Albert Camus, figure marquante du XXe siècle, est né le 7 novembre 1913 à Mondovi, un village du Constantinois situé à plus de 400 km d’Alger. Cet article explore les origines familiales et le contexte de sa naissance, éléments essentiels pour comprendre le développement de sa pensée et de son œuvre.
Naissance et Contexte Familial
Le 7 novembre 1913, Albert Camus voit le jour à Mondovi, en Algérie, alors département français. Son père, Lucien Camus, descend d’une famille d’Alsaciens installés en Algérie après la défaite de 1870. Dans son œuvre posthume "Le Premier Homme", Albert Camus dresse un portrait tendre de cet homme sans instruction, mais doté d'une forte personnalité et d'un sens aigu des principes d’humanité. Sa mère, Catherine Sintès, est issue d’une famille d’immigrants espagnols. Ainsi, ses parents représentent les deux visages du peuplement européen de l’Algérie coloniale.
En août, son père, Lucien Camus, est mobilisé en métropole. Catherine Camus déménage alors pour Alger.
Installation à Alger et Difficultés Familiales
Après le décès de son père lors de la Première Guerre mondiale (il avait 29 ans), la famille, sous la direction de la grand-mère paternelle, s’installe à Alger, dans le quartier populaire de Belcourt. La mère de Camus, quasi-sourde et illettrée, travaille comme femme de ménage pour subvenir aux besoins de la famille. Un de ses deux frères a quitté le foyer ; demeure le second, sourd et presque muet.
L'Éducation : Une Porte vers l'Avenir
Un événement marquant survient grâce à son instituteur, Louis Germain, qui remarque les dispositions exceptionnelles de l’enfant. Germain convainc la mère et la grand-mère d’Albert de l’inscrire à un concours pour obtenir une bourse et poursuivre sa scolarité. Il obtient son bac en 1932 et commence des études de philosophie. Le lycéen entre en khâgne puis en faculté de philosophie, habitant chez son oncle Acault.
Lire aussi: Albert Einstein jeune
Premiers Écrits et Engagement Intellectuel
Cette année-là, il publie ses premiers articles dans une revue étudiante. En octobre, il entre en classe de philosophie, où il suit les cours de Jean Grenier. L’oncle Gustave Acault, boucher qui exerce au centre-ville et possède une bibliothèque étonnante, fait lire à Camus "Les Nourritures terrestres", de Gide. Déçu, Camus n’appréciera Gide que plus tard.
En mai, Camus est reçu au Diplôme d’Etudes Supérieures de philosophie ; son mémoire s’intitule « Métaphysique chrétienne et néoplatonisme.
La Maladie et l'Abandon de l'Agrégation
La tuberculose, qu’il a contractée en 1930, l’empêche de passer l’agrégation de philosophie en 1937. Albert doit renoncer à devenir professeur. Afin de subvenir aux besoins du couple et de financer ses études, il exerce plusieurs petits boulots.
Premiers Engagements Politiques et Journalistiques
À 21 ans, il entre au Parti communiste, mais son engagement s’arrêtera rapidement. En mai, il commence à rédiger ses "Carnets". Avril : Révolte dans les Asturies, pièce collective de la troupe, est interdite de représentation par le maire d’Alger, mais publiée aussitôt aux éditions Charlot (Alger).
Il collabore à la revue Rivages. Journaliste à Alger républicain, il fréquente Pascal Pia.
Lire aussi: Discours de Suède : l'engagement selon Camus
La Guerre et le Retour à Alger
Quand arrive la guerre, en 1939, Albert Camus, réformé à cause de sa maladie, retourne chez sa mère où il termine une pièce de théâtre, "Caligula". 3 septembre: déclaration de guerre. Camus est réformé pour raisons de santé.
L'Étranger : Un Roman qui Marque les Esprits
« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier ». Ces quelques mots, qui ouvrent "L’Étranger", sont parmi les plus célèbres de la littérature française. Ils reflètent le caractère mystérieux de Meursault, le héros du livre. Étranger en Algérie, étranger à la société, étranger aux sentiments, il traverse la vie avec une indifférence assumée. Paru en 1942, le premier roman d'Albert Camus se nomme "L'Etranger". L'écrivain débute ainsi son cycle de l'absurde qui comprend un roman, un essai (Le Mythe de Sisyphe) et deux pièces de théâtre (Caligula et Le Malentendu).
