Les besoins nutritionnels du nourrisson sont cruciaux pour assurer une croissance et un développement optimaux. Ces besoins évoluent rapidement au cours des premiers mois et années de vie, nécessitant une attention particulière pour éviter les carences ou les excès. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète des besoins nutritionnels du nourrisson, en abordant les aspects énergétiques, les macronutriments essentiels, les micronutriments importants, et les recommandations pratiques pour une alimentation adaptée.

Introduction

Les besoins nutritionnels correspondent aux quantités de nutriments nécessaires pour assurer un bon fonctionnement des tissus. Chez l'enfant, ces besoins sont définis en tenant compte de l'absorption intestinale et de la maturation rénale, qui varient avec l'âge. Ils doivent couvrir le métabolisme de base, le renouvellement tissulaire, la dépense énergétique liée à l'activité, et permettre un développement normal et une croissance optimale, tout en prévenant l'apparition de maladies.

Il est important de noter que les références nutritionnelles pour la population (RNP) reflètent les besoins d'une population et non d'un individu. La détermination précise des besoins individuels est complexe, car elle varie selon l'âge, le terrain génétique, l'activité physique, la vitesse de croissance et l'environnement.

Besoins énergétiques

Les besoins énergétiques doivent couvrir la dépense énergétique totale (DET) et les besoins liés à la croissance. Exprimés en kilocalories (kcal), ils sont particulièrement élevés lors des phases de croissance rapide, notamment pendant les deux premières années de vie et au moment de la puberté.

Les besoins énergétiques liés à la croissance sont estimés à 5 kcal/g de tissu formé. Durant la première année, la rapidité de la croissance entraîne un coût énergétique important. Par exemple, un nourrisson prenant 30 g/j utilise 150 kcal/j pour sa croissance, soit 20-30 % de sa DET. Après 6 mois, la vitesse de croissance diminue, réduisant ainsi le coût énergétique lié à la croissance.

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Besoins en eau

Les besoins en eau du nouveau-né et du nourrisson sont élevés en raison de leur composition corporelle. L'eau représente 75 % du poids du corps les premières semaines de vie et 60 % à l'âge de 1 an. Les apports en eau doivent donc répondre aux besoins de maintenance (liés aux pertes cutanées, respiratoires, urinaires et fécales) et aux besoins liés à la croissance.

Chez le nourrisson de moins de 1 an, les besoins en eau sont généralement assurés par l'alimentation lactée.

Macronutriments

Glucides

Les glucides jouent un rôle énergétique essentiel, fournissant 4 kcal par gramme. Avant 1 an, ils représentent environ 40 % des calories apportées par le lait maternel et/ou les préparations infantiles. Par la suite, les glucides doivent constituer 50 à 55 % de l'apport énergétique total.

Lipides

Les lipides ont également un rôle énergétique important, fournissant 9 kcal par gramme. Ils sont essentiels pour apporter les acides gras essentiels (AGE), que l'organisme ne peut pas synthétiser. Ces AGE, notamment l'acide alphalinolénique (oméga 3) et l'acide linoléique (oméga 6), sont indispensables au développement neurocognitif de l'enfant.

À partir de ces AGE, l'organisme synthétise des acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPI-LC), tels que l'acide arachidonique (ARA) [oméga 6] et l'acide docosahexaénoïque (DHA) [oméga 3]. Les lipides doivent contribuer à 50 % des apports énergétiques totaux jusqu'à 6 mois, puis diminuer progressivement pour atteindre 35 % à l'âge de 3 ans.

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Les apports recommandés sont de 1 % de l'apport énergétique total pour l'acide alphalinolénique (oméga 3) et de 4 % pour l'acide linoléique (oméga 6). Les apports en DHA doivent être de 100 mg/j durant les trois premières années de vie, et de 140 mg durant les six premiers mois pour l'ARA.

Protéines

Les protéines jouent un rôle enzymatique, hormonal et de transport (albumine). Les besoins en protéines tiennent compte des besoins de maintenance et des besoins pour la croissance. Selon les RNP, les besoins en protéines sont d'environ 10 g/j jusqu'à 3 ans, puis de 0,8-1 g/kg/j. Elles représentent quantitativement 10 à 15 % de la ration énergétique.

Idéalement, 50 % des protéines apportées devraient être d'origine animale et 50 % d'origine végétale.

Micronutriments

Fer

L'absorption intestinale du fer est basse, quel que soit l'âge. Le coefficient d'absorption du fer héminique (viandes, abats et poissons) est de 20 à 30 %, tandis que celui du fer non héminique (lait, végétaux et œufs) est de 2 à 5 %. L'absorption du fer est favorisée par l'adjonction de vitamine C.

Le fer contenu dans le lait maternel, dont le coefficient d'absorption est de 50 %, permet de couvrir les besoins jusqu'à 6 mois. Chez l'enfant non allaité, les laits infantiles contenant des sels ferreux et de la vitamine C améliorent l'absorption du fer.

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Sodium et Chlore

On estime que les besoins en sodium et chlore chez l'enfant en situation normale sont de 1 à 3 mEq/kg/j.

Calcium

Les apports en calcium sont indispensables à l'âge pédiatrique pour une minéralisation optimale du squelette. Les besoins sont estimés à 280 à 450 mg/j avant 3 ans, à 800 mg/j entre 3 et 10 ans, puis à 1 150 mg/j de 11 à 17 ans. L'absorption intestinale du calcium est variable et dépend des apports en vitamine D et du rapport calcium/phosphore.

Après la diversification alimentaire, les nourrissons doivent consommer au moins 500 mL de lait de suite par jour. La Société française de pédiatrie recommande la consommation de 3 à 4 portions de produits laitiers par jour pour couvrir les besoins en calcium. En l'absence de cette consommation, une supplémentation de 500 à 1 000 mg/j de calcium peut être nécessaire.

