L'alimentation des vaches laitières est un facteur déterminant pour la production de lait, la santé des animaux et la rentabilité de l'élevage. Une alimentation bien gérée permet de fournir aux vaches les éléments nutritifs nécessaires pour répondre à leurs besoins physiologiques et de production, tout en tenant compte de leurs particularités digestives. Cet article explore les bonnes pratiques en matière d'alimentation des vaches laitières, en abordant les différents aspects à considérer, des besoins nutritionnels aux stratégies d'alimentation, en passant par la gestion du stress thermique.

Besoins nutritionnels des vaches laitières

L'objectif de l'alimentation est de fournir à chaque animal les éléments nutritifs nécessaires pour satisfaire au mieux l'ensemble de ses besoins. Ces apports doivent lui assurer une croissance et une production optimales, tout en maintenant sa santé et ses capacités reproductives. En alimentation bovine, les besoins en eau ne sont pas à négliger. En production laitière, il a été prouvé qu’une restriction de 50% de l’abreuvement fait diminuer de 20% la production de lait !

Les ruminants ont des besoins alimentaires de plusieurs natures, qui peuvent se calculer par des formules mathématiques simples. Ils permettent alors d’adapter les rations distribuées aux caractéristiques de l’animal. Le métabolisme de la vache et ses déplacements entraînent des dépenses énergétiques, azotées, minérales et vitaminiques. Il est donc nécessaire de couvrir suffisamment ses besoins pour que son état de santé et ses performances zootechniques soient maintenus. La vache laitière a des besoins alimentaires variés : en énergie, en matières azotées, en minéraux et vitamines, et en eau. Quand ces apports alimentaires sont suffisants, la vache peut alors couvrir ses besoins d’entretien ; puis de production, qui se déclinent selon l’animal en besoins de croissance, de gestation et de lactation.

Besoins énergétiques

Les besoins en énergie permettent de maintenir la température de l’animal et d’assurer les fonctions vitales de son organisme. Pour couvrir les besoins en énergie, l’apport de glucides dans la ration est indispensable. Les lipides fournissent également de l’énergie. On peut citer différents glucides tels que les sucres simples et composés, l’amidon, la cellulose. Ces besoins s’expriment en unités fourragères chez les ruminants. L’unité utilisée est donc l’UFL en vache laitière pour Unité Fourragère Lait. 1 UFL correspond à l’énergie nette trouvée dans 1 kg d’orge, que peut utiliser l’animal pour alimenter son organisme en énergie. Les besoins d’entretien et de production sont régis par des formules mathématiques simples. Les besoins d’entretien d’une vache laitière sont donnés par la formule : BE (UFL /j) = 1,4 + 0,006 PV. Les besoins de production d’une vache laitière sont eux aussi donnés par la formule : BP = 0,44 UFL/L de lait ; à 4 % de matière grasse et 31 g de TP . Ils sont exprimés selon la quantité et la qualité du lait produite.

Besoins en matières azotées

Les besoins en matières azotées sont nécessaires dans la constitution de l’organisme et pour la production de l’animal. Pour couvrir les besoins en azote, l’apport de matières azotées dans la ration est indispensable. On peut citer les protéines, les peptides, les acides aminés, l’urée, etc. Les besoins en matières azotées des ruminants s’expriment en grammes de P.D.I. (protéines digestibles dans l’intestin). Cette unité détermine la valeur azotée de chaque aliment en termes de quantités d’acides aminés absorbés dans l’intestin grêle.

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Les besoins d’entretien d’une vache laitière sont donnés par la formule : BE (g PDI/j) = 95 + 0,5*PV. Les besoins de production d’une vache laitière sont eux aussi donnés par la formule : BP = 48 g de PDI /L de lait ;à 4% de MG et pour un TP = 31 g ; selon TP : 2 g de PDI / point de TP supplémentaire . Ils sont exprimés selon la quantité et la qualité du lait produite.

Les protéines qui arrivent dans l’intestin grêle proviennent de deux sources : les protéines non digérées dans le rumen : on les appelle les PDIA = les protéines digestibles dans l’intestin d’origine alimentaire les protéines créées par les microbes du rumen = les PDIM, les protéines digestibles dans l’intestin d’origine microbienne. La synthèse des protéines dans le rumen est permise par la présence d’ammoniac (fruit de la dégradation des matières azotées de la ration) et par la présence de l’énergie (produite par la digestion des glucides). Selon si l’ammoniac ou l’énergie est le facteur limitant, les aliments ont deux valeurs PDI : PDIN = PDIA + PDIMN PDIE = PDIA + PDIME

Besoins en minéraux et en calcium

Les besoins en minéraux permettent le bon fonctionnement de l’organisme car ils agissent comme des catalyseurs de différentes réactions chimiques. Une mauvaise couverture minérale peut être à l’origine d’une mauvaise croissance, d’un manque de production ou de problèmes de reproduction.

