Introduction

La pandémie de COVID-19 a bouleversé le monde, affectant de nombreux aspects de nos vies. Si les enfants et les adolescents ont été relativement épargnés par les formes graves du virus, l'impact de la crise sanitaire sur leur santé physique et mentale suscite de vives inquiétudes. Cet article examine les conséquences de la pandémie sur la santé des enfants, en s'appuyant sur les avis de pédiatres, d'experts en santé infantile et sur les données recueillies auprès des professionnels de la Protection maternelle et infantile (PMI).

Impact sur la santé physique

Retards de diagnostic et de soins

Le confinement et la saturation des services d'urgences ont entraîné des retards de diagnostic et de prise en charge pour de nombreuses pathologies aiguës et chroniques chez les enfants. Christophe Delacourt, chef du service de pneumologie pédiatrique de l’hôpital Necker, souligne que les enfants ont été très peu malades du covid-19, puisqu’ils ont représenté 1 % des hospitalisations liées au covid-19 au printemps. La contribution de la pédiatrie à l’effort national, notamment dans les régions où la pandémie a été très forte (Grand Est et Ile-de-France), a consisté dans la mise à disposition de son personnel dans les services adultes afin de faire fonctionner les lits de réanimation, et notamment les lits de réanimation supplémentaires. Nous avons donc dépeuplé nos services de pédiatrie en personnel et stoppé nos activités programmées, qu’elles soient médicales ou chirurgicales.

Une pathologie très particulière est le diabète de type I, pour lequel le retard de diagnostic s’accompagne très rapidement de complications aiguës (acidocétose). Ces baisses d’activité aux urgences sont donc liées à deux facteurs. D’une part, le confinement a empêché la transmission des autres pathologies infectieuses, réduisant le nombre d’angines et d’autres pathologies bénignes. Ce premier facteur explique une part importante de la baisse d’activité constatée.

L'Angleterre et l'Irlande ont imputé un certain nombre de décès à ces retards de diagnostic, notamment dans le cas de patients en infection grave qui sont arrivés trop tard aux urgences. En France, le système de soins et l’accès aux soins étant différents, il n'est pas certain que ce constat puisse être extrapolé.

Comorbidités et COVID-19

Une autre question importante est de savoir si l’infection au covid-19 a été plus grave chez les enfants porteurs d’une maladie chronique. Parmi les enfants qui ont été admis en réanimation en France pour cause de covid-19, la proportion d’enfants qui souffraient d’une ou plusieurs maladies chroniques sous-jacentes est importante. Le taux de comorbidité était d’au minimum 50 % des enfants admis en réanimation. Ce type de corrélation a pu être démontré chez l’adulte pour le diabète ou l’obésité.

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Certaines spécialités pédiatriques ont pu observer ce qui s’est passé au sein de leurs cohortes : enfants asthmatiques, enfants traités pour chimiothérapie, enfants diabétiques, enfants ayant une tumeur. Il n’a pas été possible de démontrer que davantage de formes sévères du covid-19 étaient apparues parmi ces enfants. Il est cependant possible que ces enfants aient bénéficié d’une protection accrue par leur famille.

Impact sur les maladies chroniques

Le confinement a également perturbé la prise en charge des maladies chroniques chez les enfants. Il n’existe pas d’évaluation correcte de cette situation en France, ni dans d’autres pays. Certaines pathologies suscitent des interrogations, toutefois la documentation fait défaut. Il s’agit en particulier des enfants en surpoids. Une documentation prouve que l’existence d’une maladie chronique chez l’enfant a augmenté le degré d’anxiété pendant le confinement. Le surpoids augmente également le degré d’anxiété, tandis que le sédentarisme favorise les grignotages.

Une autre interrogation concerne les enfants qui nécessitaient un support paramédical (kinésithérapie, rééducation, etc.). Ces activités ont subi des interruptions massives durant le confinement. La question concerne donc les enfants souffrant de maladies neuromusculaires, de pathologies respiratoires chroniques ou de retard psychomoteur, par exemple. Un impact à moyen terme de la rupture ou de la diminution des soins pendant le confinement pour ces enfants est possible, toutefois il n’existe pas de documentation permettant de l’attester.

Baisse de la vaccination

L'impact du confinement sur les actions de prévention, notamment la vaccination, est également préoccupant. Les données font état d’une baisse très importante de délivrance des doses vaccinales pendant la période de confinement, en particulier pour le vaccin contre la rougeole. La France n’est pas le pays le plus exemplaire sur le taux de couverture de la vaccination contre cette maladie, même si la situation s’est quelque peu améliorée depuis l’obligation vaccinale.

