Introduction
Le biberon, un objet familier aujourd'hui, a une histoire riche et surprenante. Bien avant les modèles en plastique que nous connaissons, les biberons étaient fabriqués à partir de divers matériaux, dont la faïence. Cet article explore l'histoire et la fabrication des anciens biberons en faïence, en mettant en lumière leur évolution à travers les siècles.
Les origines du biberon
L'utilisation du biberon remonte à la Préhistoire. Des découvertes archéologiques ont mis au jour des récipients en céramique datant du Néolithique, il y a environ 5 000 ans avant notre ère, qui pourraient être considérés comme les ancêtres du biberon moderne. Bien que l'allaitement maternel ait été la méthode d'alimentation prédominante à travers l'histoire, le biberon était utilisé lorsque la mère était absente, décédée, malade ou pendant des périodes spécifiques, comme le sevrage.
Un papyrus égyptien datant du XVe siècle avant Jésus-Christ mentionne déjà la recommandation d’une « boisson faite de lait de vache et de grains de blés bouillis ».
Les biberons dans l'Antiquité
Des débats persistent parmi les historiens concernant les modèles de biberons datant de l'Antiquité. Ces objets, souvent en terre cuite, ressemblent à des lampes à huile, avec une anse et une petite taille. Cependant, des analyses biologiques ont révélé des traces d'acides gras saturés dans ces récipients, que l'on ne trouve que dans le lait humain ou animal.
Ces petites cruches à bec tubulaire, qu’elles soient en céramique ou en verre, sont régulièrement mises au jour sur des sites archéologiques, aussi bien en contexte domestique que funéraire. Cependant, leur découverte dans des tombes d’enfant reste rare, ce qui a souvent faussé l’interprétation qu’on en faisait. Ainsi, la littérature archéologique leur attribue de nombreuses fonctions. Les exemplaires en céramique sont qualifiés tour à tour de vases votifs, de pipette, de barolet à barbotine, de lampe à huile ou de tirelire.
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Pour avoir une idée plus juste de la place qu’occupent ces cruches dans le quotidien des vivants, il convient de comprendre la place qu’elles tiennent dans le monde des morts. Les rites funéraires antiques sont basés sur la notion d’accompagnement du défunt vers l’au-delà ; la mise en terre est célébrée par un banquet au cours duquel le défunt partage un repas avec les vivants, par le biais d’éléments de vaisselle déposés à ses côtés. Au Bas-Empire, ce lot de vaisselle, défini comme assemblage de sustentation du défunt, comprend deux objets, souvent un récipient destiné à contenir les denrées solides et un récipient lié au service des boissons.
Dans la tombe d’Arcis-sur-Aube, l’assemblage de sustentation du défunt est composé d’un plat à denrées solides représenté par le bol cylindrique en verre et d’un verseur à boisson représenté par la cruche à bec tubulaire, également en verre. Le défunt étant un enfant, l’attribution de la cruche à un biberon contenant du lait est tentante. Des analyses ont été faites sur les résidus organiques déposés à l’intérieur des cruches de Bezannes et de Compertrix. Ces exemples ont montré que les petites cruches à bec étaient bien liées à la sustentation des enfants, qui plus est, à base de boisson lactée.
Les biberons au Moyen Âge
Au Moyen Âge, les bébés buvaient parfois leur lait dans une corne d'animal (de vache ou de chèvre). Le bout de la corne était percé d’un ou de plusieurs petits trous, parfois recouvert d’un chiffon retenu par un fil.
On a conservé également des biberons de terre cuite, souvent nommés chevrette sans doute parce qu’on y mettait surtout du lait de chèvre. Ces biberons ont par la suite évolué vers le type des faïences de Quimper : petit pot de 10 à 15 cm de haut avec pied, anse latérale, goulot pour téter et orifice de remplissage. En breton, ces biberons se sont appelés pod bronnek, en français pot mamelon ou craule.
Les mères préparaient au coin du feu la bouillie, le papin de l’enfant sevré. Cette bouillie à base de farine était mitonnée dans un petit poêlon, dans une petite cassote.