Vitamine D

La vitamine D joue un rôle essentiel dans la minéralisation osseuse et l'absorption intestinale du calcium. Une supplémentation en vitamine D, idéalement quotidienne, est nécessaire chez tous les enfants de 0 à 18 ans. Une dose minimale de 400 UI/j permet d'éviter la survenue d'un rachitisme carentiel. La quantité à administrer dépend de l'âge de l'enfant et de l'existence de facteurs de risque.

Vitamine K

Les apports en vitamine K sont importants pour la synthèse des facteurs de coagulation et pour la synthèse de l'os. Les besoins minimaux du nourrisson en vitamine K sont de 1 µg/kg/j pour éviter un risque hémorragique lié à un déficit. Une supplémentation de 2 mg de vitamine K est nécessaire à la naissance et entre le 4e et le 7e jour pour tous les enfants. Une dose supplémentaire est recommandée à 1 mois de vie en cas d'allaitement exclusif.

Alimentation lactée

Lait maternel

Le lait maternel est le type d'alimentation idéal pour le nouveau-né et le nourrisson. Sa composition varie selon l'âge gestationnel, le stade de la lactation, le moment de la tétée et le régime de la mère. Il est caractérisé par :

  • Un apport protéique de 1 g/100 mL, quels que soient l'alimentation et l'état nutritionnel de la mère. Les protéines sont des caséines et des protéines solubles (alphalactalbumine, lactoferrine, IgA et lysozymes).
  • Un apport lipidique de 3,5 g/100 mL, constitué de 98 % de triglycérides.
  • Un apport glucidique de 6 à 7 g/100 mL, principalement du lactose (90 %) et des oligosaccharides (10 %).
  • Des apports en vitamines B, E et A.
  • Des oligo-éléments, dont le taux est faible mais la biodisponibilité très élevée.
  • Un pouvoir anti-infectieux assuré par des facteurs tels que les IgA, la lactoferrine, les lysozymes, les macrophages et les lymphocytes T.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un allaitement maternel exclusif jusqu'à l'âge de 6 mois.

Préparations infantiles

Lorsque la mère ne peut ou ne veut pas allaiter, les préparations infantiles offrent une alternative. Leur composition doit répondre aux recommandations de la législation européenne (2006/141/EC). Il existe différents types de préparations infantiles :

  • Préparations pour nourrissons (1er âge) : Proposées jusqu'à 4 à 6 mois. Les protéines autorisées sont les protéines de lait de vache ou de lait de chèvre.
  • Préparations de suite (2e âge) : Leurs compositions sont assez peu différentes des préparations pour nourrissons, avec des teneurs en glucides et protéines plus élevées et un contenu lipidique abaissé. Les contenus en fer, vitamine D et acide folique sont augmentés.
  • Laits épaissis : Contiennent de l'amidon ou de la farine de caroube pour augmenter leur viscosité.
  • Laits sans lactose : Le lactose est remplacé par de la dextrine maltose.
  • Laits partiellement hydrolysés : Contiennent des protéines partiellement hydrolysées.
  • Laits hypoallergéniques (HA) : Contiennent des protéines hydrolysées de façon extensive afin d'en réduire l'allergénicité.

Diversification alimentaire

La diversification alimentaire, qui consiste à introduire des aliments autres que le lait, est une étape importante du développement nutritionnel du nourrisson. Elle est généralement initiée entre 4 et 6 mois.

Les recommandations actuelles de l'ESPGHAN et de l'Académie européenne d'allergologie sont d'introduire tous les aliments entre 4 et 6 mois, y compris les plus allergisants (œuf, poisson, fruits exotiques, céleri, arachide, fruits à coque), qu'il existe ou non un terrain atopique personnel ou familial.

Une diversification trop précoce (avant 4 mois) expose à un risque de carences en calcium, fer et AGE. La diversification peut être débutée soit par l'ajout de légumes mixés dans le biberon, soit par l'utilisation de la cuillère.

Il n'y a pas d'ordre défini pour l'introduction des aliments, mais traditionnellement, on commence avec les légumes, puis les fruits, la viande, le poisson et l'œuf. Le gluten peut être introduit sous forme de céréales dès 4 mois, en limitant la quantité au début. L'introduction d'arachide entre 4 et 6 mois permet de diminuer le risque d'allergie à la cacahuète.

Les quantités à administrer sont indicatives et varient selon l'appétit et les goûts de l'enfant. L'essentiel est que la répartition des nutriments soit correcte et que l'enfant ait une croissance staturo-pondérale régulière.

Concernant les textures, l'alimentation est mixée et lisse entre 4 et 8 mois, puis les purées granuleuses sont proposées, suivies des textures molles vers 10 à 12 mois et des aliments durs mais fondant en bouche.

Pour assurer les besoins quantitatifs en lipides, l'ajout de matières grasses est requis systématiquement dans tous les plats salés (beurre, crème, margarine, huile).

Alimentation entre 1 et 2 ans

Entre 1 et 2 ans, l'alimentation de bébé commence à ressembler à celle des adultes, mais en quantités adaptées à son âge et en proposant des repas sains, équilibrés et variés, sans ajout de sel ni de sucre.

Il est possible d'alterner lait de croissance et lait de vache UHT entier. Le lait entier est à privilégier vis-à-vis du lait demi-écrémé, car les besoins en matières grasses des enfants jusqu'à 3 ans sont plus importants que ceux des adultes.

Défis et Surveillance

Selon les études de consommation, environ 50 % des nourrissons de plus de 6 mois et 30 % des enfants de 1 à 3 ans ont des apports en fer insuffisants. La couverture de la référence nutritionnelle du fer doit donc être particulièrement surveillée.

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