Le bloc pénien est une technique d'anesthésie régionale qui consiste à injecter un anesthésique local autour des nerfs péniens afin d'insensibiliser le pénis. Cette technique est de plus en plus utilisée en pédiatrie pour soulager la douleur postopératoire après des interventions chirurgicales de la verge, notamment la circoncision et la correction d'hypospadias. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble de la technique du bloc pénien en pédiatrie, en abordant ses indications, sa réalisation, les anesthésiques locaux utilisés, ainsi que les avantages et les risques potentiels.

Indications du bloc pénien en pédiatrie

Le bloc pénien est principalement indiqué pour l'analgésie postopératoire après les interventions chirurgicales de la verge chez l'enfant. Les indications les plus courantes sont :

  • Circoncision (posthectomie) : La circoncision est l'intervention chirurgicale la plus fréquemment réalisée sur la verge chez l'enfant. Elle peut être pratiquée pour des raisons religieuses, culturelles ou médicales (par exemple, phimosis). Le bloc pénien permet de réduire significativement la douleur postopératoire associée à cette intervention.
  • Correction d'hypospadias : L'hypospadias est une malformation congénitale dans laquelle l'urètre s'ouvre sur la face inférieure du pénis au lieu de l'extrémité. La correction chirurgicale de l'hypospadias peut être complexe et douloureuse. Le bloc pénien peut être utilisé pour soulager la douleur postopératoire, en particulier après les réparations d'hypospadias distaux.

Bien que moins fréquentes, d'autres interventions chirurgicales sur la verge peuvent également bénéficier d'un bloc pénien pour l'analgésie postopératoire.

Technique de réalisation du bloc pénien

Le bloc pénien est généralement réalisé en début d'intervention chirurgicale, en complément de l'anesthésie générale, afin de limiter l'intensité de celle-ci et d'assurer une analgésie postopératoire efficace. La technique consiste à injecter un anesthésique local autour des nerfs péniens, qui se trouvent de chaque côté de la base du pénis. La technique d'injection doit être faite par un médecin (chirurgien ou anesthésiste) connaissant bien l’anatomie locale pour faire pénétrer le produit au bon endroit et ainsi assurer l’efficacité du protocole.

Il existe deux principales approches pour réaliser un bloc pénien :

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  • Bloc pénien dorsal : Cette technique consiste à injecter l'anesthésique local de chaque côté de la ligne médiane, à la base du pénis, en ciblant les nerfs dorsaux du pénis.
  • Bloc pénien para-médian : Cette technique consiste à réaliser une double ponction para médiane pour injecter l'anesthésique local.

Quelle que soit la technique utilisée, il est essentiel de respecter les principes suivants :

  • Asepsie rigoureuse : Pour minimiser le risque d'infection, il est impératif de réaliser le bloc pénien dans des conditions d'asepsie rigoureuse, en utilisant du matériel stérile et en désinfectant soigneusement la peau.
  • Aspiration avant injection : Avant d'injecter l'anesthésique local, il est important d'aspirer pour s'assurer que l'aiguille n'est pas située dans un vaisseau sanguin. L'injection intravasculaire d'anesthésique local peut entraîner des complications graves.
  • Injection lente et progressive : L'anesthésique local doit être injecté lentement et progressivement, en surveillant attentivement les signes de toxicité systémique (par exemple, étourdissements, paresthésies, troubles visuels).

Anesthésiques locaux utilisés

L'anesthésique local le plus couramment utilisé pour le bloc pénien en pédiatrie est la bupivacaïne. La bupivacaïne est un anesthésique local du groupe amide, de durée d'action longue, qui permet de bénéficier d'une analgésie postopératoire prolongée. Le chlorhydrate de bupivacaïne est utilisé pour la production d'une anesthésie prolongée par infiltration percutanée, bloc intra-articulaire, bloc(s) nerveux périphérique(s) et bloc nerveux central (caudal ou péridural).