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L'évolution des matériaux et des formes (XVIe-XVIIIe siècles)
Au XVIe siècle, le biberon-bouteille avec embout à faible débit apparaît. Il est d’abord en faïence, en bois ou en étain. C’est au XVIIIe siècle que le biberon va vraiment se perfectionner, puisque son usage devient majoritaire. Le salariat des femmes augmente, le métier de nourrice se perd, et l’industrie agro-alimentaire fournit de plus en plus de lait.
Vus les chiffres de la mortalité infantile à cette époque, les fabricants tentent tout pour améliorer le confort et l’hygiène de ces biberons. Les modèles se suivent : limandes, bananes, sabots avec des systèmes pour réguler le débit, imiter maladroitement le mamelon. Le verre s’impose progressivement.
Au cours des siècles, on voit naître d’autres formes de biberons, fabriqués à partir de matières diverses, bois tourné (surtout du buis), terre, peau, faïence, porcelaine, verre, argent et or pour les plus riches. On invente et on réinvente de nouvelles tétines et drapelets qui imitent plus ou moins adroitement le mamelon. Le but est d’éviter que le bébé ne s’étouffe en ingurgitant trop vite : chiffon - rapidement souillé -, embout en bois, en os, en ivoire - tous matériaux bien durs pour les gencives des nouveau nés, mamelle d’animal - qui s’abîme trop vite et dégage rapidement une odeur désagréable. Le biberon en étain se répand surtout aux XVIIe-XVIIIe siècles avec des risques notables pour le bébé car certains étains contenaient du plomb, substance provoquant le saturnisme.
La demande de biberons grandit à partir de la Renaissance du fait de l’existence des grandes institutions en faveur des Enfants Trouvés. Du temps de François Ier, à l’Hôtel-Dieu de Paris, les religieuses et les servantes durent recourir aux biberons et cornets, faute de mères et de nourrices. Elles utilisaient des biberons d’étain et de verre « encornettés ou enveloppés de quelque petit drapeau ».
Les biberons en faïence de Quimper
Les faïenceries de Quimper ont produit des biberons en faïence, reconnaissables à leur forme et à leurs motifs décoratifs. Ces biberons, appelés "pod bronnek" en breton, étaient de petits pots d'environ 10 à 15 cm de haut, avec un pied, une anse latérale, un goulot pour téter et un orifice de remplissage. Ils étaient décorés de motifs floraux et de filets polychromes.
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Le biberon à tuyau et les avancées du XXe siècle
Jusqu’à l’émergence du fameux biberon à tuyau que l’enfant tète tout seul ! Le "biberon Robert" du nom de son inventeur, était équipé d'un long tuyau en caoutchouc qui permettait aux bébés de se nourrir en toute autonomie, et aux femmes de vaquer à leurs occupations. « Biberon Robert, le meilleur, n épuisant pas les enfants ! » , disait la publicité ! Une fausse bonne idée, car le tuyau s’est avéré un véritable nid bactériologique. Sans compter que les enfants mangeaient beaucoup trop… Le « biberon tueur », comme il a été surnommé, fut finalement interdit en 1910.
Heureusement, les travaux de Louis Pasteur ont tout changé, le lait devient, au début du XXe siècle, un aliment secure (il est pasteurisé et les contrôles à l'étable sont renforcés). On stérilise les biberons qui depuis sont en Pyrex et résistent à la chaleur. Ensuite, apparaissent les goulots larges, les graduations, les petits dessins et après la Seconde guerre mondiale, les bagues à vis pour fixer les tétines en caoutchouc. Puis, dans les années 60, c’est l’arrivée des biberons en plastique, et progressivement de matériaux sans Bisphénol A et des tétines en silicone.
Le biberon et le lien parent-enfant
Le plus intéressant au XXe siècle finalement, c’est la conséquence du biberon sur le lien parent-enfant ! En fait, à la fin du XIXe, de nombreuses mères n’allaitaient plus, c’étaient les nourrices qui s’en chargeaient, et souvent elles étaient « au loin », c’est-à-dire à la campagne (en opposition aux "nourrices sur lieu" des familles bourgeoises). Le biberon a donc, au moins pour le XXe siècle, rapproché les parents des enfants. Du moins jusqu’aux années 90, quand l’OMS va recommander, études à l'appui, l’allaitement exclusif, au moins les 6 premiers mois de l'enfant. Notamment via le décret de 1998 qui réglemente la distribution gratuite de préparations pour nourrissons dans les maternités, qui était à l'œuvre depuis les années 50.
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