Impact sur la santé psychique

Troubles du sommeil et anxiété

La crise sanitaire a entraîné une recrudescence des troubles du sommeil et de l'anxiété chez les enfants et les adolescents. Sylvie Hubinois, membre du Syndicat national des pédiatres français, a constaté une recrudescence du nombre de jeunes enfants, mais aussi de plus grands, qui ont manifesté des troubles du sommeil, du fait du changement de leur rythme de vie et parfois en raison d’un confinement hors du domicile, puisque beaucoup de Franciliens se sont éparpillés sur le territoire national. La situation sanitaire a nécessité un important travail pour réorganiser nos cabinets et espacer les rendez-vous afin de limiter la fréquentation des salles d’attente. En effet, les pédiatres travaillent en temps normal souvent avec plusieurs bureaux pour gagner du temps. Nous avons connu des problèmes d’organisation au niveau de l’approvisionnement, notamment en masques au début du confinement, avant que la situation ne s’améliore grâce aux efforts du gouvernement. En revanche, pour les solutés hydroalcooliques, le savon liquide, le désinfectant, nous sommes encore à ce jour confrontés à des difficultés d’approvisionnement auprès des fournisseurs, avec des délais fortement allongés.

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Un important effort a été accompli, tant au syndicat qu’à l’AFPA, pour former les pédiatres. Nous avons très régulièrement organisé des classes virtuelles sur le covid-19 animées par des spécialistes. Un élément qui se distingue à mes yeux est la recrudescence des difficultés rencontrées par les nourrissons qui sont restés enfermés avec leurs parents pendant plusieurs mois. L’usage des écrans a constitué un véritable problème pendant le confinement. Les parents étaient souvent tous les deux en télétravail. Il leur était difficile de s’occuper de leurs enfants, quel que soit le milieu social et peut-être davantage dans les milieux défavorisés. Lorsque les parents suivaient des conférences téléphoniques pendant les trois quarts de la journée, parfois tous les deux en même temps, la seule « nounou » qui était à leur disposition était l’écran.

Prise de poids et sédentarité

Le confinement a favorisé la prise de poids et la sédentarité chez les enfants et les adolescents. En matière de prise de poids, les adultes ont pris en moyenne trois kilos. Les enfants ont également subi une prise de poids. Les adolescents en particulier ont connu une prise de poids excessive liée à l’inactivité et à l’usage augmenté des écrans. Certains ont été confrontés à des problèmes d’anxiété ou de phobie de sortir du domicile, comme les parents. Les troubles du sommeil se sont également multipliés parmi les enfants.

Décrochage scolaire et inégalités sociales

La crise sanitaire a accentué le décrochage scolaire, en particulier dans les milieux défavorisés. Sylvie Hubinois souligne que le décrochage scolaire s’est accentué surtout dans les milieux défavorisés. Je m’occupe en particulier des enfants qui connaissent des difficultés scolaires. Un certain nombre d’enfants a été bien pris en charge par les parents. Les maitresses étaient étonnées de revoir au mois de juin ces enfants qui avaient beaucoup progressé, car leurs parents avaient pu s’investir auprès d’eux. Le contraste est fort avec les enfants dont les parents n’ont pas pu se libérer et une forte inégalité sociétale est apparue pendant le confinement.

Effets positifs du confinement

Malgré les difficultés, le confinement a également eu des effets positifs pour certains enfants. Pierre Suesser, co-président du Syndicat national des médecins de Protection maternelle et infantile, a noté quelques effets positifs. En effet, certains bébés ont bénéficié grâce au confinement d’une période de calme et de respect de leur rythme, lorsque le climat familial était propice. Des mères ont pu se reposer avec leur bébé et ont pu vraiment l’allaiter à leur rythme. Cette situation évoque la période de réclusion qui existe dans certaines sociétés traditionnelles, comme l’ont mentionné les collègues anthropologues qui ont réalisé cette enquête.

Certains enfants qui connaissaient des difficultés scolaires et qui ont pu être suivis à distance par des centres médico-psychologiques (CMP) ou des centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) ont plutôt bien vécu le confinement, car ils étaient moins confrontés à leurs difficultés. Ces enfants ont pu être rassurés par le cocon familial. Pour certains enfants présentant des troubles du spectre autistique, les parents ont noté qu’ils étaient plus sereins, car moins confrontés à ce qu’ils vivent comme des agressions extérieures.

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Rôle de la téléconsultation

La téléconsultation s'est révélée être un outil précieux pendant la crise sanitaire, permettant d'assurer la continuité des soins pour de nombreux enfants. Sylvie Hubinois indique que cette crise nous a permis de mettre en œuvre la téléconsultation, que peu de pédiatres pratiquaient auparavant. La téléconsultation nous a bien aidés pour la prise en charge d’un certain nombre de pathologies chroniques. Nous avons pu réaliser des téléconsultations pour obésité ou pour suivre des troubles de l’apprentissage. La téléconsultation a permis d’aider les parents des jeunes enfants, qui sont souvent perdus face à des situations qui ne nécessitent pas un déplacement chez le pédiatre.

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