La dose de bupivacaïne utilisée doit être adaptée au poids de l'enfant et à la complexité de l'intervention chirurgicale. Il est important de respecter les doses maximales recommandées pour éviter le risque de toxicité systémique. Des blocs ilio-inguinaux-ilio-hypogastriques ont été pratiqués chez des enfants âgés d'1 an ou plus avec de la bupivacaïne 2,5 mg/ml à la dose de 0,1 - 0,5 ml/kg, équivalente à 0,25 - 1,25 mg/kg.

Il est important de noter que la sécurité d'emploi et l'efficacité de BUPIVACAINE ACCORD avec ou sans adrénaline n'ont pas été établies chez les enfants âgés de moins d'1 an. La sécurité d'emploi et l'efficacité de l'injection intermittente d'un bolus péridural ou de la perfusion continue n'ont pas été établies.

Avantages du bloc pénien en pédiatrie

Le bloc pénien offre de nombreux avantages pour la prise en charge de la douleur postopératoire chez l'enfant :

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  • Réduction de la douleur postopératoire : Le bloc pénien permet de réduire significativement la douleur postopératoire après les interventions chirurgicales de la verge. Cela permet d'améliorer le confort de l'enfant et de faciliter sa récupération.
  • Diminution de la consommation d'analgésiques : En réduisant la douleur postopératoire, le bloc pénien permet de diminuer la consommation d'analgésiques, notamment les opioïdes. Cela permet de limiter les effets secondaires associés à ces médicaments, tels que la somnolence, la constipation et la dépression respiratoire.
  • Réduction du stress et de l'anxiété : La douleur postopératoire peut être une source de stress et d'anxiété pour l'enfant et ses parents. En réduisant la douleur, le bloc pénien permet de diminuer le stress et l'anxiété, ce qui peut faciliter la coopération de l'enfant lors des soins postopératoires.
  • Amélioration de la satisfaction des parents : Les parents sont souvent préoccupés par la douleur de leur enfant après une intervention chirurgicale. En réduisant la douleur, le bloc pénien permet d'améliorer la satisfaction des parents et de renforcer leur confiance dans l'équipe soignante.
  • Simplicité de réalisation et innocuité : Au total, le bloc pénien est proposable à pratiquement tous les patients, enfants et adultes, en raison de sa simplicité de réalisation et de son innocuité, à condition de respecter la technique d’injection et d’éviter certains produits anesthésiques comportant un vasoconstricteur (adrénaline) le risque de complications est très limité voire nul.

Risques et complications potentiels

Bien que le bloc pénien soit généralement considéré comme une technique sûre, il existe certains risques et complications potentiels :

  • Toxicité systémique des anesthésiques locaux : L'injection intravasculaire d'anesthésique local peut entraîner une toxicité systémique, qui peut se manifester par des symptômes neurologiques (par exemple, étourdissements, paresthésies, convulsions) et cardiovasculaires (par exemple, hypotension, bradycardie, arrêt cardiaque). Pour minimiser ce risque, il est essentiel de respecter les doses maximales recommandées et d'aspirer avant d'injecter l'anesthésique local. Des cas d'arrêt cardiaque ont été rapportés pendant l'utilisation de la bupivacaïne pour l'anesthésie péridurale ou le bloc nerveux périphérique, dans lesquels il s'est avéré difficile de réanimer le patient, qui a fini par réagir après des efforts de réanimation prolongés. Toutefois, dans certains cas, la réanimation s'est avérée impossible malgré une préparation apparemment suffisante et une prise en charge appropriée.
  • Infection : Bien que rare, l'infection est une complication potentielle de tout geste invasif. Pour minimiser ce risque, il est essentiel de réaliser le bloc pénien dans des conditions d'asepsie rigoureuse.
  • Hématome : L'injection d'anesthésique local peut entraîner la formation d'un hématome au point d'injection. Cette complication est généralement bénigne et se résorbe spontanément en quelques jours.
  • Lésion nerveuse : Bien que rare, la lésion nerveuse est une complication potentielle du bloc pénien. Elle peut se manifester par une perte de sensibilité ou une faiblesse musculaire dans la région innervée par les nerfs péniens. Dans la plupart des cas, la lésion nerveuse est transitoire et se résorbe spontanément en quelques semaines ou mois.
  • Nécrose tissulaire ischémique : L’injection d’une solution contenant de l’adrénaline et de la bupivacaïne dans les zones parcourues par des artères terminales (par ex., bloc pénien, bloc d’Oberst) peut entraîner une nécrose tissulaire ischémique.

