Introduction

La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet de société majeur qui suscite de nombreux débats éthiques et sociétaux. Dans ce contexte, il est pertinent d'examiner la position de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre renommé, sur cette question, notamment à travers le prisme de ses travaux sur les 1000 premiers jours de l'enfant. Cette période cruciale, s'étendant du 4e mois de grossesse aux deux ans de l'enfant, est reconnue comme déterminante pour le développement cognitif, affectif et social de l'individu.

Boris Cyrulnik : Un Spécialiste de l'Enfance et de la Résilience

Boris Cyrulnik est un neuropsychiatre français reconnu pour ses travaux sur la résilience et le développement de l'enfant. Il a notamment dirigé une commission d'experts sur les "1000 premiers jours de l'enfant", dont le rapport a été remis au gouvernement. Ses recherches mettent en évidence l'importance de l'environnement affectif et social dans le développement de l'enfant, ainsi que la capacité du cerveau à se "reformater" en cas d'expériences négatives.

La PMA pour Toutes les Femmes : Un Débat Sociétal

Le projet de loi de bioéthique, qui ouvre la voie de la PMA pour toutes les femmes, a suscité de vives réactions en France. Promise par François Hollande et reprise par Emmanuel Macron, cette réforme sociétale vise à permettre aux femmes seules et aux couples de femmes d'accéder à la PMA, mettant ainsi fin au "tourisme sanitaire" et à une inégalité d'accès à la parentalité.

Cependant, cette mesure soulève des questions éthiques et des inquiétudes quant à l'impact sur le développement de l'enfant, notamment en ce qui concerne l'absence de père. Des voix s'élèvent pour défendre "l'égalité des droits pour tous les enfants" et mettent en garde contre une possible dérive vers la gestation pour autrui (GPA) pour les couples d'hommes.

La Position de Boris Cyrulnik sur l'Absence de Père

Interrogé sur la question de l'enfant qui grandit sans père, Boris Cyrulnik souligne l'importance pour l'enfant d'être entouré par plusieurs figures d'attachement, au moins deux. Il précise que, dans notre culture, ces figures sont traditionnellement la mère et le père. Cependant, il insiste sur le fait que la définition du "père" n'est pas figée et que la fonction paternelle peut être assurée par une autre personne que le géniteur.

Lire aussi: L'histoire inspirante de Boris Cyrulnik

Selon Cyrulnik, "ce qui compte, c'est qu'il y ait deux" figures d'attachement. Il explique que si deux femmes s'occupent d'un bébé, l'une des deux aura la fonction paternelle. De même, si une femme élève un bébé avec un autre homme que celui qui a fait le coup, l'homme qui n'a pas planté l'enfant aura une fonction paternelle. L'essentiel est d'ouvrir le champ sensoriel de l'enfant, pour qu'il apprenne à aimer sa mère et quelqu'un d'autre, afin qu'il ne soit pas prisonnier de l'amour de sa mère.

Les 1000 Premiers Jours : Une Période Cruciale pour l'Attachement et le Développement

Les travaux de Boris Cyrulnik sur les 1000 premiers jours de l'enfant mettent en évidence l'importance de l'attachement sécure pour le développement émotionnel et social de l'enfant. Un attachement sécure se construit grâce à la présence de figures d'attachement stables et disponibles, qui répondent aux besoins de l'enfant de manière cohérente et prévisible.

Dans le contexte de la PMA pour toutes les femmes, il est donc essentiel de veiller à ce que l'enfant bénéficie d'un environnement affectif et social stable et sécurisant, avec au moins deux figures d'attachement qui assurent les fonctions parentales. Cela peut être la mère et une autre femme, la mère et un homme, ou toute autre configuration familiale qui garantit le bien-être et le développement de l'enfant.

L'Importance de l'Environnement Social et de l'Accompagnement des Parents

Boris Cyrulnik insiste également sur l'importance de l'environnement social et de l'accompagnement des parents, notamment pendant la grossesse et les premières années de l'enfant. Il souligne que l'isolement social de la mère peut avoir des conséquences négatives sur le développement de l'enfant, en entraînant un attachement insécure et des difficultés d'adaptation ultérieures.

Il est donc essentiel de mettre en place des dispositifs de soutien aux parents, tels que l'allongement du congé parental, la création de groupes de soutien aux jeunes parents, et l'intervention précoce auprès des familles en difficulté. Cyrulnik propose même de s'intéresser au futur couple parental avant même le projet de bébé, afin de les entourer et de leur donner de l'aide avant même le projet de bébé. Une mère qui est isolée socialement sera malheureuse. Elle n’aura pas de plaisir à être avec son bébé. Il va grandir dans une niche sensorielle appauvrie. Cela entraîne à son tour un attachement insécure qui va grandement handicaper l’enfant ensuite, quand il entrera à la crèche ou à l’école. L’urgence, c’est donc d’aider les femmes enceintes, de les entourer, car ce sont les bébés qui vont en profiter. A la commission, nous voudrions que les pères soient plus présents dans les familles, pour qu’il y ait un meilleur partage des tâches parentales. Cela ne remplacera pas la famille élargie, mais sortirait la mère de son isolement.

Lire aussi: L'approche de Boris Cyrulnik sur l'enfance

Les Risques de la Surstimulation et l'Importance de la Sécurité Affective

Boris Cyrulnik met en garde contre les risques de la surstimulation des bébés, en soulignant que les pays d'Europe du nord prônent plutôt une sous-stimulation de l'enfant jusqu'à ce qu'il soit "sécurisé" dans son développement. Il évoque le fait qu'au Japon et en Chine, la surstimulation des bébés peut entraîner des performances intellectuelles stupéfiantes, mais à un prix humain exorbitant.

Dans le contexte de la PMA, il est donc important de ne pas sur-stimuler l'enfant, mais de lui offrir un environnement affectif stable et sécurisant, où il se sent aimé et protégé. La sécurité affective est essentielle pour le développement émotionnel et social de l'enfant, et lui permet de développer sa confiance en lui et sa capacité à établir des relations saines avec les autres.

La Violence Éducative et ses Conséquences sur le Cerveau de l'Enfant

Boris Cyrulnik souligne également les conséquences négatives de la violence éducative sur le cerveau de l'enfant. Il explique qu'un enfant qui observe la violence entre ses parents va voir son développement cérébral complètement altéré. De même, la violence qui s'exerce sur l'enfant, qu'elle soit physique ou verbale (humiliation, etc.), a des conséquences sur le cerveau.

Certes, il était nécessaire d’interdire ces pratiques, mais maintenant, il faut entourer les parents et les éduquer pour les aider à faire autrement. Ce n’est pas facile quand on a été soi-même élevé dans la violence, mais la bonne nouvelle c’est qu’une fois qu’on a fait cesser la violence, et qu’on a rétabli un attachement sécure avec son enfant, son cerveau - qui produit de nombreuses nouvelles synapses à chaque seconde - est capable de complètement se reformater, en 24 à 48 heures. C’est très rassurant, car tout est rattrapable.

Lire aussi: Épanouissement de l'enfant selon Cyrulnik

tags: #boris #cyrulnik #pma

Articles populaires: