Introduction
Le biberon, objet familier de notre époque, possède une histoire riche et méconnue. Au-delà de sa fonction première, il témoigne des évolutions sociales, culturelles et techniques liées à l'allaitement et aux soins aux nourrissons. Parmi les divers types de biberons qui ont existé, le biberon en céramique bretonne, notamment la faïence de Quimper, occupe une place particulière. Cet article explore l'histoire de ces biberons, leur fabrication et leur signification dans le contexte breton et français.
L'Histoire du Biberon : Un Aperçu Général
L'utilisation de récipients pour nourrir les nourrissons en dehors du sein maternel remonte à l'Antiquité. Des vestiges archéologiques, tels que des poteries ou des flacons de verre munis d'un petit goulot, ont été identifiés comme des biberons potentiels. Au Moyen Âge, les biberons en terre cuite, souvent appelés "chevrettes", étaient couramment utilisés, notamment pour administrer du lait de chèvre.
À partir du IXe siècle, un autre type de biberon, fabriqué à partir de corne d'ovin ou de caprin, a fait son apparition. Le bout de la corne était percé de petits trous et recouvert d'un chiffon ou d'une mèche.
C'est à la Renaissance que la demande de biberons a augmenté, en raison de l'essor des institutions accueillant les enfants trouvés. Les biberons d'étain et de verre étaient alors utilisés dans ces établissements.
Au fil des siècles, les biberons ont évolué en termes de matériaux et de formes. Le bois tourné, la peau, la faïence, la porcelaine, le verre, l'argent et l'or ont été utilisés pour leur fabrication. Les tétines, quant à elles, étaient faites de chiffon, de bois, d'os, d'ivoire ou de mamelle d'animal.
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Les Biberons en Faïence de Quimper : Une Spécificité Bretonne
La faïence de Quimper, dont l'histoire a débuté en 1708 avec Pierre Bousquet, a également produit des biberons. Ces biberons, appelés "pod bronnek" en breton (pot mamelon ou craule en français), étaient de petits pots de 10 à 15 cm de haut, dotés d'un pied, d'une anse latérale, d'un goulot pour téter et d'un orifice de remplissage.
La faïence de Quimper a longtemps été méconnue en France, mais grâce à la ténacité de quelques passionnés, elle a été reconnue et valorisée. Christian de la Hubaudière, un ancien instituteur, a joué un rôle clé dans cette reconnaissance en reconstituant l'histoire de la faïence de Quimper et en réhabilitant Pierre Bousquet comme son véritable fondateur.
La faïencerie Bousquet fabriquait une variété de pièces de forme, notamment des vierges, des grottes de religion, des tonnelets, des cruches, des pots à eau, des bénitiers et des vases sacrés. Elle produisait également de la vaisselle en terre vernissée et en faïence.
Au début du XVIIIe siècle, la faïence a commencé à remplacer l'étain, et Pierre Bousquet a bénéficié d'un monopole en Bretagne. Ses faïences étaient principalement achetées par des familles aisées qui souhaitaient faire peindre leurs armoiries sur leur vaisselle.
Pour répondre à cette demande, Pierre Bousquet a fait venir à Quimper des peintres faïenciers de Rouen, tels que Pierre Bellevaux et Pierre-Clément Caussy.
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Fabrication et Caractéristiques des Biberons en Céramique Bretonne
Les biberons en céramique bretonne étaient fabriqués avec soin, en utilisant les techniques propres à la faïence de Quimper. La faïence est une poterie fine recouverte d'un émail stannifère, ce qui lui donne un aspect brillant et imperméable.
Les biberons étaient généralement de couleur blanche ou décorés de motifs variés, tels que des scènes bretonnes, des motifs floraux ou des armoiries. Les couleurs utilisées étaient souvent vives et contrastées, comme le bleu, le jaune, le vert et le rouge.
La fabrication des biberons impliquait plusieurs étapes :
- Modelage : L'artisan façonnait la forme du biberon à la main ou à l'aide d'un moule.
- Cuisson : Le biberon était cuit une première fois pour durcir la pâte.
- Émaillage : Le biberon était recouvert d'émail stannifère.
- Décoration : Les motifs étaient peints à la main sur l'émail.
- Cuisson finale : Le biberon était cuit une seconde fois pour fixer l'émail et les couleurs.
Les biberons en céramique bretonne étaient souvent dotés d'une collerette rapportée à chaud lors de la fabrication. Ils pouvaient également être équipés d'un bouchon vissé recevant une tétine, ce qui représentait une adaptation moderne.
Les Marques et les Fabricants
Plusieurs fabricants ont produit des biberons en faïence de Quimper, notamment la manufacture Porquier, fondée en 1778, et l'atelier Fouillen, fondé en 1929.
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La manufacture Porquier s'est associée à l'artiste Alfred Beau en 1875, ce qui a permis de renouveler les décors et les couleurs utilisés. Alfred Beau réalisait également des paysages et des scènes bretonnes, souvent reproduits sur la faïence à partir de photographies.
L'atelier Fouillen, quant à lui, a été fondé par Paul Fouillen, un artiste venu à Quimper en 1920. Paul Fouillen a créé un style original, inspiré des costumes cornouaillais et des motifs celtiques. Il a également utilisé des couleurs inhabituelles pour l'époque, comme le marron et le turquoise.
Les biberons produits par ces fabricants étaient souvent signés de leur marque, ce qui permet de les identifier et de les dater. Cependant, il existait également des contrefacteurs qui brouillaient les pistes en imitant les marques et les décors.
L'Évolution des Pratiques d'Allaitement et l'Usage des Biberons
L'utilisation des biberons a été influencée par les évolutions des pratiques d'allaitement et des connaissances médicales. Dans l'Antiquité, l'allaitement maternel était généralement pratiqué, mais des alternatives étaient utilisées en cas d'absence de la mère, de manque de lait ou pour des raisons sociales.
Au Moyen Âge, les théories médicales attribuaient des vertus négatives au colostrum, le premier lait maternel. Il était donc déconseillé aux mères d'allaiter leur enfant immédiatement après la naissance. En attendant la montée du lait, l'enfant était mis à la diète ou confié à une voisine.
C'est seulement au XVIIIe siècle que les vertus du colostrum ont été découvertes, mais les traditions ont perduré. Jusqu'à une époque récente, il était recommandé aux mères d'attendre la montée du lait pour mettre l'enfant au sein.
Les biberons ont donc été utilisés pour nourrir les nourrissons en attendant la montée du lait, en complément de l'allaitement maternel ou en remplacement de celui-ci. Ils ont également été utilisés dans les institutions accueillant les enfants trouvés, où le nombre de mères et de nourrices était insuffisant.
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