Précautions d'emploi et contre-indications

Le bloc pénien est généralement contre-indiqué dans les situations suivantes :

  • Allergie connue aux anesthésiques locaux : Les patients allergiques aux anesthésiques locaux de type amide (par exemple, bupivacaïne, lidocaïne) ne doivent pas recevoir de bloc pénien avec ces agents. Les patients allergiques aux anesthésiques locaux de type esters (procaïne, tétracaïne, benzocaïne, etc.) n'ont pas présenté de sensibilité croisée aux agents amidiques tels que la bupivacaïne.
  • Infection locale au point d'injection : En cas d'infection locale au point d'injection, il est préférable de reporter le bloc pénien jusqu'à la résolution de l'infection.
  • Troubles de la coagulation : Les patients présentant des troubles de la coagulation peuvent être plus à risque de développer un hématome après un bloc pénien. Dans ce cas, il est important d'évaluer attentivement le rapport bénéfice/risque avant de réaliser le bloc pénien.

Par ailleurs, certaines précautions d'emploi doivent être respectées lors de la réalisation d'un bloc pénien :

  • La bupivacaïne doit être utilisée avec prudence chez les patients qui reçoivent d'autres anesthésiques locaux ou des agents apparentés sur le plan structural aux anesthésiques locaux de type amide, par ex., certains anti-arythmiques, tels que la lidocaïne et la mexilétine, étant donné que les effets toxiques systémiques sont additifs.
  • Les vasoconstricteurs peuvent aggraver les réactions tissulaires et ne doivent être utilisés que lorsque cela est indiqué.

Hypospadias : prise en charge et complications potentielles

La chirurgie de l’hypospade, bien que courante, n'est pas sans risque. D’un point de vue strictement chirurgical, quelle que soit l’expérience et le talent de l’opérateur, le risque de complication post-opératoire est une réalité.

Complications post-opératoires

Plusieurs complications peuvent survenir après une chirurgie de l'hypospade :

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  • Fistule : C'est la complication la plus fréquente. Elle se manifeste par une fuite d’urine au niveau de l’urètre reconstruit, se traduisant par la présence de deux jets urinaires. Dans la majorité des cas, cette complication nécessite une reprise chirurgicale qui sera faite à distance de la première intervention (environ 1 an).
  • Sténose : Il s’agit d’un rétrécissement de l’urètre reconstruit qui entraîne des difficultés pour uriner, avec un jet trop fin.
  • Urétrocèle : Il s’agit d’un élargissement sacciforme de la portion d’urètre reconstruite qui se remplit et gonfle lors des mictions. Son apparition est souvent liée à la présence d’une sténose et peut favoriser la survenue d’infections urinaires.

Prise en charge post-opératoire

La prise en charge post-opératoire varie selon la complexité de l'intervention :

  • Hypospades antérieurs : L’hospitalisation est de courte durée, parfois réalisée en hôpital de jour (chirurgie ambulatoire). L'enfant sera revu en consultation systématiquement à 2 mois de l’intervention, puis, si le résultat est satisfaisant, à 1 an et après acquisition de la propreté pour étudier le jet urinaire.
  • Hypospades postérieurs : La prise en charge chirurgicale plus complexe nécessite de laisser une sonde urinaire dans l’urètre reconstruit et parfois, en plus, un cathéter sus-pubien qui draine les urines directement dans la vessie. L'enfant sera installé à plat dos, et gardera cette position tant que la/les sonde(s) est/sont en place. Un pansement entourera le pénis de l’enfant, et ne devra pas être touché. La prise en charge de la douleur se fait dès le bloc opératoire et se poursuivra dans l’unité de soins par l’administration systématique d’antalgiques. La boisson sera prise quelques heures après l’intervention selon la prescription. Le jour de la sortie, le retrait du pansement se fait sous prémédication par Méopa, et un antalgique est systématiquement prescrit. Il est impératif que l'enfant urine au moins une fois avant le retour à la maison.

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