Le biberon de malade en porcelaine du XVIIIe siècle, souvent désigné sous le nom de "canard de malade", est un objet insolite qui suscite l'intérêt des collectionneurs et des passionnés d'histoire de la médecine. Cet article explore l'histoire, l'usage et l'évolution de cet ustensile médical oublié, en mettant en lumière son importance dans le contexte des pratiques médicales et de l'hygiène de l'époque.
Qu'est-ce qu'un canard de malade ?
Le canard de malade est un récipient conçu pour administrer des liquides aux personnes alitées, trop faibles pour se redresser ou incapables de tenir un verre. Sa forme caractéristique comprend :
- Le corps : Généralement ovale et bas pour assurer une meilleure stabilité.
- Le bec : Long et incurvé, il permet de verser le liquide directement dans la bouche du patient sans risque de renversement.
- L'ouverture : Fixe et partielle, elle évite les éclaboussures et limite le refroidissement du liquide.
Un Peu d'Histoire : De l'Antiquité au XXe Siècle
L'utilisation de récipients à bec pour nourrir les personnes affaiblies remonte à l'Antiquité. Des poteries similaires ont été retrouvées en Grèce et à Rome, souvent utilisées pour les nourrissons.
Le XVIIIe et le XIXe siècles représentent l'âge d'or du canard de malade. Avec le développement de la porcelaine et de la faïence, chaque foyer bourgeois possède le sien. Les hôpitaux et les hospices les utilisent massivement avant l'invention de la paille ou des tubes en caoutchouc.
Le déclin du canard de malade s'amorce au milieu du XXe siècle, remplacé par des dispositifs médicaux modernes, jetables ou plus ergonomiques, tels que les verres à bec en plastique et les pailles coudées.
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Matériaux et Esthétique : Un Objet d'Art
Bien que sa fonction soit purement utilitaire, le canard de malade a souvent été traité avec beaucoup d'élégance. Les collectionneurs s'intéressent particulièrement aux variations de matériaux :
- Étain (XVIIe - XVIIIe siècle) : Très solide, mais difficile à nettoyer parfaitement.
- Faïence/Porcelaine (XIXe siècle) : Le plus courant, souvent décoré de fleurs ou de liserés dorés.
- Argent (Familles aisées) : Un signe de richesse, souvent gravé aux initiales du propriétaire.
- Verre (Début XXe siècle) : Hygiénique, car on peut voir le niveau de liquide et la propreté.
L'appellation "canard" provient simplement de sa silhouette qui rappelle le corps et le bec de l'oiseau palmipède.
Hygiène et Santé au XVIIIe Siècle
Au début du XVIIIe siècle, la propreté et l’hygiène ne faisaient pas partie des préoccupations majeures de la population, tant dans les villes que dans les campagnes. Il n'existait alors aucune association perçue entre la maladie et la propreté du corps, les pratiques domestiques ou la qualité des aliments. Les bains, autrefois largement répandus, étaient devenus rares, et la toilette n'était effectuée que pour des occasions exceptionnelles. L’utilisation de savon et d’eau était même considérée comme dangereuse, car on pensait que l’eau pouvait pénétrer dans le corps et provoquer des effets néfastes. Pour masquer les odeurs, on utilisait des parfums.
Dans les villes, les conditions d’hygiène étaient déplorables. Les règles de salubrité, bien qu’établies depuis le XVIe siècle dans certaines villes françaises, étaient largement ignorées. Dans les foyers les plus pauvres, des dizaines de personnes s’entassaient dans des espaces réduits, vivant dans des conditions insalubres où les maladies contagieuses se propageaient facilement.
La santé des nourrissons était également préoccupante. L’allaitement maternel restait essentiel, mais les nourrices, souvent issues des couches les plus pauvres de la population, négligeaient les enfants ou étaient elles-mêmes porteuses de maladies. De nombreux nourrissons et enfants abandonnés étaient confiés à des nourrices à la campagne, mais le voyage pour les rejoindre pouvait être fatal aux plus jeunes. Lorsque l’allaitement par une nourrice n’était pas possible, les enfants étaient nourris au lait de chèvre ou avec une panade, un mélange de pain et d’eau, couramment utilisé en Angleterre et ailleurs en Europe.
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Cependant, au cours du XVIIIe siècle, les mentalités ont commencé à évoluer. L’utilisation du savon s’est répandue, le nettoyage quotidien des dents a été recommandé, et l’emploi des couverts de table s’est généralisé. L’air pur de la campagne était valorisé pour lutter contre les mauvaises exhalaisons, et l’on a commencé à se soucier du nettoyage des rues. Les « W.C. à l’Anglaise » et le bidet ont fait leur apparition, améliorant l’hygiène personnelle. Les premières notions d’hygiène publique, déjà enseignées dans les écoles allemandes depuis le XVIIe siècle, ont commencé à se diffuser sous l’influence des Lumières. Les premières campagnes sanitaires ont ciblé la lutte contre l’alcoolisme et l’amélioration de l’hygiène maternelle et infantile, encourageant l’allaitement maternel et l’utilisation de biberons en verre.
Pourquoi est-il devenu un objet de collection ?
Aujourd'hui, le canard de malade ne se trouve plus dans les pharmacies, mais chez les antiquaires. Plusieurs raisons expliquent cet engouement :
- Le témoignage social : Il raconte une époque où les soins étaient prodigués à domicile par la famille.
- La diversité des manufactures : Les grandes faïenceries françaises (Quimper, Nevers, Gien, Lunéville) ont toutes produit leurs modèles, avec des motifs spécifiques.
- Le cabinet de curiosités : Sa forme singulière en fait un objet de décoration décalé et intrigant.
Conservation et restauration au musée des Beaux-Arts d’Agen
Le musée des Beaux-Arts d’Agen, riche de collections diverses, est régulièrement sollicité pour des expositions nationales et internationales. Un grand nombre d’œuvres voyagent ainsi chaque année. Le musée fait régulièrement appel à des restaurateurs pour assurer la conservation et la valorisation des œuvres.
Les œuvres font l’objet d’une attention particulière de la part des restaurateurs. Le musée doit garantir la transmission des collections aux générations futures ainsi que la restauration des œuvres détériorées ou non satisfaisantes sur le plan esthétique afin d’assurer leur conservation et leur valorisation. La conservation a pour objectif de prolonger l’espérance de vie des biens culturels et intervient directement sur l’objet ou sur son environnement. La restauration vise à restituer la lisibilité d’une œuvre et à revenir sur d’anciennes interventions.
Parmi les œuvres concernées par des opérations de conservation-restauration, on trouve un biberon de malade, datant du dernier quart du XVIIIe siècle (inv. 743 LA).
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Comment l'entretenir ou le détourner aujourd'hui ?
Nettoyage :
Si vous en possédez un en porcelaine, attention au bec ! L'intérieur est difficile d'accès. Utilisez un écouvillon fin (type nettoie-paille) et du vinaigre blanc pour dissoudre les éventuels dépôts de calcaire ou de vieux résidus.
Détournement déco :
Si vous ne comptez pas l'utiliser pour sa fonction première, voici quelques idées :
- Petit vase : Pour y glisser quelques fleurs séchées ou une tige de lierre.
- Arrosoir de précision : Idéal pour les petits bonsaïs ou les succulentes qui n'aiment pas avoir de l'eau sur leurs feuilles.
- Saucière originale : Pour servir un jus de viande ou un coulis de fruit de manière précise.
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