L'idée peut sembler saugrenue, voire choquante : une course de spermatozoïdes retransmise en direct, avec des spectateurs déguisés en pénis et des commentateurs multipliant les blagues graveleuses. Pourtant, derrière cet événement à mi-chemin entre le kitsch et la provocation, se cache une réelle préoccupation : le déclin de la fertilité masculine.
Un Spectacle Inédit : La "Spermule 1"
Imaginez la scène : deux étudiants en tenue de Formule 1, des écrans géants, un microscope et des milliers de spectateurs. L'objectif ? Déterminer quel spermatozoïde est le plus rapide. L'événement, baptisé avec humour "Spermule 1", a été imaginé par quatre jeunes entrepreneurs fans de crypto et de NFT. Chacun des participants a fourni un échantillon de sperme, placé sur une piste de 20 centimètres, censée représenter l’organe féminin. Sous les yeux de 5 000 spectateurs et pour les 10 000 dollars promis au vainqueur, leurs spermatozoïdes ont été filmé au microscope pour voir qui franchirait la ligne d’arrivée en premier. Sur place, ils y avaient des spectateurs déguisés en pénis, des commentateurs qui faisaient des blagues lourdes toutes les 10 secondes et à la fin, Asher, le perdant, a été aspergé de liquide blanc visqueux.
Dopée à la testostérone, cette soirée retransmise en ligne s’est tenue vendredi dernier, à mi-chemin entre le kitsch du catch et l’exubérance des arts martiaux mixtes (MMA). Les deux têtes d’affiches, Asher Proeger et Tristan Milker, sont membres d’universités rivales. Ils s’invectivent copieusement à la pesée et se bousculent, tout en distillant leurs astuces d’entraînement pour améliorer la qualité du sperme - dormir huit heures par nuit, éviter l’alcool et le cannabis.
Le moment fatidique enfin venu, un jeune homme en blouse blanche introduit la semence des deux compétiteurs - collectée un peu avant l’événement - dans un microcanal. Le parcours d’à peine 2 millimètres est grossi 100 fois par un microscope, puis filmé par une caméra dont les images sont supposément traitées par un ordinateur qui conçoit une animation 3D, afin que le public puisse voir quel spermatozoïde franchit la ligne en premier.
Humour Potache et Masculinisme Subliminal
Sous ce vernis scientifique, la soirée est surtout l’occasion de faire des blagues potaches. Les présentateurs parlent de « Spermule 1 », demandent aux jeunes femmes présentent si elles sont encore vierges et questionnent les concurrents sur la taille de leur pénis. À la fin, Asher, le perdant, est aspergé d’un liquide blanc visqueux, comme s’il se faisait éjaculer dessus.
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Si certains y voient un simple humour adolescent, d'autres dénoncent une mise en scène masculiniste subliminale. En ligne, de nombreux influenceurs parlent de fertilité masculine pour défendre une idéologie pro-nataliste. Elon Musk, patron de Tesla et proche allié de Donald Trump, est notoirement persuadé que le déclin démographique menace la civilisation.
Un Déclin Inquiétant de la Fertilité Masculine
L'objectif affiché de cet événement pour le moins original était de « sensibiliser au déclin de la fertilité masculine ». Une étude menée sur près de 43 000 hommes montre que la concentration de spermatozoïdes a chuté de plus de 50 % entre 1973 et 2011. Pire, la tendance s'accélère depuis les années 2000. Ce lycéen de 17 ans s’est inspiré d’« un meme très populaire qui montre qu’au cours des 50 dernières années, le nombre de spermatozoïdes a diminué de moitié » parmi les hommes, raconte-t-il à l’AFP. Selon lui, « il pourrait y avoir un avenir dystopique où personne ne pourrait plus avoir d’enfants ».
Ce déclin est attribué à plusieurs facteurs, notamment la pollution de l'air, les pesticides, le tabac, l'alcool, le stress, l'obésité et les perturbateurs endocriniens, présents dans les plastiques, les cosmétiques, la nourriture. La scientifique fait partie de l’équipe qui a montré que la concentration moyenne de spermatozoïdes des hommes occidentaux a chuté de plus de 50% depuis les années 1970, dans une étude retentissante publiée en 2017. « Leur prolifération est une explication probable d’une bonne partie du déclin de la qualité du sperme masculin », rappelle à l’AFP Shanna Swan, épidémiologiste de la reproduction à l’Ecole de médecine du Mont Sinai, à New York.
Les Produits Chimiques, Grands Absents du Débat
Cependant, aucun de ses problèmes n'a été évoqué sur scène. Un discours très axé sur les facteurs personnels susceptibles d’influencer la fertilité, qui oublie complètement l’influence néfaste de nombreux produits chimiques. Sur scène, personne n’évoque les effets indésirables des pesticides ou de plastifiants comme les bisphénols, présents dans beaucoup de boîtes de conserve, ou les phtalates, contenus dans de nombreux shampoings.
Pour Shanna Swan, les gouvernements doivent adopter des réglementations environnementales plus strictes.
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Humour et Réflexion : Un Mélange Détonnant
La course de spermatozoïdes a suscité de vives réactions, entre amusement et indignation. Si l'humour potache et les références sexuelles ont pu choquer, l'événement a eu le mérite de mettre en lumière une problématique de santé publique souvent taboue.
Au-delà du spectacle, il est essentiel de prendre conscience des facteurs qui peuvent affecter la fertilité masculine et d'agir en conséquence, tant au niveau individuel que collectif.
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