Les besoins d’entretien d’une vache laitière sont donnés par la formule : P abs (g/j) = 0,83 MSI + 0,002 PV Ca abs (g/j) = 0,663 MSI + 0,008 PV. Les besoins de production d’une vache laitière sont eux aussi donnés par la formule : 0,9 g de phosphore / kg de lait produit ; 1,25 g de calcium / kg de lait produit . Ils sont exprimés selon la quantité et la qualité du lait produite.

Besoins en eau

Un litre de lait contient 870 grammes d’eau. Cette donnée vous montre l’importance de la quantité d’eau à apporter à une vache. Au quotidien, une vache boit en moyenne 110 litres d’eau, selon son gabarit, sa production et sa température.

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Composants de la ration alimentaire

L'alimentation des ruminants se fait à l'aide de fourrages et de concentrés. Environ 80% des aliments consommés par les bovins sont des fourrages : principalement de l’herbe (sous différentes formes) et du maïs ensilé. En alimentation pour bovin, trois catégories d’aliments sont distribuées aux vaches : les fourrages, les concentrés, les compléments minéraux et vitaminiques (CMV). Pour calculer une ration cohérente en alimentation bovine, il est nécessaire de connaître précisément pour chaque aliment distribué : sa composition chimique, ses valeurs nutritives, son ingestibilité.

Fourrages

Pour l’alimentation des vaches, les fourrages constituent la base d’une ration, puisqu’ils apportent à la fois un encombrement du rumen et des valeurs nutritives à l’animal. Ce sont des aliments frais, ou conservés sous différentes formes, constitués des appareils aériens de plantes fourragères cultivées. On distingue différents types de fourrages :

  • Les fourrages verts : pâturage et affouragement en vert
  • Les ensilages
  • L’enrubannage
  • Les foins et les pailles

D’autres aliments, plus rarement distribués en alimentation bovine, sont considérés comme des fourrages, tels que les racines et tubercules : la betterave et la pomme de terre par exemple. Dans la majorité des élevages laitiers, les fourrages sont produits sur la ferme. Il est donc d’autant plus intéressant de maximiser cette part d’utilisation des fourrages dans l’alimentation des vaches.

Concentrés

Une ration est composée en grande partie de fourrages, aliments bon marché et riches en fibres, et peut être complétée ou non avec des concentrés. Les stratégies d'alimentation des vaches laitières sont le plus souvent basées sur le fourrage disponible sur l'exploitation complété par des concentrés produits ou non sur l'exploitation aussi, pour couvrir les besoins des animaux. Il faut alors trouver un compromis entre les besoins individuels très différents au sein du troupeau et une simplification de l'alimentation tout en optimisant l'utilisation d'aliments concentrés.

Compléments minéraux et vitaminiques (CMV)

Après l’équilibre de la ration en énergie et en azote, il convient de couvrir les besoins en minéraux majeurs (Phosphore, Calcium, Magnésium, Sodium et Potassium) et en oligo-éléments. Des exemples de complémentation minérale : 350 g/VL/j de 3-21 avec des rations à base d’ensilage de maïs, 70 g de 5-25 +140 g de maërl avec des rations comportant 1/3 d’ensilage d’herbe.

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Stratégies d'alimentation

Pour cela, différentes stratégies existent.

Ration complète

Cette technique offre à l'éleveur un gain de temps considérable, car elle consiste à mélanger préalablement fourrages et concentrés puis à distribuer ce mélange aux animaux. Il n'y a aucun apport individuel de concentré. Si elle permet aussi un bon fonctionnement du rumen, elle tient compte d'un objectif moyen de production.

Ration semi-complète

Pour éviter cet inconvénient de la ration complète, l'éleveur peut choisir de diminuer la part énergétique de la ration et de distribuer aux vaches hautement productrices un complément concentré. Les vaches à faible production ne seront ainsi par suralimentées.

Complémentation individualisée

Cette fois-ci, l'alimentation est totalement individualisée. Les concentrés sont administrés animal par animal. Cela permet donc un ajustement précis aux besoins de chaque individu.

Équilibre de la ration

Dans tous les cas , une ration bien équilibrée aura un apport en PDIE égal aux besoins en PDI du ruminant, et un apport en PDIN égal ou éventuellement supérieur à l’apport en PDIE. En effet, si PDIN<PDIE, il y aura un manque d’azote dégradable pour la flore microbienne du rumen. Un léger déficit, défini à l'aide du Rmic (Ratio microbien), peut cependant être accepté pour chaque espèce et chaque production. Ce rapport Rmic permet de vérifier le bon fonctionnement du rumen. Celui-ci est défini par la formule (PDIN - PDIE)/UF*, et doit être supérieur à une valeur seuil, le Rmin (Ratio microbien minimal), pour assurer un bon fonctionnement de la panse. *UF est l’encombrement fourrager, valeur également consultable dans les tables de l’INRA. Si le rapport Rmic est supérieur à la valeur seuil, la ration est acceptable. Si le rapport Rmic est inférieur au Rmin il faut revoir la ration.

