L'arrivée sur le marché de bonnets de naissance "anti-ondes" a suscité un débat passionné, oscillant entre l'innovation rassurante et le marketing de la peur. Cet article explore l'efficacité réelle de ces produits, en s'appuyant sur des données scientifiques et des avis d'experts, afin de démêler le vrai du faux.
Le Concept des Vêtements Anti-Ondes
L'idée derrière les vêtements anti-ondes est simple : protéger le corps des rayonnements électromagnétiques émis par les appareils électroniques courants tels que les téléphones portables, les réseaux Wi-Fi et autres dispositifs sans fil. Ces vêtements sont généralement fabriqués avec des tissus contenant des fils métalliques, comme l'argent ou le cuivre, qui agiraient comme une barrière contre les ondes.
Petit Bateau et la Polémique du "Bébé en Mode Avion"
La marque Petit Bateau a récemment lancé une gamme de bonnets et de couvertures de naissance "anti-ondes", suscitant une vive controverse. La marque a mis en avant l'idée d'un "mode avion" pour bébé, coupant théoriquement toute exposition aux ondes. Cette initiative a été perçue par certains comme une exploitation de l'anxiété parentale et une forme de "fake med".
L'Argument de Petit Bateau et le Principe de Précaution
Face aux critiques, Petit Bateau a invoqué le principe de précaution, soulignant que des études suggèrent un impact potentiel de l'exposition quotidienne aux ondes sur le développement de l'enfant, en particulier pendant la grossesse et la petite enfance. La marque mentionne également que les tissus cérébraux des enfants absorbent davantage les ondes que ceux des adultes en raison de la finesse de leur crâne.
L'évaluation du Pouvoir "Anti-Ondes"
Selon Thierry Rafesthain, directeur de centre Emitech, les tests sont effectués sur des morceaux de tissu de 60 cm sur 60 cm dans une cage de Faraday. Une onde est transmise entre deux antennes, et la différence de transmission avec et sans le tissu est mesurée. Il est important de noter qu'il s'agit d'atténuation d'ondes, et non d'une protection totale. Petit Bateau avance un chiffre de 99 % d'atténuation, ce qui signifie une réduction significative, mais pas une élimination complète des ondes.
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Que Disent les Études et les Agences de Santé ?
L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un avis en juin 2016 sur l'exposition aux radiofréquences et la santé des enfants. L'Anses y évoque un possible effet des radiofréquences sur les fonctions cognitives et le bien-être, tout en soulignant que ces effets pourraient être liés à l'usage du téléphone mobile plutôt qu'aux radiofréquences elles-mêmes. L'avis conclut également que les données actuelles ne permettent pas de conclure à l'existence ou non d'un effet des radiofréquences chez l'enfant sur le comportement, les fonctions auditives, les effets tératogènes et le développement, le système reproducteur, les effets cancérogènes, le système immunitaire et la toxicité systémique. Il est essentiel de noter que le rapport de l'Anses est basé sur des études épidémiologiques analysées, dont certaines utilisent les données d'usage du téléphone mobile comme mesure de l'exposition aux radiofréquences.
L'Avis des Experts et les Nuances
Anne Perrin, spécialiste du risque électromagnétique, juge ces protections "totalement inutiles", rappelant qu'une réglementation existe pour l'exposition aux ondes électromagnétiques en France, adaptée aux enfants et aux bébés. Les mesures de champs électromagnétiques effectuées régulièrement par l'Agence nationale des fréquences montrent que les niveaux sont bien en dessous des seuils autorisés.
Cependant, Catherine Gouhier, co-fondatrice et présidente du Criirem, estime que ces protections pourraient ne pas être si inutiles, étant donné que la réglementation actuelle ne protège pas des effets à long terme de ces rayonnements. Elle rappelle qu'en 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé les champs électromagnétiques de la totalité des radiofréquences comme "possiblement cancérigènes".
La Vulnérabilité des Enfants aux Rayonnements
Il est important de noter que les enfants sont potentiellement plus vulnérables aux rayonnements que les adultes. Selon Catherine Gouhier, les rayonnements pénètrent davantage à l'intérieur du cerveau des enfants en raison de la plus grande quantité d'eau dans leur crâne. Un schéma du professeur Om P. Gandhi illustre cette différence de pénétration des ondes dans la tête d'un enfant de 5 ans, de 10 ans et chez un adulte. L'Anses souligne également la possibilité d'effets sur le bien-être et les fonctions cognitives des enfants.
Alternatives et Recommandations
Catherine Gouhier suggère d'autres mesures de protection, telles que des filtres à poser sur les vitres ou des peintures anti-ondes. Elle conseille également de désactiver la borne Wi-Fi la nuit et d'éloigner les babyphones d'au moins trois mètres de la tête du bébé. Elle insiste toutefois sur la nécessité d'une réglementation qui protège sur le long terme, plutôt que de se reposer uniquement sur des solutions individuelles coûteuses.
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Le Marché des Vêtements Anti-Ondes et le Syndrome d'Électro-Hypersensibilité
Le marché des vêtements anti-ondes est en pleine expansion, avec une multitude de produits disponibles, allant des bonnets aux caleçons en passant par les rideaux et les surmatelas. Certains vendeurs surfent sur la peur des ondes et la médiatisation du syndrome d'électro-hypersensibilité (EHS).
L'Anses souligne qu'un facteur important dans l'apparition du trouble d'EHS est l'effet nocebo, où la simple croyance qu'un danger est présent suffit à déclencher un trouble somatique. Ainsi, les objets anti-ondes pourraient, dans certains cas, entretenir et aggraver les troubles associés à l'EHS en poussant les personnes à se confiner dans des "zones sans ondes" et à s'isoler socialement.
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