Cet article vise à explorer en profondeur le sujet souvent négligé de la prostitution masculine, en mettant en lumière les réalités vécues par les hommes qui s'engagent dans ce commerce du sexe. S'appuyant sur des témoignages et des analyses sociologiques, il offre un regard nuancé sur les motivations, les expériences et les défis auxquels sont confrontés ces hommes, tout en soulignant l'évolution des mentalités et des pratiques dans ce domaine.
Un métier comme un autre ?
Loin des clichés et des jugements moraux, certains hommes perçoivent leur activité de prostitution comme un simple travail, une source de revenus leur permettant de subvenir à leurs besoins. C'est le cas de « Prince », un ancien trader de 38 ans qui s'est reconverti dans l'escorting après avoir subi les conséquences de la crise financière. Pour lui, il s'agit d'un moyen de retrouver un certain niveau de vie après avoir tout perdu.
Prince a donné rendez-vous dans un bar discret, tout en tentures cramoisies et canapés profonds, au troisième étage d'un hôtel cinq étoiles, sur la promenade des Anglais, à Nice. A l'heure dite, l'homme arrive, mince, barbe de trois jours, cheveux bruns courts, élégamment vêtu d'un costume sombre, une luxueuse montre au poignet. Des lunettes légèrement fumées empêchent de discerner la couleur de ses yeux. « Mes amis m'ont toujours dit que j'avais du succès auprès des femmes », dit-il d'emblée pour expliquer son parcours professionnel. Ses tarifs s'élèvent à 300 euros de l'heure, peu ou prou les mêmes que ceux des « escort girls ». Cet euphémisme est devenu le terme consacré pour désigner les prostitué(e)s qui recrutent leurs clients par Internet.
Il a d'ailleurs créé un site d'escort boys à destination de clients des deux sexes, qui compte une centaine de profils. A son âge, il commence à penser à sa reconversion. Avant d'être prostitué, il était trader. « Je me suis pris une bonne baffe en 2009 avec la crise financière. J'ai tout perdu », raconte-t-il. Il a essayé de se faire embaucher dans des banques, mais n'avait pas les diplômes. « Quand vous êtes habitué à un certain niveau de revenu et que, du jour au lendemain, vous vous retrouvez avec rien, vous faites quoi ? », interroge-t-il. Un ami escort rencontré dans une soirée huppée le lance dans la carrière. La première fois, « c'était avec une belle femme de 48 ans, et ça s'est très bien passé ». Il a aujourd'hui une vingtaine de clientes chaque mois.
Cependant, cette vision pragmatique ne doit pas occulter les réalités plus complexes et parfois difficiles de ce métier.
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Diversité des profils et des motivations
Contrairement aux idées reçues, il n'existe pas de profil type de l'escort boy. Les hommes qui se prostituent sont issus de milieux sociaux variés et ont des motivations diverses. Certains, comme « Tim », un jeune homme de 26 ans, y voient un moyen de gagner rapidement de l'argent après avoir connu des difficultés financières. D'autres, comme « Bug Powder », un jeune homme de 28 ans, y sont entrés par nécessité, pour financer les obsèques d'une amie.
C'est à la gare Saint-Lazare, à Paris, où il débarquait de sa Normandie natale avec 220 euros en poche, que « Tim », 26 ans, a été recruté pour une première passe. Il avait 19 ans et venait de rompre avec sa famille. « Un type m'a dit que je pourrais gagner de l'argent facilement en travaillant pour un ami à lui », se souvient-il. Bien qu'hétérosexuel, il a couché avec l'ami, après avoir beaucoup bu, pour 100 euros. « Je me suis fait arnaquer », sourit-il. Il n'a pas poursuivi. Mais après des années de petits contrats de caissier ou de magasinier, il a publié son annonce d'escort à destination des deux sexes, il y a un an. « Je n'étais pas à la rue, précise-t-il. Mais je voulais gagner plus vite, plus d'argent. »
« Bug Powder », lui, n'a pas la folie des grandeurs. C'est après la mort brutale, à l'été 2011, d'une amie prostituée rencontrée dans un sex-shop où il avait un petit boulot, qu'il débute. La famille n'avait pas de quoi financer les obsèques. Il a fait sa première passe pour payer la facture. « J'ai vu que j'en étais capable, raconte le jeune homme de 28 ans. Je n'ai jamais trouvé mon physique avantageux. En revanche, niveau sexe, j'ai toujours eu confiance en moi. » En plus de son travail d'opérateur de téléphone rose, il rencontre, depuis, une dizaine de clientes par mois, et en refuse autant.
Enfin, certains, comme « Alexandre », 37 ans, y ont vu une forme de liberté et d'indépendance financière.