L'Ascension Littéraire et Philosophique
Établi en 1940 en métropole, Albert Camus s’emploie comme secrétaire de rédaction à Paris-Soir et se marie avec une amie oranaise, Francine Faure, dont il aura deux enfants. 3 décembre : il épouse Francine Faure à Lyon, où son journal s’était replié. Il noue aussi d’utiles relations dans les milieux littéraires avec Louis Aragon, mais aussi Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Publication de "L'Étranger" puis du "Mythe de Sisyphe".
La Peste : Allégorie de l'Oppression
"La Peste", un roman allégorique sur l’oppression, consacre sa réputation d’écrivain en 1947. Ce roman peut être vu comme la simple chronique d’une épidémie à Oran, racontée par un narrateur resté longtemps mystérieux. Mais l’auteur a voulu aller plus loin. Ici, la maladie n’est pas source de romanesque, mais de réflexion. La peste, c’est le malheur auquel les hommes ne peuvent échapper, c’est toute l’horreur de la condition humaine. Confronté à la souffrance extrême, placé subitement face à son propre destin, l’Homme est obligé de dévoiler sa face cachée : lâcheté, découragement, mais aussi force de caractère. C’est le cas du docteur Rieux qui, plutôt que de se révolter, s’emploie simplement à agir en refusant de juger le comportement des autres. Après « L’Étranger » (1942), « La Peste » est le deuxième roman publié par Albert Camus (1913-1960).
Engagement Journalistique et Résistance
Témoin de son temps, Albert Camus fut aussi journaliste. Son engagement dans la Résistance française l’amena à écrire dans Combat. Dirige le journal clandestin Combat avec Pascal Pia. Après la libération de Paris, devient rédacteur en chef de Combat.
Lire aussi: Albert Kassabi : Parcours d'un artiste
Rupture avec Sartre et les Intellectuels
À propos des procès bâclés des collaborateurs, celui de Maurras, expédié en une demi-journée, puis celui de Laval, Camus ose écrire le 15 mars 1945 : « À la haine des bourreaux a répondu la haine des victimes ». La rupture définitive d’avec les cénacles intellectuels intervient avec la publication en 1951 de "L’Homme révolté". Elle est provoquée par Jean-Paul Sartre qui reproche à son ancien ami de refuser la logique des blocs et de revendiquer le droit au débat! On est alors en pleine guerre d’Algérie. Mai : Francis Jeanson publie dans Les Temps modernes (la revue de J.-P. Sartre) un compte rendu blessant de L’Homme révolté. Août : réponse de Camus dans Les Temps modernes, adressée à Sartre lui-même. Sartre répond à son tour à Camus.
Le Prix Nobel et la Reconnaissance Internationale
Albert Camus s’est vu décerner le prix Nobel de littérature en 1957 « pour l’ensemble d’une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes ». Il a alors 44 ans et est le neuvième Français à l’obtenir. Il dédie son discours à Louis Germain, l’instituteur qui lui a permis de poursuivre ses études. Il est félicité par ses pairs tels que Roger Martin du Gard, François Mauriac, ou encore William Faulkner.
La Fin Tragique
Trois ans plus tard, le 4 janvier 1960, Camus, en compagnie de son éditeur Michel Gallimard, se tue dans un accident de voiture. Alors qu’il avait prévu de se rendre à Paris par train, Gallimard lui propose de profiter de sa voiture. Près de Sens, le chauffeur, pour une raison indéterminée, perd le contrôle du véhicule. Albert Camus meurt sur le coup. On retrouve dans la voiture le manuscrit autobiographique inachevé du "Premier Homme".
Héritage et Paradoxes
L’œuvre de Camus, du vivant même de son auteur, et depuis sa mort, connaît un destin paradoxal. Célèbre et célébrée, elle est aussi déformée et dénigrée par des critiques abusés par son apparente simplicité, ou aveuglés par leurs préjugés philosophiques ou politiques. « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande.
tags: #albert #camus #date #et #lieu #de
