Depuis le milieu des années 1990, les effets nocifs du bisphénol A (BPA) ont été identifiés, mais systématiquement minimisés. Cette substance chimique, largement utilisée dans l'industrie du plastique depuis la fin des années 1950, notamment dans les contenants alimentaires, a la capacité de migrer, même à de très faibles taux, dans la nourriture ou les boissons. Le BPA est connu pour imiter l'action de certaines hormones féminines, perturbant ainsi le système endocrinien.

Le BPA : un perturbateur endocrinien omniprésent

Une étude publiée en 2005 dans Environmental Health Perspectives a révélé que le BPA était présent dans les urines de 95 % de la population occidentale, soulignant l'exposition généralisée à cette substance. La liste des effets secondaires potentiels de l'exposition à de très faibles doses de BPA s'allonge rapidement, avec la publication de nouvelles études chaque mois.

Premières alertes et controverses

Les premiers indices d'effets biologiques significatifs du BPA à très faible dose sont apparus dans la littérature scientifique dès le milieu des années 1990, grâce aux travaux de Frederick vom Saal, professeur à l'université du Missouri à Columbia (États-Unis). En 1996, son équipe a découvert qu'une dose de BPA 25 000 fois plus faible que la plus faible dose étudiée auparavant pouvait endommager le système reproducteur des souris mâles, lorsque leur mère avait été exposée à ces doses pendant seulement quelques jours au cours de leur grossesse.

Ces travaux suggèrent que l'exposition de rongeurs à des concentrations de l'ordre de la fraction de millionième de gramme de BPA par jour et par kilo de masse corporelle est susceptible de provoquer des effets biologiques significatifs, à des doses comparables à celles auxquelles les humains sont exposés.

Tentatives de minimisation et fabrication du doute

Dès que les travaux pionniers de Frederick vom Saal ont été soumis à une revue scientifique, des industriels se sont inquiétés. Au printemps 1997, un responsable de Dow Chemical a demandé un entretien à Frederick vom Saal et son coauteur, Wade Welshons, exprimant l'espoir de son entreprise qu'il puisse y avoir "une issue mutuellement bénéfique" à un retrait des travaux soumis pour publication, jusqu'à ce que l'entreprise les "approuve", après avoir fait mener une étude contradictoire par un laboratoire privé sous contrat avec elle.

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L'industrie a réussi à financer et à faire publier un petit nombre d'études qui ne trouvent jamais rien, créant ainsi du doute et de l'incertitude. Cela permet de dire : avant de réglementer, il faut faire plus de recherche, nous avons besoin d'encore dix ans.

Le Consensus de Chapel Hill : une alerte collective

À l'automne 2006, près de quarante chercheurs internationaux, pour la plupart ayant mené des travaux sur le BPA, ont été réunis à Chapel Hill, en Caroline du Nord (États-Unis). À l'issue de plusieurs jours de colloque, ils ont rédigé le Consensus de Chapel Hill sur le BPA, publié quelques semaines plus tard dans la revue Reproductive Toxicology.

Les chercheurs ont constaté que plus de 95 % de la population échantillonnée est exposée à des doses suffisantes de BPA pour qu'il soit prévisible que celui-ci soit biologiquement actif. Ils ont également souligné que le large spectre d'effets indésirables des faibles doses de BPA chez les animaux de laboratoires est une cause de grande inquiétude en ce qui concerne des effets indésirables similaires chez les humains.

Conséquences potentielles sur la santé humaine

Le Consensus de Chapel Hill a mis en relation des tendances récentes de maladies humaines avec les effets indésirables des faibles doses de BPA observés sur l'animal, notamment l'augmentation des cancers du sein et de la prostate, les malformations uro-génitales chez les garçons, le déclin de la fertilité, l'avancement de la puberté chez les filles, les désordres métaboliques comme le diabète de type 2 et l'obésité, de même que des problèmes comportementaux comme le déficit d'attention et l'hyperactivité.

Tétines contaminées : l'alerte des associations de consommateurs

Récemment, l'association de consommateurs tchèque dTest a pointé du doigt les enseignes Philips, Curaprox et Sophie La Girafe, après avoir retrouvé des traces de BPA sur plusieurs de leurs tétines. Des analyses en laboratoire ont révélé que des tétines de ces marques, contrairement à ce qui est annoncé lors de leur commercialisation, sont contaminées par du BPA.

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Des marques mises en cause

L'enquête a révélé que la tétine Curaprox "Baby Grow with Love" présentait une concentration de BPA de 19 microgrammes par kilo, dépassant ainsi la limite de 10 µg fixée par l’UE pour la migration du BPA depuis les tétines. Dans la tétine Sophie la Girafe, pourtant vendue comme en "caoutchouc naturel", il a été retrouvé 3 microgrammes de BPA par kilo, soit légèrement plus que sur la Philips Avent Ultra Air, également présentée comme "sans BPA", et sur une tétine Temu, avec 2 microgrammes par kilo chacune.

Réactions des fabricants

Curaden, le fabricant de Curaprox, a trouvé les mêmes données après coup et témoigné de sa "surprise". Par mesure de précaution et conformément à son engagement qualité, Curaden a immédiatement décidé de retirer proactivement du marché les sucettes concernées et de proposer un remboursement à tous les clients concernés. Philips a indiqué avoir effectué des analyses ultérieures et n'avoir détecté aucune trace de BPA, tandis que Sophie la Girafe s'est défendue en affirmant que la quantité détectée était "insignifiante".

Réglementation et interdictions : la France en avance

L'Union européenne a interdit l'utilisation du BPA dans les biberons en plastique pour nourrissons en 2011. En France, le BPA est interdit dans les biberons et contenants d’aliments pour bébés dès 2009, et dans tous les conditionnements, contenants et ustensiles alimentaires, ainsi que dans les tickets de métro et tickets de caisse, à partir de 2013.

Des alternatives potentiellement dangereuses

Lorsque les fabricants ont retiré le BPA de leurs plastiques, ils l’ont parfois remplacé par d’autres molécules de la même famille, dont certains sont aussi toxiques, voire davantage. Ainsi, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) estime que le bisphénol B « présente des propriétés endocriniennes similaires, voire légèrement plus prononcées » que le BPA ; quant au bisphénol S, c’est cette fois l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) qui rappelle qu’il « est soupçonné de présenter de nombreux effets toxiques similaires ».

Alternatives aux biberons en plastique

Face aux inquiétudes concernant le BPA et autres substances chimiques potentiellement dangereuses, il est essentiel de considérer des alternatives plus sûres pour nourrir les bébés. Les biberons en verre et en acier inoxydable sont d'excellentes options.

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Biberons en verre

Les biberons en verre sont considérés comme l'une des options les plus sûres. Le verre est exempt de produits chimiques potentiellement dangereux et ne libère aucun composé toxique dans les liquides. De plus, il est facile à nettoyer et à stériliser, ce qui en fait un choix hygiénique.

Biberons en acier inoxydable

Les biberons en acier inoxydable sont une autre option sûre et durable. L'acier inoxydable est résistant aux chocs et aux rayures, ce qui en fait un choix idéal pour les familles actives. En plus de leur durabilité, les biberons en acier inoxydable sont également esthétiquement agréables.

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