Gestion du stress thermique

Comme tous les ruminants, les bovins craignent la chaleur. Les périodes estivales sont donc des périodes particulièrement propices au stress thermique pour les animaux de votre élevage. Quand le thermomètre se met à grimper, ils dépensent beaucoup d'énergie pour réguler leur température. La quantité ingérée peut ainsi baisser de 3 à 4 kg de matière sèche par jour et la production laitière décrocher de 1… à 5 kg par vache ! L’indicateur le plus précis pour évaluer une situation à risque est l’Indice de Température et d’Hygrométrie (THI). Pour aider les animaux de votre élevage à faire face au stress thermique et éviter des conséquences sur les performances, maintenir un bon niveau d’ingestion est fondamental.

Distribution de la ration

Un des leviers consiste à distribuer une ration toujours fraîche et appétente, puis à s’assurer qu’elle ne chauffe pas. Parmi les bonnes pratiques à mettre en œuvre, il est ainsi recommandé d’affourager en deux fois, tôt le matin et tard le soir. Objectif : inciter les vaches à s'alimenter aux heures les moins chaudes. « La ration restera fraîche plus longtemps et les animaux seront plus enclins à se déplacer pour se rendre à l’auge », pointe-t-elle. « Si on ne peut distribuer la ration qu'une seule fois, mieux vaut privilégier le soir : ils se nourriront la nuit.

Compact feeding

Lorsqu’il fait chaud, les ruminants ont en effet tendance à sélectionner les particules fines riches en énergie et à écarter les fibres. Un comportement susceptible d’accentuer les risques d’acidose ruminale, déjà élevés en condition de stress thermique. L’eau agit comme un liant, rendant la ration moins facilement triable. On appelle cela le « compact feeding ». L’objectif est d’augmenter la productivité et l’efficacité alimentaire des vaches et a un effet positif sur leur santé. Pour autant, la composition de la ration ne change pas. C’est simplement sa présentation qui change. L’ajout d’eau à la ration va permettre d’optimiser l’ingestion, de limiter le tri et d’obtenir une ration dont la composition reste constante chaque jour. Ainsi chaque bouchée contient la même composition. Cela va limiter la compétition à l’auge, limiter le stress et améliorer la stabilité du pH ruminal.

Conservation des fourrages

Durant la journée, la ration finit fatalement par monter en température à cause de la chaleur. Comment alors éviter le développement des levures qui la rendent moins appétente et font baisser sa valeur nutritionnelle ? « Fongisafe maintient l’ingestion et constitue une source d’énergie non-acidogène intéressante. Cependant, il faut également veiller à l’absence d’échauffement sur le front d’attaque du silo : si l’ensilage est chaud quand il rentre dans la mélangeuse, il sera toujours chaud en sortie. Il est donc important d'inoculer les fourrages avec des conservateurs biologiques, et de prévoir des petits silos spécifiquement réservés aux périodes les plus chaudes. En cas d’échauffement excessif, Fongisafe peut être pulvérisé sur le front d’attaque.

Autres bonnes pratiques

  • S’assurer que les vaches mangent à volonté (ration accessible à l’auge tout au long de la journée, minimum 5% de refus consommables, place à l’auge adaptée à l’effectif, abreuvoirs accessibles, bien dimensionnés et eau de bonne qualité…).
  • Favoriser l’ingestion de fourrages en équilibrant la ration en énergie et protéine.
  • Equilibrer la ration autour de 100 g PDIE/UFL : c’est à ce niveau que les vaches valorisent le mieux la protéine de la ration. En dessous, la production laitière sera fortement impactée. Au-dessus, la production n’augmentera que légèrement et ne permettra pas de « payer » les concentrés supplémentaires.
  • Couvrir les besoins en minéraux, oligo-éléments et vitamines en utilisant un AMV adapté à sa ration. Inutile de sur-doser.
  • Une bonne gestion alimentaire réduit les coûts et augmente la rentabilité Pourquoi la distribution du fourrage est cruciale pour une nutrition équilibrée La distribution fourrage constitue bien plus qu'une simple routine quotidienne. Le fourrage forme la base de l'alimentation des ruminants, représentant généralement 60 à 80% de leur ration totale.
  • Une sensation de satiété qui régule l'appétit Une distribution fourrage bien pensée assure une nutrition équilibrée en répondant aux besoins physiologiques spécifiques de chaque catégorie d'animaux. Une mauvaise gestion de la distribution fourrage entraîne des répercussions immédiates sur la santé animale. Les principaux risques incluent l'acidose ruminale causée par des distributions irrégulières, les carences nutritionnelles dues à un fourrage de mauvaise qualité, et la baisse de production laitière ou de croissance. Les animaux peuvent également développer des comportements anormaux comme le tri alimentaire ou l'agressivité lors des repas.

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