une étape majeure dans la réglementation de l'avortement en établissant un cadre juridique permettant aux femmes de mettre fin à leur grossesse dans les premières 28 semaines de gestation, s'appliquait en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles, mais pas en Irlande du Nord. Cette loi ne dépénalisait pas l'avortement, qui restait une infraction pénale en dehors des conditions prévues par la loi. Cependant, l'esprit de la loi était souple et, dans la pratique, il était relativement facile d'obtenir la signature de deux médecins pour autoriser un avortement.

La Dévolution et l'Autonomie en Matière de Santé

La dévolution, un processus constitutionnel qui a débuté en 1998, a accordé une large autonomie en matière de santé à l'Écosse, au Pays de Galles et à l'Irlande du Nord. En conséquence, la législation relative à l'avortement a continué de diverger entre les différentes nations du Royaume-Uni. Aujourd'hui, une femme peut obtenir légalement une interruption de grossesse jusqu'à 23 semaines et 6 jours de gestation en Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse, mais seulement jusqu'à 11 semaines et 6 jours en Irlande du Nord.

Malgré cette autonomie, la question de l'accès aux soins et de l'égalité de traitement des citoyennes britanniques a été soulevée à maintes reprises à Westminster, sans jamais être reprise par les gouvernements successifs. La Cour suprême du Royaume-Uni a également été saisie de cette question en 2017, mais sans succès.

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L'Impact des Événements Internationaux

Le débat sur l'avortement au Royaume-Uni a également été influencé par des événements internationaux, tels que le référendum de 2018 en république d'Irlande, qui a abouti à la légalisation de l'avortement, et la décision de la Cour suprême des États-Unis en 2022 de renverser Roe v. Wade.

La décision de la Cour suprême des États-Unis a eu un impact particulier au Royaume-Uni, en raison de la proximité juridique et linguistique entre les deux pays. Elle a conduit à une augmentation de l'activisme anti-avortement et à des craintes quant à un retour en arrière ou à une application plus stricte de l'Abortion Act de 1967.

Les Craintes d'un Durcissement Juridique

Les craintes relatives à un retour en arrière ou une application plus stricte de l’Abortion Act semblent bel et bien fondées au vu de l’augmentation du nombre de poursuites engagées contre des femmes ayant tenté de mettre un terme à une grossesse en dehors du cadre prévu par la loi. La presse mentionne une hausse du nombre d’avortements qui figurent dans les statistiques de mesure de la criminalité en Angleterre et au pays de Galles. Ainsi, The Independent révèle qu’en 2012, seuls 8 avortements figuraient dans ces statistiques du ministère de l’Intérieur, là où 28 cas étaient recensés en 2020 et 40 en 2021.

Carla Foster est devenue le visage de ce durcissement juridico-légal en Angleterre au printemps-été 2023. En effet, cette mère de trois enfants, qui mit fin à une grossesse au‑delà du délai légal pendant le confinement de 2020, en mentant aux services de santé quant à l’avancée de sa grossesse, fut condamnée en première instance à une peine de prison de 28 mois en juin 2023. De nombreuses manifestations de soutien furent organisées, et Carla Foster fit appel de la décision. La décision de la Cour d’appel, rendue en juillet 2023, réduisit cette peine de moitié et la suspendit, mettant fin à sa détention de façon immédiate.

Par ailleurs, une note du département de médecine légale publiée en février 2023 demande à tous les personnels de santé de recenser les enfants mort‑nés et les signes de vie pouvant persister à la suite d’une interruption de grossesse. En réponse à cette recommandation, un certain nombre d’associations professionnelles et militantes ont pris position par écrit, en décembre 2023, pour s’assurer que les nouvelles recommandations en médecine légale ne se transforment pas en obstacles supplémentaires pour les femmes ayant recours à l’avortement au-delà du premier trimestre.

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La Position de Boris Johnson

Il n'est pas aisé de définir précisément la position personnelle de Boris Johnson sur l'avortement. Au cours de sa carrière politique, il a rarement pris position publiquement sur cette question, préférant adopter une approche prudente et pragmatique.

Certains éléments peuvent toutefois nous éclairer. En tant que membre du Parti conservateur, Johnson est généralement considéré comme appartenant à une tradition politique qui valorise la liberté individuelle et le droit des femmes à choisir. Cependant, il est également conscient de l'importance des valeurs morales et religieuses pour une partie de l'électorat conservateur.

Il est également important de noter que Johnson a dirigé le gouvernement britannique pendant une période marquée par des événements majeurs qui ont influencé le débat sur l'avortement, tels que le Brexit et la pandémie de COVID-19. Ces événements ont pu avoir un impact sur sa position personnelle et sur les politiques gouvernementales en matière d'avortement.

Il est crucial de rappeler que l’interruption de grossesse est l’une des procédures médicales les plus fréquentes chez les femmes (en moyenne, une femme sur trois en Europe y aura recours au cours de sa vie) et qu’elle est sans risque lorsqu’elle est pratiquée dans de bonnes conditions, comme celles recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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