Il fréquentait certains bars et restaurants parisiens pour trouver la clientèle. « On racolait dans la rue aussi, se souvient-il. Sur les Champs-Elysées, une soixantaine d'hommes le faisaient dans les années 1990. Personne ne s'en rendait compte, à part les femmes abordées. » Il y a quatre ans, il a arrêté pour refaire sa vie. Gestionnaire de stock dans un grand magasin, il admet que cette époque lui manque. « Ça ne me déplairait pas de reprendre », dit-il. « On gagne beaucoup, on est libre, on n'a pas de patron », résume Alexandre.
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L'essor de la clientèle féminine
Si la prostitution masculine a longtemps été associée à une clientèle homosexuelle, on observe aujourd'hui une évolution des mentalités et des pratiques, avec une demande croissante de la part des femmes. Prince assure que « Ça se développe, c'est évident. Les femmes se libèrent, s'assument parfaitement, et veulent consommer du sexe comme les hommes. Demain, on commandera un mec comme on commande des sushis. »
Bug abonde dans le même sens : « Il est admis que les hommes ont des besoins sexuels, mais beaucoup de femmes cherchent aussi du sexe, et seulement du sexe, dit-il. Est-ce que ça doit rester réservé aux hommes ? Je ne le pense pas. Cela reste marginal, parce que, culturellement, ce n'est pas accepté. »
Ces femmes, souvent issues de milieux aisés, sont à la recherche de plaisir, de compagnie ou de réconfort. Certaines sont mariées et insatisfaites de leur vie sexuelle, d'autres sont célibataires et ont du mal à trouver un partenaire.
Mariées ou célibataires, elles ont entre 35 et 70 ans, et viennent de tous les horizons. Avec tout de même une prédominance des milieux aisés : cadres supérieures, avocates, femmes de médecin… « Certaines ont des maris égoïstes, avec qui elles ne prennent pas de plaisir, d'autres sont complètement délaissées », raconte Bug. « C'est parfois difficile de trouver un partenaire, affirme Prince. Il y a beaucoup de détresse. »
Internet joue un rôle important dans cette évolution, en facilitant la rencontre entre les escorts boys et leurs clientes. « La prostitution masculine a toujours existé, mais c'était dans les hautes sphères, poursuit Prince. On s'échangeait des cartes de visite dans un milieu fermé. » « Beaucoup de femmes qui cherchent un partenaire se disent : “Si je me pointe dans un bar, qu'est-ce qui va se passer ?”, relate Bug. Elles cherchent plus de sécurité. »
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Les défis et les risques du métier
Malgré les aspects positifs que certains peuvent y trouver, la prostitution masculine n'est pas sans risques et sans défis. Les escorts boys doivent faire face à la stigmatisation sociale, au jugement moral et à la nécessité de mener une double vie.
Tous mènent une double vie. Leurs parents et une partie de leurs amis ne sont pas au courant. « Ça serait le grand scandale », dit Prince. C'est ce tabou qui a poussé Alexandre à arrêter. « J'avais des moments de déprime, ce n'est pas toujours évident de vivre en marge de la société, raconte-t-il. On est toujours en train de mentir. »
Ils doivent également se protéger contre les agressions, les maladies sexuellement transmissibles et les problèmes psychologiques.
Comme les filles, ils prennent des mesures de précaution : quelqu'un sait toujours où ils sont, et avec qui. Ils reçoivent le moins possible chez eux. « Le danger, c'est inclus dans le tarif », dit Tim.
Tim ajoute : « Le plus difficile, ce n'est pas le sexe, répond Tim, qui n'a jusqu'à présent eu que des hommes comme clients. C'est de dire “Oui j'aime ça”. » « Bien sûr que certaines situations peuvent laisser des traces !, s'exclame Bug. Mon boulot chez McDo aussi en laissait, j'avais les mains brûlées par la graisse. »
La séparation entre travail et sentiments est étanche. Bug et Prince sont tous les deux en couple, leurs compagnes sont au courant, et elles « acceptent », assurent-ils. « La perception générale du sexe, c'est qu'on est tout de suite intimes, observe Bug. Mais on ne le fait pas avec tout le monde de la même manière. Avec ma copine, il y a une réelle intimité. » « Le sexe, c'est comme de la relaxation, lance Prince. Quand on le fait, après on est bien. »
Le souhait des élus de lutter « contre le système prostitutionnel » les met en colère. « Rien ne nous oblige à rien », enrage Prince. « C'est à nous de fixer les limites, affirme Bug. Pas aux féministes ni à l'Etat. » « Dire qu'on vend notre corps, c'est n'importe quoi, complète Alexandre. On vend une prestation, après, notre corps nous appartient toujours. »
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